Voyeuse (Part.1)

Elle et lui, c’était une alchimie, avant d’être une relation. C’était de la nitroglycérine pure quand ils se frôlaient, un acide qui les rongeait jusqu’à l’os quand ils ne pouvaient pas se toucher. C’était dévorant, obsédant… et tellement bon.
Rencontre banale, mais prometteuse. Un concert de pop rock à la Boule Noire un vendredi soir, d’un petit groupe sympatoche de mecs dont le nom lui échappait. Pour sa défense, elle avait bu. Elle avait été trainée par ses copines, inquiètes de la voir se morfondre dans son deux-pièces. Elle s’était résignée en se disant qu’elle pourrait continuer l’observation de son plafond le soir suivant, en se demandant comment elle avait pu perdre cinq ans avec un type qui l’avait abandonnée comme un chien sur une aire d’autoroute. Cette sortie était la première depuis six mois, hormis pour aller bosser et acheter du chocolat dans la superette d’en-bas. Les pintes s’enchainaient et elle avait fini par s’asseoir sur une banquette en bois, sous une fresque psychédélique représentant… Maryline ? Ses souvenirs étaient encore confus, trois mois plus tard. Elle se souvenait juste du bois, sous ses fesses, de sa dureté, de sa consistance, qui la rassurait, qui la maintenait ancrée dans ce monde qui tanguait. Et au milieu de la foule, ses yeux, à lui. Un regard plus que « pénétrant » : elle se sentait complètement à poil. Mais, loin de s’en offusquer comme elle le faisait avec les lourdauds qui reluquaient sans vergogne, ça avait piqué sa curiosité. Ça avait même réussi à l’émoustiller.
Elle l’avait observé à son tour. Sur le papier, ce n’était pas son style. Petit brun ébouriffé, barbu, tatoué, allure de rocker… Elle était plutôt costard-cravate travaillant à la Défense. Ce n’était donc pas physique. Elle referma les cuisses et se dandina sur son banc, mal à l’aise. Il sourit. Un sourire carnassier qui incendia sa culotte. Merde, c’était quoi, ce type ? Tranquillement, il continuait de hocher la tête quand son pote lui hurlait dans les oreilles pour se faire entendre, mais, à aucun moment, il ne cilla, ne détourna les yeux de son corps. Elle comprit, alors, ce qui l’excitait : son assurance, sa force tranquille. Sa masculinité, malgré son mètre soixante-huit à tout péter. Et il puait le cul. Au milieu d’une foule mouvante de hardos, il était pratiquement immobile, l’observant, et, elle en aurait mis la main à couper, se demandant si elle était un bon coup. Bravache, elle releva le menton. Le sourire en face s’épanouit. La foule s’enthousiasma d’un coup, sans doute après un riff de guitare audacieux, et elle le perdit de vue. Il avait littéralement disparu. Au bout de quelques minutes, elle se leva et rejoignit ses amies. Elle le guetta, mais ne le revit pas. Pas tout de suite. Pas avant de retourner au bar commander un énième demi. Pas avant de sentir son index caresser doucement le dos de sa main, alors qu’elle tentait de soulever le verre glissant sans en coller partout. Elle devint liquide avant même de le réaliser et quand elle tourna la tête, elle rencontra ses yeux, son regard noir, interrogatif. La bière avait été oubliée sur le comptoir alors que la jupe avait été relevée précipitamment dans une cabine des toilettes et qu’il l’avait besognée contre la porte. Elle ne se reconnaissait pas. Elle n’avait jamais eu de coup d’un soir, que des amoureux réguliers, dans une vie bien rangée. Quand il l’avait retournée pour la prendre par-derrière, il lui avait susurré : « tu aimes, ma jolie salope ? Je te veux chienne… Je veux que tu kiffes. Tu sembles en avoir besoin. » Il avait raison. Loin de la souiller, ses mots étaient empreints de respect et de tendresse, comme l’inquiétude d’un ami. Mais d’un ami qui la pilonnait dans une boite alors qu’il ignorait même son prénom. Et si, pour une fois, elle s’autorisait à être une salope, à faire voler son image de poupée de porcelaine ? « Alors vas-y plus fort. Tape bien au fond. » Rien à foutre, elle ne le reverrait jamais. Ça l’excitait de jouer la chaudasse et, vu l’ardeur qu’il déploya, lui aussi. Elle fit ce qu’il demanda : elle kiffa. Un barrage céda en elle, emportant loin la rancœur, la colère, la tristesse, alors qu’il la secouait comme une poupée de chiffon. Pour la première fois depuis des mois, son cerveau ne tournait pas en boucle sur les fautes qu’elle avait pu commettre pour être rejetée par son ex. Il se court-circuita carrément au moment où il se mit à répéter « je savais que j’avais raison. J’avais senti la petite pute en toi. »
Elle avait filé son numéro en sortant des toilettes, en souriant parce qu’elle croyait qu’il voulait la jouer gentleman après l’avoir baisée salement.
Le lendemain, il franchissait la porte de son appart. Ce week-end-là, elle n’avait pas vu la lumière du jour.
Du tout.

Réduire leur relation à un plan cul aurait été une erreur de jugement. Même si c’était la base de leur relation, elle s’était rendue compte avec le temps qu’il lui apportait bien plus. Gavée d’ocytocine et d’endorphine à cause de ses multiples orgasmes, elle avait réussi à faire son deuil plus facilement. Elle avait enterré l’idylle longtemps crue parfaite et l’avait fait avec nostalgie mais sans ressentiment. Elle avait appris à aimer son corps, à assumer ses envies, ses pulsions. Dans son regard, il n’y avait jamais de jugement. « J’aime les salopes, avait-il un jour asséné en haussant les épaules. Elles sont en général plus épanouies, au lit comme dans la vie. » Avec lui, rien n’était sale. Rien n’était avilissant. Tout n’était que plaisir. A l’hôtel, dans une ruelle, dans une cabine d’essayage, sur le banc d’une église… Le mot tabou n’existait même plus.
– Est-ce que tu as des fantasmes ?
Il avait eu un petit rire franc.
– Penses-tu que nous ayons déjà besoin d’une relance ?
– Non, ce n’est pas ça… C’est juste pour faire la conversation.
– Ah, les femmes… vous avez toujours besoin de parler après la baise, alors qu’on a juste envie de dormir.
Elle lui donna une petite tape sur le pectoral, avant de recommencer à en caresser les poils.
– Nan,  mais sérieux…
Il soupira et prit le temps de la réflexion.
– Tu sais, j’ai une sexualité assez classique.
Ce fut à son tour à elle d’éclater de rire.
– Non, tu es un animal.
Il sembla offusqué, puis sourit.
– Oui, mais un animal qui baise classiquement. Je suis pas branché BDSM ou trucs extrêmes… J’aime juste le cul classique. Bon, ok, parfois un peu bestial.
La légère douleur dans son cul après les coups de reins qu’elle venait d’y recevoir confirmait le « un peu » bestial. Mais elle ne releva pas.
– Rien de rien, alors ?
– Un truc à trois, peut-être ? Genre le fantasme de tous les mecs, quoi.
Elle garda le silence quelques secondes. Il la connaissait suffisamment pour savoir que cela signifiait quelque chose.
– Allons, mon ange, et si tu me disais ce qui tourne dans ta petite cervelle ? C’est quoi, ton fantasme, à toi ?
– Je crois que j’aimerais bien aller dans un club.
Il l’observa et elle vit naître un sourire.
– Ah… échanger ?
– Non. Enfin, peut-être. Mais l’idée, c’est surtout de regarder.
Elle se redressa sur un coude, ses seins glissant sur le côté de son corps. Elle parut songeuse un instant, les joues redevenant roses comme pendant son orgasme dix minutes auparavant.
– J’ai envie de voir du vrai sexe. Pas comme dans les films. Le désir à l’état brut.
Il rit encore.
– Ah, ma petite coquine est voyeuse…
Il l’attira à lui et lui embrassa le front, au passage. Elle posa sa tête sur son torse et ferma les yeux alors qu’il lissait de sa main sa chevelure raide et blonde. Comme on flatte un animal. Oui, elle aimait être sa chienne, même dans des moments calmes.
– Bien bien. Nous allons nous renseigner. Et tu pourras mater tout ton soul. Et j’espère qu’une chose.
D’un mouvement sec, il la retourna sur le dos et lui grimpa dessus. D’une main, il lui bloqua les poignets au-dessus de la tête, de l’autre, il lui ouvrit les cuisses.
– J’espère que ça va t’exciter.
Ses doigts atteignirent son clitoris qu’il commença à masser.
– Et que tu m’entraineras dans une pièce pour que je puisse te baiser.
Elle se mordit la lèvre alors que deux doigts la fouillèrent. Puis elle se racla la gorge.
– Il y a des chances, en effet. Mais je ne sais pas qui baisera qui, si je suis excitée à ce point-là.
Il sourit et l’empala sans ménagement.
– Je vais chercher ça très vite, ma douce salope. Crois-moi.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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