Création

Soreya se rejeta sur l’oreiller. Ses mèches rousses s’étalèrent autour de sa tête, formant un halo de feu assorti à la couleur de ses joues. Elle tentait de retrouver son souffle, son calme. Le sexe était démentiel avec lui.
– Il faut qu’on arrête de baiser, toi et moi.
Il se redressa sur un coude et leva un sourcil.
– Tu as l’art de choisir le meilleur moment pour rompre.
Elle ne répondit rien, mais tourna le visage en direction de ses toiles. Des semaines qu’elle n’avait rien créé de bon. Que toute peinture commencée finissait invariablement dans un coin de cet atelier, inachevée. L’artiste s’éparpillait, ne parvenait plus à transcrire ses émotions avec son pinceau. Même l’odeur de l’essence de térébenthine ne l’émouvait plus.
Soreya n’avait ni enfant, ni compagnon. C’est à peine si elle avait des amis. Elle avait tout misé sur la peinture le jour où elle avait ouvert son premier tube de gouache. Elle ne pouvait pas se permettre de se perdre pour un homme, même si c’était le coup du siècle. Il absorbait ses couleurs en la prenant, il siphonnait son talent en la remplissant de son sexe.
– Je ne parviens plus à créer. Je n’ai plus d’inspiration. Je n’arrive plus à qu’à penser à ta queue en moi.
Doucement, il effleura du bout des doigts le flanc de Soreya. L’épiderme réagit immédiatement alors que l’index commençait une lente et sensuelle errance.
– Je ne crois pas en l’inspiration. Je lui préfère le travail.
Elle soupira.
– Oui mais toi, tu es un poète. Nous n’avons pas le même processus de création.
– Ca n’a rien à voir avec nos domaines de prédilection. Mais avec notre façon de bosser. Je ne pense pas que le génie te tombe dessus un matin. Créer, c’est de l’artisanat : bâtir son œuvre comme un ébéniste, en poncer l’essence pour en faire disparaître les aspérités et les échardes. La teindre jusqu’à l’obtention de la couleur parfaite, chaude et noble. La vernir, encore et encore, la rendre brillante. En faire une pièce solide, qui résiste au temps qui passe.
Soreya garda le silence. Elle, elle avait toujours l’impression d’être possédée quand elle se lançait dans un projet, reproduisant sur la surface en lin les images qui tourbillonnaient dans son cerveau, qui l’obsédaient jusqu’à menacer sa santé mentale. Depuis le moment où elle fixait la toile sur le châssis jusqu’à celui où elle se rendait compte que les couleurs se répondaient parfaitement, que l’exaltation était palpable aux coups de brosse.
– Je refuse de considérer la peinture comme un travail. C’est un moyen d’expression. C’est aussi instinctif que de respirer.
– Effectivement, tu respires. Mais uniquement parce que ton corps te l’ordonne. Pour ce qui est de l’expression de tes émotions … Tu as encore des progrès à faire.
Soreya reçut la pique sans broncher. Pourquoi se vexer quand c’est la vérité qui est énoncée ? Elle se plongea dans la contemplation d’une aquarelle, sur un chevalet au bout du clic-clac qu’ils avaient ouvert pour faire l’amour. Lui serait-il possible de créer autrement ? En réalité, elle n’avait aucune idée de ce qu’il voulait vraiment dire par « travailler ». Elle revenait rarement sur les pièces achevées. Après avoir passé des heures ininterrompues sur un tableau, oubliant jusqu’à dormir, elle se contentait d’attendre que le suivant s’impose à elle.
Perdue dans ses pensées, elle sentit la main de son amant glisser de son flanc à son sexe. Par réflexe, elle écarta ses longues jambes pour lesquelles elle n’imaginait pas de meilleure place que les reins du poète. Les doigts se mirent à la fouiller. Ardemment. Pleinement. Et, bientôt, s’agitèrent sur son point G, faisant naître dans ses épaules des fourmillements, des décharges électriques. Soreya ferma les paupières. Les picotements étaient cyan, indigo, azur. Elle se détendit. Il accéléra son mouvement, cassant son poignet pour augmenter l’amplitude de son geste. Elle bascula son bassin, s’ouvrit davantage. Les yeux toujours clos, elle sentit les lèvres de l’homme frôler sa nuque, sa langue se frotter à son cou. Du rouge carmin et de l’or se mêlèrent vite au camaïeu de bleus. Le poète tourna le corps féminin vers lui et enroula sa langue autour du mamelon gauche, alors que la deuxième main prenait le chemin de son clitoris. Des éclairs violets et émeraude s’emmêlèrent autour des crépitements bleus et rouges. Le orange s’invita quand il lui mordilla le téton. Soreya eut le souffle coupé.
– Respire. Profondément. Lâche-toi.
Elle inspira. L’apport en oxygène décupla les sensations. Les crépitements s’intensifièrent. Les couleurs faisaient l’amour derrière la fine membrane qui recouvrait ses yeux, se mélangeaient en un feu d’artifice multicolore. Elle n’osait bouger, de peur que la magie  s’évanouisse. L’orgasme éclata sur ses épaules et gagna ses doigts avant d’atteindre son bas ventre. Elle n’émit aucun son, trop concentrée à enregistrer son plaisir, à le traduire en images.
Quand son corps s’apaiserait, elle se lèverait et se planterait devant une toile.
Et elle tenterait de travailler, de suivre ses conseils, de se nourrir de lui comme il se nourrissait d’elle. Mais jamais elle ne cesserait de croire en l’inspiration. Pas quand elle lui tombait dessus de manière aussi intense.

 

 

 

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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