La femme aux hibiscus

Cette nouvelle est, encore une fois, le fruit d’un défi Facebook. Mes adorables contacts m’ont fourni une liste de vingt mots à glisser dans mon texte : pied, escalator, presbytère, cucurbitacée, stérilet, colocataire, anus, Gainsbourg, coing, confiture, plafonnier, chlamydia, nyctalope, épanadiplose, frôler, anulingus, clémentine, espérer, concupiscent, hibiscus.

Bon, j’avoue : je l’avais repérée dès son entrée dans le centre commercial. Faut dire qu’elle en imposait, avec ses longs cheveux blonds, sa robe blanche couverte d’hibiscus rouges, dont le vernis des orteils reprenait l’exact carmin dans ses sandales ivoire, et sa silhouette longiligne malgré sa quarantaine légèrement dépassée. Je l’ai suivie un moment des yeux. J’ai même remarqué qu’elle ne portait pas de soutien-gorge, car les tétons de son mignon 90B se sont mis à pointer à cause de la fraîcheur causée par la climatisation. Il faut dire que c’est mon job, de faire attention aux gens qui pénètrent dans l’enceinte du bâtiment : je suis agent de sécurité. C’est sans doute la raison pour laquelle je l’ai remarqué, lui aussi. Le type avec une gueule de fouine qui marchait quelques pas derrière elle, essayant d’arborer une allure nonchalante, malgré les regards concupiscents qu’il jetait sans arrêt sur son cul. Je les ai regardés quelques minutes, puis, mu par mon instinct, je les ai suivis. Drôle de petit convoi, serpentant entre les gens qui effectuaient leurs emplettes de fins de soldes entre les enseignes de vêtements de prêt-à-porter et les bijouteries. J’espérais sincèrement que le gars se lasserait et finirait par rentrer chez Micromania ou Darty, mais non, il ne la quittait pas des yeux, et son expression me foutait mal à l’aise. Il s’arrangea pour se coller à elle dans l’escalator, comme s’il la frôlait par mégarde, mais j’aurais juré qu’il tentait de la respirer, de humer le parfum de ses cheveux, et ça m’a foutu la chair de poule. Elle grimpa les dernières marches pour arriver plus vite en haut et s’engouffra dans le Carrefour. S’était-elle rendue compte que le mec derrière elle était malsain, ou était-elle juste un peu pressée ? Je priais pour la seconde solution. La première aurait pu lui flinguer sa fin de journée, alors que visiblement elle n’aspirait qu’à faire quelques courses avant de rentrer chez elle.
J’ai fait un signe de tête discret à un collègue en passant les portiques du supermarché et hâté le pas. Quand je suis arrivé, elle était en train d’hésiter entre une confiture de coing et une marmelade de clémentine, mises en tête de gondole pas loin du rayon maraîcher. Le type s’est approché lui a murmuré quelque chose à l’oreille. Elle lui a souri tout en répondant. Peut-être me trompais-je ? Peut-être se connaissaient-ils et je me faisais du mouron pour rien ? J’allais faire demi-tour quand il a posé sa main sur son coude. Le regard qu’elle a eu, mélange de mépris et de dégoût, pour les doigts posés sur elle m’a convaincu qu’il fallait m’en mêler.
– Tout va bien, madame ?
Elle m’a regardé un instant comme si j’étais le génie dans sa lampe, apparu pour exaucer sur le champ son vœu le plus cher. Puis son visage a exprimé l’air le plus affable qu’il soit. C’est l’homme qui a répondu le premier.
– Tout va bien, l’ami. Nous discutons, juste.
Sans un œil pour le mec, j’ai repris.
– Je ne suis pas votre ami et la question s’adressait à la dame. Est-ce que ce monsieur vous importune ?
Elle se rapprocha imperceptiblement de moi et sourit.
– Tout va bien. Ce charmant jeune homme me proposait juste un anulingus dans un endroit discret, alors que je ne le connais ni d’Eve, ni d’Adam.
Elle toisa le type, qui sembla rapetisser.
– C’est bien cela, hein, monsieur ? Oh, bien sûr, son langage était moins fleuri. Je crois que ses termes exacts étaient : « Tu préfères que je te bouffe le cul ou que tu bouffes le mien ? Tu as une gueule de salope qui a l’air d’aimer ça. » C’est bien cela, hein ? Il faut m’excuser d’avoir pris quelques libertés dans la traduction.
Sans se départir de son sourire, elle ajouta.
– Alors, je lui ai répondu que respirer le même air que lui à cet instant étant sans doute déjà en train de me coller une chlamydia, alors que je préférais m’introduire un de ses cucurbitacées derrière nous dans l’anus plutôt que de laisser sa langue s’en approcher. Je crois qu’il tentait de me convaincre du bien-fondé de sa proposition quand vous êtes arrivés.
Le mec était pratiquement une flaque par terre. Perso, j’ai vu rouge. Je fais partie de ces types élevés par une mère qui a eu le bon goût de lui apprendre que le consentement d’une femme se demande, allez savoir pourquoi. Ces gars-là, ça me colle la gerbe. Je me suis avancé d’un pas et j’ai vu que le type faisait littéralement dans son pantalon.
– Non, laissez. Laissez-le partir. Je veux juste qu’il disparaisse de ma vue.
A ces mots, il tourna les talons et disparu dans les allées du supermarché.
– Vous êtes sûre ? Ce type va recommencer. Avec vous ou une autre.
Elle haussa les épaules.
– Je sais, c’est lâche. Mais sérieusement, je n’ai pas le courage. Pas ce soir. Pas en ce moment. Si vous saviez le nombre d’hommes qui se permet ce genre de choses… De paroles, de gestes…
– Justement, ils méritent une bonne leçon.
– Je sais. Mais… Je veux juste rentrer chez moi.
Elle jeta les deux bocaux de confitures dans le panier accroché à son bras. Sans un mot, je l’ai suivie dans les rayons. Autant pour m’assurer que l’autre gland ne repointait pas sa tronche que parce que je sentais que cette petite mésaventure l’avait affectée, malgré l’air bravache qu’elle affichait obstinément sur sa petite frimousse. A ce moment, j’ai compati sincèrement. Il ne devait pas être simple d’être une femme, même dans un pays où le respect était arboré comme une fierté nationale. On leur apprend à avoir peur des inconnus, à choisir soigneusement les tenues qu’elles portent pour ne pas attirer la convoitise, à avoir un comportement discret en société, mais cela ne suffisait pas. Il y avait toujours un abruti pour croire qu’un regard était une invitation à la bagatelle, qu’un « non » ne voulait pas forcément dire non.
Nous avons zigzagué quelques minutes dans les rayonnages, attrapant un pain de mie au seigle (« c’est meilleur pour la santé »), des œufs de poules élevées en plein air (« quelle horreur, la façon dont les autres sont traitées en batterie !!! »), du curry en poudre (« j’adore préparer des plats indiens ») et des protections féminines super plus (« mon stérilet en cuivre me donne des saignements abondants »). Cette dernière sortie me fit sourire, mais je ne sus déceler si sa façon de parler à tort et à travers signifiait qu’elle se détendait ou qu’elle était encore un peu nerveuse. A la caisse, je lui proposais de l’accompagner jusqu’à sa voiture. Elle me jeta un regard un peu méfiant.
– Je vous promets que c’est en toute galanterie. Je veux juste m’assurer que vous gagnerez sans encombre votre véhicule.
Elle réfléchit quelques instants.
– Ce qui m’embête, c’est que ce petit incident puisse influer sur ma vie. Je n’en ai pas envie. Ce n’est pas la première fois qu’un homme dépasse les limites avec moi, et, malheureusement, je suppose que ce n’est pas la dernière. Je ne vais pas commencer à m’habiller comme une bonne sœur et éviter de sortir le soir parce que j’ai peur. Cela serait donner trop d’importance à des types qui ne le méritent pas.
J’ai hoché la tête.
– Je comprends.
– Maintenant… Vous proposer de m’accompagner chez moi parce que j’aime la façon dont tombe votre pantalon sur vos fesses me ressemble déjà beaucoup plus.

Dans la voiture, elle était intarissable. Je commençais à me demander si j’avais affaire à une bavarde. J’ai donc appris qu’elle s’appelait Elisa parce que sa mère était amoureuse de Serge Gainsbourg. Qu’elle avait suivi à la fac un cursus d’histoire médiévale et de littérature où elle avait étudié la poésie. Elle a tenté de m’apprendre la différence entre les multiples figures de style telles que le chiasme, l’épanadiplose et l’épanaplepse, mais je dois avouer n’avoir rien compris à son baratin. J’étais juste subjugué par sa joie de vivre et ses lèvres qui bougeaient. Elle était guide touristique au domaine Béranger Saunière, à Rennes-le-Château, quelques kilomètres plus loin. Elle y faisait visiter le presbytère de l’abbé Saunier et racontait la légende de ce formidable trésor qu’il aurait trouvé à la fin du XIXe siècle, lors des travaux de son église.
– Il s’est murmuré à l’époque qu’il avait trouvé des documents qui pourraient changer la face du monde, ainsi que l’or des Cathares !
Elle s’enflammait, ses petites joues rouges comme ses hibiscus, ses yeux pétillant comme des étoiles. Elle était adorable.
– Bien sûr, nous amenons également les touristes dans la Villa Béthania, l’oratoire, la tour Magdala, les jardins… Mais je finis toujours la visite par l’orangerie. J’aime le calme qui y règne et l’odeur dans les airs. Tu connais ? Tu es déjà venu au domaine ?
J’ai dû reconnaître que non. L’histoire, c’était pas mon truc. Quand je ne courrais pas sur une piste d’athlétisme, j’avais tendance à lire des bouquins politiques. Arrivé en bas de son appartement, je me tournais une dernière fois vers elle.
– Tu es sûre que tu veux que je monte ?
– Tu n’en as pas envie ?
– Si. Tu es très belle. Mais si je profitais d’un moment où tu n’as pas la tête à ça, je ne vaudrais pas plus que ce type.
Lentement, elle tendit la main vers la mienne et enchevêtra nos doigts. Sa peau pâle contrastait avec mes phalanges marron, comme les touches d’un piano.
– J’apprécie. Sincèrement. Je crois que je n’avais pas envie d’être seule, ce soir.
J’embrassais le dos de sa main et lui souris. Elle me regarda.
– Je t’offre un verre. Nous verrons bien.

En entrant dans l’appartement, elle m’avait demandé de ne pas faire attention au désordre. Sa colocataire était en vacances, alors, elle s’était un peu laissée aller. Elle ramassa rapidement quelques vêtements et magazines pour tenter de donner un semblant d’ordre, puis lâcha l’affaire. Elle nous servit deux verres de vin et me rejoignit dans le canapé, où elle s’installa d’autorité dans mes bras, la tête contre mon cou. Nous avons continué à discuter de tout et de rien, de son mariage qui avait échoué et l’avait condamné à partager un appartement avec une inconnue, comme si elle était à nouveau à la fac. De mon envie de passer le concours de la police nationale, parce que j’avais déjà trente ans et que je ne voulais pas rester à la sécurité toute ma vie. De ma mère qui m’avait élevé seul après la mort de mon père. De ses parents qui étaient retraités sur la côte d’Azur et qu’elle ne voyait pas assez souvent à son goût. C’était étrange, une telle intimité, avec une personne qu’on ne connaissait pas six heures avant. Etrange, mais agréable.
Au bout d’un moment, la luminosité avait décliné dans le salon. Il faisait presque noir. L’appartement aurait pu sembler vide, s’il n’y avait pas eu nos chuchotis qui flottaient doucement dans l’air.
– Je crois qu’il est temps d’aller se coucher.
Elle se leva et me tira par la main. Je la suivis, hésitant dans cet appartement que je ne connaissais pas. Je me cognais le pied contre la table basse et étouffai un juron.
– Oh, je suis désolée… ça va ? Tu veux que j’allume la lumière ?
– Oui, ça serait pas mal…. Je crois qu’en définitive, je ne suis pas nyctalope.
Nous pouffions tous les deux face à notre maladresse et notre nervosité. Elle alluma le plafonnier et m’attendit à l’entrée de sa chambre. Je l’embrassai doucement, tendrement. Elle me donnait envie de la protéger, même de ma passion. Elle colla son torse contre le mien et se mit sur la pointe des pieds. Sans être un géant, mon mètre quatre-vingt dépassait largement sa petite taille, maintenant qu’elle avait ôté ses sandales. Je la soulevai de terre et elle passa naturellement ses jambes autour de ma taille, sans cesser de m’embrasser. En la maintenant contre moi, je me dirigeai vers son lit, où je la déposai doucement. Je relevai lentement sa robe jusqu’à la taille et abaissai sa culotte. Elle frissonna et sa peau se couvrit de chair de poule quand j’embrassai son intimité, suçotant son bouton et glissant deux doigts dans son sexe, en appuyant sur la paroi antérieure. Je trouvais rapidement la surface granuleuse que je cherchais et insistais plus vigoureusement. Elle se cambra en gémissant. Je la regardais par-dessous. Ses seins ressemblaient à deux collines, quand elle était sur le dos, et je ne pus m’empêcher de trouver cela mignon et terriblement érotique à la fois. Les tétons étaient à nouveau érigés sous l’étoffe et je regrettais un peu de ne pas avoir pris le temps de la déshabiller avant de l’allonger, pour profiter pleinement du spectacle. Elle mordait son index, seul doigt qui dépassait du poing qu’elle avait serré. Ses yeux étaient clos, d’après ce que je pouvais voir dans la pénombre. Elle était belle, bon sang. Je redoublais de vigueur.
– Attends, attends… Ça fait longtemps que je n’ai pas… Tu vas me faire partir trop vite…
Je souriais. Je crois que c’était exactement ce que je voulais, ce soir. J’avais beau être raide dans mon boxer, je voulais lui offrir une soirée de princesse. La faire jouir sans lui demander quoi que ce soit en retour, comme pour la rassurer sur la gente masculine, pour lui dire que nous ne sommes pas tous des porcs. Je déployais tous les tours que je connaissais pour arriver à mes fins. Je glissais ma main gauche vers son sein pour le malaxer, le pétrir, d’abord à travers l’étoffe, puis en le dégageant du décolleté. J’enfonçais mon index et mon majeur plus profondément, plus vigoureusement, caressant toutes les parois du vagin, revenant vers le point G, le crochetant, le taquinant. A chaque fois, je guettais ses réactions, ses halètements, le moment où la respiration s’arrêtait. Une autre fois encore, elle me demanda d’arrêter, sous peine de la voir perdre pied.
– C’est ce que je veux. Laisse-moi faire. Laisse-toi aller.
J’ai dû la manger une bonne demi-heure, ralentissant quand elle se crispait, accélérant quand elle se détendait et que j’avais peur de la perdre en route. Et puis, elle me sembla à point. Je me mis à frotter avec plus d’énergie.
– C’est bon, là ? Ca monte ?
Elle acquiesça, les yeux clos, le corps raidit.
– Oui, là… Encore… Plus vite… S’il-te-plaît…
Alors, je la léchai le plus vite possible et la branlai fort. Elle souleva les hanches du matelas et l’espace d’un instant, mes doigts furent comme prisonniers de son vagin. Quand je les retirai, elle gicla en de longs jets sur le drap, inondant son matelas. J’étais pas peu fier de moi, pour le coup. Je caressai encore un peu son sexe, avec des gestes doux et amples, histoire d’accompagner les derniers spasmes de son orgasme, puis, quand elle fut totalement détendue, je remontais sur le lit à ses côtés et la pris dans mes bras.
– Hum… C’était bon…
– J’ai cru voir, oui.
J’avais un sourire d’une oreille à l’autre : un vrai coq. J’adorais faire éjaculer les filles et je regrettais que toutes ne se sentaient pas suffisamment à l’aise pour lâcher prise.
– Laisse-moi reprendre mes esprits et je m’occupe de toi.
Oh que j’en avais envie… Mais elle tombait de fatigue, c’était évident. Elle marmonnait plus qu’elle ne parlait et nous étions déjà au milieu de la nuit. Je ne voulais pas qu’elle se force à me rendre la pareille juste parce qu’elle pensait que « ça se faisait ».
– Non.
Elle me regarda, interdite.
– J’ai fait quelque chose de mal ?
– Non, ma belle, rien de mal. J’avais juste envie de te faire plaisir. Maintenant, je vais partir. Mais, ce que je peux te proposer, c’est de te laisser mon numéro de téléphone sur la table de la cuisine avant de tirer la porte. Tu m’appelleras quand tu te réveilleras demain, si tu en as envie. Et je viendrai avec des viennoiseries et du pain, pour que tu me fasses goûter cette confiture de coing et cette marmelade de clémentine que nous avons achetées tout à l’heure. Est-ce que cela te convient ?
Elle leva la tête vers moi et, dans la lumière qui parvenait du salon, je crus distinguer le plus joli sourire qu’il m’ait été donné de voir. Et celui-là, croyez-moi, valait largement la douleur que j’allais sans doute me taper aux couilles de ne pas avoir joui.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

4 réflexions sur « La femme aux hibiscus »

  1. Je crois que je vais traîner plus souvent dans les galeries pour voir si je ne trouve pas un beau et sexy agent de sécurité moi 😁
    Merci pour cette belle histoire.
    Je me demande qu’elle confiture elle lui a fait goûter 😜

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