Le fou du roi (Part.2)

(Eh, lecteur, si tu t’es perdu… la première partie, c’est ici : Le fou du roi (Part.1) )

Le Haut Conseiller a sa tête des mauvais jours en pénétrant dans la salle du Conseil, où Friedrig et la Sagesse sont en plein entretien.
– Sire, un espion vient d’arriver au Château. Les Fracs sont en train de lever une armée. La rumeur que vous étiez morts lors du tournoi des feux de Beltane s’est répandue comme une trainée de poudre. Le Couronné des Fracs veut opérer tant que notre pays est en crise.
Friedrig s’adosse à son trône.
– Comment devons-nous agir ?
– Nous devons riposter. Et mener bataille.
Le Couronné passe sa main dans les cheveux et secoue la tête.
– Je ne suis pas en état de me battre.
– Eh bien, vous resterez en arrière ligne. Avec les généraux et les cavaliers.
– Je refuse d’envoyer mes hommes à la mort si je ne prends pas ce risque moi-même.
La Sagesse regarde alors tour à tour les deux hommes.
– Guerroyer, guerroyer… Vous ne pensez qu’à ça. Et parlementer, cela ne vous effleure pas ?
Friedrig s’étonne.
– Votre avis, c’est que nous allions tout simplement lui parler pour lui faire entendre raison, si je vous suis bien ?
– Pourquoi pas ? Une guerre serait néfaste pour les deux camps.
Le Haut Conseiller s’assoit à la table.
– Leur territoire est plus étendu que le nôtre. Leur nombre d’hommes, supérieur. Le Couronné des Fracs n’a aucune raison de nous écouter. Il peut nous écraser comme des insectes.
– Sauf que notre technologie est plus avancée, nos armes, plus performantes. Ce ne sont guère que des barbares avec des épées. De plus, les Fracs connaissent un hiver plus rigoureux que le nôtre, et qu’il sera bientôt là, puisant dans leurs réserves de nourriture. Ils sont déjà en conflit avec les pays frontaliers. Mais surtout, ils connaissent des guerres intestines qui les fragilisent. Harban Frac n’est pas aimé de ses sujets et beaucoup de ses Maîtres de campagne ne demandent que l’indépendance, pour ne plus avoir à payer les lourdes taxes qu’il leur impose.
– Et qu’est-ce que Sélène aurait à apporter ?
– L’assurance qu’Harban Frac n’aura pas à se soucier du sud. Des échanges commerciaux, puisque nous avons des récoltes toute l’année et du poisson à ne plus savoir qu’en faire. Un soutien politique pour les Couronnés situés sous la Mer de la Sérénité, avec lesquels nous entretenons de bons rapports. Parce que, si Sélène est petite, nous ne sommes pas isolés, nos alliances sont solides : d’autres chefs de guerre répondraient présents en cas d’attaque. D’autres chefs habitués au terrain, aux températures. Et nous aurions le soutien de la population locale. S’ils veulent faire la guerre, qu’ils viennent. Mais rien que la traversée sera une épreuve pour ce peuple qui ne navigue jamais.
Le Haut Conseiller renifle.
– Vous tendez la main à l’ennemi qui veut vous écraser ?
– Si cela peut épargner des vies humaines, dans les deux camps, oui. L’intérêt commun avant l’ego d’un Couronné.
La Sagesse et le Haut Conseiller se tournent vers Friedrig. Le monarque les regarde quelques minutes en silence, puis lâche.
– Je crois que nous allons devoir préparer un voyage diplomatique. Et si les négociations échouent, nous verrons si nos amitiés politiques sont aussi solides que nous le croyons.

Friedrig n’arrive pas à trouver le sommeil. Pourtant, après avoir traversé la Mer de la Sérénité, lui et les membres de la Protection, ainsi que ses conseillers, ont chevauché longuement pour atteindre le royaume des Fracs. La fatigue est réellement présente, mais Friedrig est sur des charbons ardents. L’accueil réservé par Harban a été légèrement froid, bien qu’il ait accepté la rencontre. Les deux hommes ont commencé les négociations avant même que Friedrig ait posé le pied à terre. Le Couronné sélénite n’est pas sûr de mener sa mission à bien. Harban est un vieillard obtus, cynique et sans doute vicieux. Friedrig ne l’aime pas. Il sent que le monarque n’hésitera pas à le poignarder dans le dos à la première occasion. Reste à savoir si ça sera métaphoriquement parlant ou non.
Il grimpe sur les remparts et tente de regarder au-delà. Mais la nuit est sombre, dans cette contrée. C’est peine perdue. Il réalise que ce n’est pas prudent de s’aventurer sur la promenade de guet au milieu de la nuit sans membre de la Protection. Mais il n’avait pas envie de réveiller ses gardes, fatigués par le voyage. Il continue à marcher le long de la muraille, perdu dans ses réflexions. Une femme est assise sur les pierres, au-dessus du vide, sa robe longue marron flottant au vent.
– Vous n’avez pas l’intention de sauter, rassurez-moi ?
La femme sursaute et tourne son visage vers lui. Un nez fin, des pommettes saillantes et une bouche qui mériterait d’être plus charnue, mais un ensemble non dénué de charme.
– Grand Dieu, non. Mais si vous m’effrayez encore une fois, je risque de tomber, effectivement.
Silencieusement, elle le jauge.
– Etranger, hein ? Vous êtes venu avec la délégation sélénite, n’est-ce pas ?
– Effectivement. Vous savez ce que c’est : trop de fatigue empêche de trouver le sommeil. Et vous, quelle est la raison de votre escalade nocturne ?
– La contrariété.
Doucement, Friedrig se rapproche d’elle. Une femme contrariée sur un mur ne lui dit rien qui vaille. Elle le remarque et éclate de rire.
– Conservez votre calme, étranger. Je grimpe sur cette muraille depuis que j’ai l’âge de marcher. Je ne suis pas contrariée au point de vouloir mettre fin à mon existence. J’ai juste envie d’arracher les yeux de mon père.
Cette dernière phrase est sortie avec plus de tristesse que de colère. Friedrig sent que la peine est réelle.
– Allons, vous n’êtes pas trop âgée pour vous soucier de ce que pense votre père ?
Interdite, elle le regarde quelques secondes avant d’éclater de rire.
– Je ne sais pas comment c’est, chez vous, mais ici, ce n’est pas apprécié de dire à une femme qu’elle est âgée !
Pourtant, elle ne semble pas vexée, juste amusée.
– Pourquoi s’offusquer de la vérité ? Vous n’êtes plus une enfant, c’est un fait.
– J’ai effectivement 24 ans. Mais que ce soit 7, 15 ou 40, ici, nous devons toujours respect et obéissance à notre père.
– Et qu’avez-vous donc à lui reprocher ?
– Oh, c’est lui qui me reproche mes actions. J’ai fauté.
Devant la visible incompréhension de Friedrig, elle s’explique.
– Il a appris que je ne suis plus vierge. Et depuis quelques temps, déjà.
– Et ?
– Et ? Je n’ai plus aucune valeur, désormais.
Friedrig manque de s’étouffer d’étonnement.
– De valeur ? N’êtes-vous donc qu’un objet qu’on échange ?
– En quelque sorte… Les femmes qui ont connu l’homme ne sont plus bonnes à marier. C’est bien connu.
– Excusez-moi de sembler porter un jugement de valeur sur vos coutumes mais… c’est stupide. Croyez-moi, cela n’a rien d’amusant, de coucher avec une vierge. Quel homme ne préfère pas être dans le lit d’une femme qui connait les gestes de l’amour ?
La femme éclate à nouveau de rire.
– Eh bien, l’étranger, il n’est pas non plus coutume de parler de ces choses-là, en ces terres.
– C’est vous qui avez amené le sujet.
– Certes.
Elle semble réfléchir, le visage dissimulé par ses cheveux noir corbeau.
– Est-il vrai que même vos prêtresses et vos prêtres ne sont pas soumis à l’abstinence ?
– Pourquoi le seraient-ils ?
– Pour être tout à leur foi. Rester concentrés sur vos dieux qu’ils servent, en oubliant tout besoin matériel ou physique. Comme le sont nos gardiens de la Foi Unique.
– Alors, il faudrait aussi les priver de sommeil, ou de nourriture. Non, l’abstinence est une mauvaise chose. Cela rend les gens aigris, méchants… déviants. Quand l’absence de sexe n’est plus une obsession, ils peuvent se consacrer à leur sacerdoce. Et puis… La Nature est tournée vers le renouvellement perpétuel, vers la reproduction des plantes, des animaux, des hommes. Notre panthéon lui-même est dirigé sur un couple de dieux, la Déesse Mère et le Dieu Cornu, qui, en s’accouplant, rendent Sélène fertile. Cela serait hypocrite d’interdire à leurs représentants sur Terre de le faire, non ?
La jeune femme garde le silence quelques instants.
– Ton pays a l’air plus accueillant que le mien, vu d’ici, étranger.
– L’herbe est toujours plus verte à côté, tu sais.
Friedrig serre les pans de son manteau pour combattre le vent glacial et ajoute en souriant :
– Surtout dans un pays où nous ne manquons pas de soleil et de chaleur, je dois l’avouer.
Elle le regarde et esquisse à son tour un sourire. Tout à coup, Friedrig a moins froid.

Le Couronné de Sélène grogne quand il est tiré de son sommeil par des coups répétés sur le panneau de bois à l’entrée de la chambre. Il met quelques instants à réaliser où il se trouve. Il a discuté une partie de la nuit sur la muraille, avec la femme. Elle a fini par descendre du mur pour rentrer, avant que son absence ne soit révélée et ne lui attire plus d’ennuis avec ses parents. Tout ce qu’il a pu obtenir avant son départ est son nom : Sylvana. Aucune promesse de la revoir. Aucun moyen de la contacter. Elle s’est contentée de rire et a disparu dans les entrailles du château.
Les coups redoublent d’intensité contre la porte. Friedrig se lève, titube jusqu’au panneau et l’entrouvre. Le Haut Conseiller attend dehors, avec trois membres de la Protection.
– Voulez-vous donc que j’aie une attaque, à mon grand âge ? Nous sommes montés à votre chambre ventre à terre, après que les serviteurs nous ont informés qu’ils ne parvenaient pas à vous réveiller pour vos ablutions et le petit déjeuner.
– J’ai eu une nuit… courte.
– Moi aussi. Je ne me sens pas serein, ici. Et la perspective de vous retrouver assassiné dans votre lit n’est pas pour m’aider à trouver le sommeil.
Friedrig ne peut s’empêcher de sourire.
– Toutes mes excuses, mon ami. Envoyez-moi les serviteurs, je descends au plus vite.
Le Haut Conseiller écarte le Couronné et pénètre dans la chambre.
– Sans vouloir vous offenser, le soleil est déjà haut. Vous n’avez plus le temps de vous prélasser. Je vais vous aider à vous préparer. Nous devons ensuite nous entretenir avec Harban Frac, puis assister au banquet en fin d’après-midi en votre honneur. Je vais envoyer un membre de la Protection vous chiper une miche de pain en cuisine. Il faudra vous en contenter.

La journée semble interminable à Friedrig. Des longues heures à palabrer, argumenter, abattre ses cartes. Le vieil Harban se révèle de plus en plus rusé, mais ne semble pas, à la réflexion, si pressé d’envoyer ses hommes à la guerre. Friedrig commence à entrevoir un espoir dans les négociations. En regagnant sa chambre, il soupire. Heureusement pour lui, il dispose d’un laps de temps honorable entre la fin de l’entrevue et le début des festivités. Ses serviteurs lui montent un baquet qu’ils remplissent d’eau fumante. C’est avec plaisir qu’il se glisse dedans pour se débarrasser de la fatigue de ces dernières journées, au même titre que de la poussière et de la crasse des chevauchées. Quand la température du bain baisse à en devenir désagréable, il en sort et se prépare seul. Depuis son amputation, il préfère se débrouiller par lui-même. Son éducation lui souffle qu’il faudrait s’attacher les cheveux, mais cela lui semble compliqué avec une seule main valide. Ses boucles seront sauvages. Au moins, désormais, elles sentent le savon.
Deux membres de la Protection l’attendent à la sortie de sa chambre. Le Haut Conseiller, après sa frayeur matinale, a décidé de faire garder jour et nuit le Couronné. Friedrig sourit. Heureusement qu’il n’a pas avoué s’être promené de nuit sur le chemin de guet : il aurait sans doute vu le Haut Conseiller dormir lui-même devant sa porte. En bas de l’escalier central, il est rejoint par la Sagesse et par le Haut Conseiller, accompagnés de leurs gardes. Leur entrée dans la salle du banquet est saluée par des applaudissements polis. Harban Frac leur désigne les places à sa droite, sa gauche étant occupée par sa femme et leurs sept filles. Le Couronné, en les exhibant ainsi, montre à ses convives sa virilité et le soutien indéfectible des siennes. Friedrig pense amèrement que la démonstration serait plus impressionnante si les femmes ne semblaient pas avoir peur du patriarche. Sauf la dernière, qui transpire l’ennui.
Sylvana, dans une robe sophistiquée bien loin de ce qu’elle portait la nuit précédente, les cheveux torsadés de manière compliquée et la mine boudeuse.
Friedrig prend place à côté du souverain et tend le cou en direction de la jeune femme. Visiblement, elle ne l’a pas vu. Ou elle s’en fiche. Pendant tout le repas, il observe son profil. Il remarque qu’elle mange à peine. Harban dévore, lui. Il arrose copieusement les ragoûts servis avec de la bière ambrée, au point de devenir amical avec Friedrig. Il se remplit littéralement la panse qu’il a déjà imposante. Friedrig essaie de tenir la distance : un homme, dans le Nord, se doit de boire en quantité sans être grisé. Mais, discrètement, il coupe la bière à l’eau. Le goût est infâme, mais, bientôt, Harban ronfle sur son trône, alors que Friedrig a à peine l’esprit embrumé. La torpeur du Couronné des Fracs signe le départ de son épouse et de ses filles. Quand elles se lèvent, Sylvana regarde enfin Friedrig. Son cœur bat plus fort : elle l’a donc bien reconnu. Imperceptiblement, il lui montre la sortie la plus éloignée de la salle. Elle acquiesce lentement, impassible. Elle se lève, suit sa mère et ses sœurs vers leurs appartements et leur fausse compagnie au dernier moment. Friedrig attrape sa serviette dans laquelle il glisse une cuisse d’oie et une miche de pain et quitte la table. La Sagesse pose alors sa main sur sa prothèse.
– Friedrig… Etes-vous sûr que ce soit une bonne idée ?
Il lui sourit.
– En tout cas, c’est la seule qui me soit venue depuis bien longtemps.
Elle retire sa main et l’observe se diriger vers les jardins, la mine sombre.

Friedrig met quelques minutes à voir Sylvana, cachée derrière un saule pleureur, lui faire signe d’approcher. Il se faufile jusqu’à elle et remercie les Dieux que la pénombre soit si épaisse. D’un geste du menton, elle lui désigne la serviette qu’il tient dans la main, comme un balluchon.
– Qu’as-tu amené, étranger ?
Il lui tend le paquet, trop maladroit avec ses deux mains pour l’ouvrir sans tout faire tomber. Elle soupire en découvrant le contenu et le regarde, reconnaissante.
– J’ai remarqué que tu n’avais rien mangé.
– Tu crois que c’est facile, d’avaler quelque chose, avec un corset ? Aide-moi à enlever cet instrument de torture. Je meurs de faim.
Promptement, elle lui tourne le dos. Il hésite. Il ne sait pas s’il pourra défaire les rubans avec une seule main.
– Eh bien ? Qu’attends-tu ? Que je tourne de l’œil ?
– Les femmes ne portent pas des toilettes si compliquées, dans mon pays.
– Il suffit de tirer un peu sur les rubans, que je puisse respirer.
De sa main gauche, il attrape le nœud qui se libère d’un rien. Il lui suffit ensuite de crocheter les croisillons pour leur donner du lâche. Une fois en haut, il effleure par mégarde la nuque de la Sylvana. Cela fait bien longtemps qu’il n’a pas touché la peau d’une femme. Il retire sa main précipitamment, comme s’il s’était brûlé. Elle tire sur le corset pour se donner plus d’aisance et semble enfin pouvoir respirer. Ses seins n’ont plus l’air de vouloir s’échapper de leur corsage. Puis elle se laisse tomber sur l’herbe, ses jupons flottant autour d’elle, et mord dans la cuisse d’oie.
– Merci… Les hommes ne se rendent jamais compte que les femmes mangent comme des moineaux, aux banquets. En général, nous soupons avant de nous habiller. Mais, quand les festivités durent aussi longtemps, ce n’est pas suffisant.
Friedrig sourit et s’assoit à son tour dans l’herbe, sous l’arbre.
– Pourquoi porter ces robes pour dîner si vous ne pouvez manger dedans ?
– Pour plaire aux hommes, je suppose. Ou est-ce une manière de plus de nous contrôler. Une femme qui montre trop d’appétit, quel que soit le sujet, est sans doute trop effrayante.
– La robe que tu portais hier était plus simple.
– Parce qu’elle appartenait à une servante. Je lui ai échangé contre une épingle à cheveux en cuivre. Celle-là, je peux la mettre seule, quand je m’échappe de ma chambre à la nuit tombée.
– Tu te promènes souvent quand le château dort ?
– Dès que je le peux. Ce sont les seuls instants qui m’appartiennent. Les seuls où je suis libre.
Friedrig regarde son profil délicat, sa peau blanche, qui tranche avec son épaisse chevelure brune. Il se surprend à penser que ce doit être agréable, de renifler ce cou, d’embrasser cette nuque.
– Tu me regardes étrangement, étranger.
Il sourit.
– Je m’appelle Friedrig.
– Je sais. Mais ce n’est qu’un nom, qui ne définit pas ce que tu es, pour moi.
– Depuis quand tu le connais, mon nom ?
– Depuis ce matin. Quand j’ai demandé à ma demoiselle de compagnie si elle connaissait le Sélénite avec un bras en métal.
Friedrig tire machinalement sur sa manche.
– Pourquoi le cacher ? Je sais qu’il est là. Pour moi, il fait ta singularité, comme la couleur de tes cheveux ou le fait que tu sois né dans un pays où il y a plusieurs dieux. Des dieux amoureux.
– Je crois que je ne me suis pas encore fait à sa présence.
– Il le faudra bien. Il va rester là tant que tu n’auras pas trouvé comment faire repousser l’ancien.
Elle mord dans la miche de pain, arborant une expression neutre. Il se met à rire.
– Tu te moques de moi ?
– Non, Sylvana. C’est de moi, dont je me moque. Tu as raison. Il faut que je m’habitue à avoir perdu un membre qui ne reviendra pas.
Elle s’essuie la bouche de la serviette et ajoute, mutine.
– Tu es séduisant, quand tu ris. La joie te va bien.
Friedrig soulève un sourcil et rougit malgré lui.
– Je te gêne ? Les filles de ton pays ne disent pas quand elles trouvent un garçon à leur goût ?
– Si. Mais je ne pensais pas que les femmes du tien le faisaient.
– Elles ne le font pas. C’est pour ça que je détonne. Mais mentir m’ennuie profondément. Les conventions… ne sont pas faites pour moi.
– Je peux faire avec, je crois.
Il a envie de l’embrasser, mais il n’ose pas. Il se sent toujours un peu diminué : il n’a pas eu de maitresse depuis longtemps, et encore moins depuis qu’il a perdu son bras. Comment satisfaire une femme en la caressant maladroitement ? La serrer dans ses bras ? La saisir par les hanches pour la pénétrer ? Sylvana le fixe de ses yeux marron. Elle soupire, impatiente, et se penche vers lui. Ses mains agrippent sa nuque pour l’attirer à elle. Elle écrase sa bouche sur ses lèvres, les force avec sa langue. Elle a le goût du pain de blé noir et de l’oie rôtie. Son souffle est chaud, sa langue, douce et agile. Friedrig répond à son baiser, d’abord tendrement, puis avec fougue. Elle gémit dans sa bouche et se rapproche autant que lui permettent ses jupes bouffantes. Il glisse à son tour ses doigts sur le cou de Sylvana, caresse sa mâchoire, les petits cheveux dans sa nuque. Elle s’écarte de lui, fouille sa propre chevelure qui tombe en cascade une fois les épingles enlevées. Elle lui sourit quand il dessine avec les doigts les ondulations brunes. Puis il perd sa main dans la masse capillaire, la tire en arrière, dégageant cette gorge sur laquelle il plonge. Sa langue goutte la peau salée de la femme, de la maxillaire à la naissance des seins. Il embrasse les globes blancs qui dépassent du décolleté, enfouit son nez dedans, s’enivre de leur odeur. Elle ne porte pas de parfum lourd et capiteux comme les Sélénites, elle sent le bois fumé, la terre mouillée. Une odeur qui pourrait le rendre dingue s’il la sent trop longtemps. Mais pas autant que la main qui se fraye un chemin jusqu’à son entrejambe, le caressant à travers ses chausses. Il bascule le bassin, allant au-devant de ces doigts habiles, voulant s’emprisonner dans la cage qu’ils voudront bien lui construire. Elle parvient à l’extraire de son pantalon et commence à faire coulisser la chair le long de la hampe. Il grogne en lui mordant la nuque, respirant ses cheveux qu’il tient toujours dans sa main alors que le geste se fait plus ample, plus rapide, plus serré. Il tend le bras droit pour caresser le sexe de Sylvana… et réalise que ses doigts ne répondent pas, qu’ils ne sont que des bouts de métal dépourvus de vie. Il se glace et perd toute raideur.
– Qu’est-ce qui se passe ? Je t’ai fait mal ? Je suis maladroite ?
Il se recule, rangeant son pénis désormais flaccide dans son pantalon.
– Non, non… C’était très agréable. C’est moi.
Sylvana baisse les yeux vers la prothèse et comprend. Alors, elle se glisse contre le torse de Friedrig, prend le bras inerte et le passe entre ses seins, autour de sa taille, le maintenant en place de ses deux mains et posant sa tête contre son épaule. Le Couronné a un mouvement d’hésitation mais elle ne se laisse pas désarçonner. Alors, il embrasse l’arrière de son crâne et caresse ses cheveux de sa main valide. Il ne sait pas combien de temps ils restent ainsi enlacés, mais cela l’apaise.

(…)

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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