Qu’importe le flacon

Jodie le détailla alors qu’il pénétrait dans le bar, sans cesser d’essuyer la pinte qu’elle tenait en main. Ça faisait quoi?… Trois semaines ? Oui, sans doute au moins trois samedis qu’il se radinait pour lever une morue sans cervelle et repartir après lui avoir fait boire au moins deux verres. Lui, il restait invariablement sobre : un virgin mojito, histoire de ne pas passer pour un mec trop sérieux tout en gardant le contrôle. Il n’y avait bien que les greluches blondes pour ne pas se rendre compte de l’absence de rhum dans son verre. Elle prépara le cocktail sans alcool et le posa sur le comptoir avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Il souleva un sourcil en accent circonflexe. Elle posa la main sur la hanche, moulée dans un micro short en jean noir, et le fixa sans ciller. Il sentit le verre, le porta à ses lèvres et, après avoir bu une gorgée, le reposa doucement sur le bois vernis.
– C’est seulement la troisième fois que je viens et je suis déjà sans surprise pour vous ?
Elle hocha la tête.
– Oui. Je peux même vous dire que, pour l’instant, aucune femme n’est à votre goût dans le bar.
Il balaya la salle, sourit, grimpa sur un tabouret et enleva les boutons de ses manches de chemise pour les relever.
– Ah oui, mademoiselle la Barmaid ? Vous connaissez donc mon type de femmes ?
Jodie s’approcha du comptoir. Ses longs cheveux artificiellement noir corbeau glissèrent sur ses épaules quand elle se pencha, menaçant d’expulser son 95C hors du bustier rouge très ajusté qu’elle avait choisi aujourd’hui.
– Pour vous, ça sera « Madame » la Barmaid. J’y tiens. Et, oui, je sais le genre de donzelles qui vous excite. Les blondes filiformes. Un peu cruches, la plupart du temps, sans doute.
Il rit sans joie.
– Eh bien, je vous trouve dure avec mes conquêtes… et j’en conclus que vous m’avez espionné.
Elle haussa les épaules et énonça d’un ton plat, comme si c’était une évidence.
– Ça fait partie de mon travail d’être vigilante. Et puis, vous êtes plutôt pas mal : ça attire l’œil.
Il détailla ses courbes affriolantes sans se gêner le moins du monde.
– Donc, vous savez  que vous n’êtes pas mon genre.
– Non. Vous, vous aimez les demoiselles. Et je suis une femme. Je vous fais peur.
Il s’esclaffa.
– En quel honneur ?
Jodie croisa les bras sur la poitrine.
– Osez me soutenir que je me trompe. Vous les aimez dociles. Il vous faut conquérir pour avoir l’impression d’en avoir dans le pantalon, mais vous choisissez des proies faibles pour ne pas risquer de blesser votre ego.
Il renifla.
– Vous avez votre diplôme de psychologie, Madame la Barmaid ?
– Non, je fais juste ce métier depuis suffisamment longtemps pour connaître les hommes. Particulièrement ceux qui sont comme vous.
Elle sourit, dévoilant ses dents de porcelaine sous une bouche rouge pomme d’amour.
– Je ne vous juge pas, notez. Je trouve juste dommage que vous n’ayez pas le courage de vous frotter au sexe dit faible…Les vraies femmes menaceraient-elles votre masculinité, avec leur vrai désir, leur animalité ? Préférez-vous à ce point-là le sexe aseptisé, avec une poupée qui gémit à peine, à un coït plein de fureur, de rage, de passion ?
Il garda le silence quelques instants, non plus agacé, mais curieux.
– Je vous trouve bien sûre de vous.
Jodie caressa machinalement du bout du doigt son bras, s’attardant sur le tatouage qu’elle portait comme un bracelet, un chapelet avec une croix.
– Je vous vois faire, vous autres. Même lorsque vous affirmez aimer les chasseresses, il faut que la dame minaude un minimum, qu’elle feigne la pudeur, qu’elle rosisse en battant des paupières. Vous n’en avez pas marre, de faire croire aux femmes que vous leur faites la cour alors qu’elles ne vous intéresseront plus le jour levé ? Que vous leur faites l’amour alors que vous vous contentez de les baiser ? Un peu d’honnêteté intellectuelle, bon sang. Surtout que la plupart ne sont pas dupes : elles vous font juste supposer leur naïveté.
Il leva les bras, en signe de reddition, visiblement amusé par la véhémence de la jeune femme.
– Eh bien, vous m’avez percé à jour. J’avoue aimer les filles qui font la bouche en cœur quand on les complimente. Ouais, ça m’excite, quand on n’essaie pas de m’émasculer comme une furie féministe.
Elle posa ses deux mains sur le comptoir et s’approcha de l’homme. Près. Très près.
– Et ça ne te ferait pas bander que, pour une fois, une meuf te dise qu’elle a juste envie de sentir ta queue la ramoner et que dans une heure, on en parlera plus ? Qu’elle te dise, somme toute, uniquement la vérité ?
Il la regarda. Sans la quitter des yeux, il attrapa son verre et le vida à moitié, comme pour se donner du courage grâce à l’alcool qu’il ne contenait pas.
– Seriez-vous en train de me faire une proposition, Madame la Barmaid ?
Elle soutint son regard, sans ciller.
– De celles qu’il serait dommage de refuser. Maintenant, la balle est dans ton camp.
Elle contourna le bar et apostropha un collègue en train de nettoyer les tables.
– Sam, je vais faire l’inventaire dans la réserve, je te laisse le bar.
Sans se retourner, elle se dirigea vers la pièce en question, ouvrit la porte et se faufila à l’intérieur. La lumière blafarde du néon clignota quelques instants en grésillant. A peine le temps nécessaire pour que la porte se rouvre et laisse entrer l’homme.
– Je t’ai dit que tu n’étais pas mon genre.
– Toi non plus. J’aime les mâles, les vrais. Pas les adolescents qui ont besoin d’être rassurés. Mais je vais faire comme toi : utiliser ce qui me tombe sous la main. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, pas vrai ?
Elle l’attira à elle en entremêlant ses doigts sur sa nuque et l’embrassa. Vite, il délaissa la langue pour enfouir la tête dans le bustier et ses doigts sortirent les seins du soutien-gorge bandeau. D’un coup de langue suivi de mordillements, il fit se dresser les tétons, qu’il pinça rudement.
– Je vais te montrer, si je suis ou non un vrai mec.
– Un vrai mec la ferme : il n’a rien à prouver. Donc… ta gueule, si tu veux pas me faire débander.
La brune recula contre des étagères en fer qui supportait des kilos de jus de fruits, de cacahuètes et d’olives en bocaux. Elle plongea la main vers le pantalon de ville, défit précipitamment la fermeture et laissa tomber le vêtement aux chevilles de son propriétaire. Le caleçon suivit le même chemin. Elle empoigna le sexe dressé et sourit. Jodie avait beau « ne pas lui plaire », sa bite parlait pour lui. Elle en fit coulisser la chair quelques instants, alors qu’il grognait en tentant de l’extirper de son mini short. Elle ondula des hanches pour le faire glisser le long de ses cuisses et le fit voler par-dessus ses rangers. Quand elle estima qu’il ne pourrait pas bander plus dur, elle lança sa main derrière elle, tâtonnant sur l’étagère.
– Qu’est-ce que tu fous, bordel ?
– Je cherche mes capotes… Tu crois quand même pas être le premier à me baiser pendant le service ?
Il grogna à nouveau et lui remordit les tétons, tout en glissant un doigt dans sa fente, à la recherche de son point G. Elle finit par mettre la main sur la boite de préservatifs, coincée entre des cornichons et des olives aux amandes. Elle en sortit un emballage argenté, lui colla contre le torse.
– Tu mets ça et moi j’enlève ça.
Joignant le geste à la parole, elle fit rouler son string noir au même rythme qu’il déroula la capote de son gland à la base de son sexe. Puis, tout en la maintenant en place, il s’approcha de Jodie et frotta son pénis, cherchant l’angle d’entrée. Elle positionna ses mains sur les épaules et sauta dans ses bras, se positionnant et s’empalant d’un coup sec sur sa queue. L’avantage d’être un petit modèle et d’avoir choisi un partenaire costaud, ce soir : elle se dit qu’elle allait pouvoir se faire prendre vigoureusement contre l’étagère sans craindre de le casser en deux. Elle sentit les mains de l’homme lui agripper les hanches, se crispant dessus, lui faisant presque mal. Ah, le monsieur était sans doute plus habitué à soulever de la fonte que des gonzesses, finalement. Elle soupira et s’accrocha à l’étagère au-dessus de sa tête, histoire d’alléger son poids. Ses seins tressautaient à chaque coup de butoir. Il pencha la tête pour les lécher.
– Mes tétons… Mordille-les. J’aime qu’on ne les ménage pas.
La douleur lui vrilla les seins et se répercuta aussitôt dans son vagin. Ses yeux se révulsèrent et elle respira profondément alors qu’il la faisait coulisser en cadence, faisant pratiquement sortir sa queue à chaque fois pour mieux la posséder la seconde suivante.
– Vas-y, bordel, défonce-moi… Je suis pas une putain de nonne.
Il accéléra le mouvement. Elle lâcha une de ses mains pour se caresser, sentant qu’il n’aurait pas l’endurance suffisante pour la monter au septième ciel. Sans compter que l’heure tournait et que Sam pouvait à tout instant entrer dans cette pièce, qui ne se verrouillait pas de l’intérieur. Elle lécha son index et son majeur et les porta à son clitoris, qu’elle coinça entre les deux doigts. Elle frotta frénétiquement.
– Je te préviens, je vais jouir, Madame la Barmaid.
– Alors mords-moi les seins et déchire-moi bien, avant.
Quelques pressions supplémentaires sur son bouton alors qu’il s’étouffait pratiquement dans ses seins et elle jouit. Bruyamment, pendant de longues secondes, ce qui donna le coup de grâce à son partenaire. Lui exprima peu son plaisir : il grimaça, coupa sa respiration, sans doute de peur d’alerter le gérant du bar. Il la retira de sa queue pour ôter le préservatif. Souplement, elle sauta à terre : en deux temps trois mouvements, le string, le short, les seins et la boite de capotes avaient repris leurs places initiales, alors qu’il en était encore à ranger sa teub dans son pantalon.
– Euh… au fait, je m’appelle An…
Elle lui colla la main sur la bouche.
– Chuuuut ! Je m’en contrefiche, de ton nom. Tu n’es qu’un flacon. N’oublies pas.
Elle retira sa main, l’essuya rapidement sur son short, lui fit un petit signe de la main et sortit de la réserve.
Merde, elle n’était pas payée à s’envoyer en l’air et le samedi, les clients affluaient.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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