L’Aphrodite à la fourrure

– J’ai quelque chose pour toi, ma petite chérie.
Délicatement, je posais ma tasse de décoction d’orties sur la table basse en rotin, en essayant de ne rien renverser de l’atroce breuvage. Ma tante Véronique disparut quelques instants dans sa chambre et en revint avec un carton plus long que haut, un peu jauni, qu’elle déposa sur mes genoux, avant de se rasseoir dans le fauteuil en face de moi.
– C’était à ta grand-mère. Je l’ai retrouvé en vidant ses affaires pour vendre la maison, cet été. Je me suis dit que ça pourrait te faire plaisir.
Doucement, je soulevais le couvercle du carton. A l’intérieur, ce qui semblait être de la fourrure, noire ou grise anthracite. Je soulevai un sourcil.
– C’est son manteau en renard. Quand tu étais petite, elle l’ouvrait grand quand elle te voyait arriver. Tu courrais vers elle et elle t’enveloppait pour te mettre au chaud alors que tu serrais sa taille.
A l’évocation de ce souvenir, je fermais les yeux. Cela me rappelait vaguement quelque chose, je devais avoir à l’époque 5 ans, à tout casser. Véronique attrapa sa tasse et la porta à ses lèvres alors que je tentais de rassembler mes souvenirs.
– Tu es sûre de ne pas vouloir le garder, tantine ?
Véronique haussa les épaules en déglutissant.
– Es-tu vraiment sérieuse, en suggérant que je pourrais porter un animal mort ?
Je souris. Ma tante était un pur produit des années 70, qui se soignait par homéopathie et renouvelait son adhésion à la SPA depuis le temps où elle recevait Animaux Magazine. Je n’osais pas sortir le manteau de la boîte et exhiber devant elle les dépouilles cousues entre elles de canidés sacrifiés sur l’autel de la mode.
– Merci, ma tata. J’en prendrai soin, promis.
– Je le sais, ma chérie, je le sais. Souhaites-tu une autre tasse d’infusion ? L’ortie est vermifuge, détoxifiante et combat la cellulite.
Je gémis en mon for intérieur, mais tendis tout de même mon mug.
– Si ça lutte contre la cellulite…

Du pied, je repoussais la porte d’entrée de mon appartement. J’avais déjà eu du mal à l’ouvrir, le carton étant peu pratique à tenir. D’une secousse de la cheville, j’expulsais au loin mon premier escarpin, puis le deuxième, et je détendis mes orteils sur le carrelage froid. Un coup d’œil à l’horloge murale m’indiqua qu’il me restait deux heures avant l’arrivée d’Alain. Alain, c’était mon amant du moment. Dix ans de plus que moi, DRH d’une entreprise de pharmaceutique, marié, mais me croyant trop cruche pour remarquer la marque de l’alliance portée depuis longtemps et qui avait patiné la peau sous elle, qui l’avait modelée, qui s’était presque incrustée dans la chair, au point d’être devinable même absente. Mais je m’en fichais. Je n’avais pas l’intention de le garder pour moi toute seule. J’ignorais le concept même d’horloge biologique qui frappait les femmes de mon âge. Tout ce dont j’avais besoin, c’était de sexe déluré, parfois brutal, toujours innovant, et Alain était parfait dans ce rôle-là. Je le soupçonnais d’avoir des fantasmes inavoués, à sa manière de me demander si un homme avait déjà été aux petits soins pour moi. Plus je le fréquentais, plus les pièces s’imbriquaient les unes aux autres, mais j’ignorais comment en parler avec lui, de peur de me tromper. Je posais le carton sur mon lit et enlevai ma veste. Puis, je sortis enfin le manteau et l’examinai dans toute sa splendeur. Il sentait un peu la poussière mais n’avait pas souffert d’une vingtaine d’années sans voir le jour. Je le secouais : il ne perdit pas de poils, ne tomba pas en lambeaux. Je le mis sur un cintre pour l’aérer et le suspendis au garde-fou de la fenêtre de ma chambre. Puis j’enlevais ma ceinture, l’accrochai sur ma patère, descendis la fermeture éclair le long de la chute de mes reins et ôtai ma robe fourreau grise. Les collants roulèrent le long des cuisses, le string et le soutien-gorge finirent dans ma main, et, nue, je me dirigeais vers la salle de bain pour remplir la baignoire.

Je mis la touche finale à mon maquillage et observais le résultat dans le miroir : le teint de porcelaine, les yeux bien charbonneux, la bouche pute. De quoi faire bander Alain sitôt le pas de la porte franchi. Par contre, je n’avais pas encore réglé le problème de l’habillement. Ni de l’ensemble de lingerie. Je commençais à avoir fait le tour de mes guêpières et push up pigeonnants. Je revins vers ma chambre pour choisir de quoi m’habiller et frissonnais. Le fond de l’air s’était rafraichi avec la tombée de la nuit. Je récupérai le manteau et refermai la fenêtre. Puis je l’approchais de mon nez. Cette heure passée dehors avait fait disparaitre l’odeur de poussière et alors, je perçus, discrètement, le parfum de ma grand-mère. Une flagrance florale et poudrée, comme les cosmétiques pour vieilles. Je souris et respirais profondément. L’odeur était discrète. Très. Trop. Je l’enfilai sur mon corps nu et frissonnai quand la doublure en soie caressa ma peau. Puis je reniflais les manches, le col, essayant de capter à nouveau le parfum, mais j’avais l’impression qu’il m’échappait, comme si je tentais d’attraper les aigrettes d’un pissenlit dans le vent. Déçue, je levais la tête et aperçus mon reflet dans le miroir de mon armoire. Je me rapprochais et détaillais mon visage. Lui ressemblais-je ? Puis je regardais comment le manteau tombait, sur moi. Bien qu’un peu grand, il était flatteur. Le noir faisait ressortir ma peau diaphane et mes cheveux vénitiens. D’une coupe classique, il s’entrebâillait à chaque mouvement et laissait apparaitre mes cuisses menues. Comment se sentait-elle quand elle portait sa fourrure ? Je passais les mains sur mes bras, caressant la peau de bête avec délectation. Moi, je me sentais forte, dedans. Sûre de moi. Pleine d’audace. Etrange que le fait de porter la mort puisse me faire ressentir combien j’étais vivante. Je tournais sur moi-même. Le manteau gommait ma cambrure. Dommage. Mais je trouvais terriblement érotique le frottement de l’étoffe contre mes mollets, mes cheveux qui cascadaient sur le gris-noir de mes épaules. Je ressemblais à Michèle Mercier toute droit sortie de 1964 pour se faire fouetter dans Angélique. Je ris doucement et me fis face à nouveau. Si j’osais… si j’osais, j’accueillerais Alain dans cette tenue. Mais n’avais-je donc pas dit que je me sentais audacieuse, vêtue de cette fourrure ?

A l’interphone, j’intimai à Alain l’ordre de me rejoindre directement dans ma chambre. Puis, après avoir entrouvert la porte d’entrée, je courus pieds nus au fond de l’appartement et m’arrêtais, perplexe, à l’entrée de la pièce. Est-ce que je devais m’étendre sur mon lit ? L’effet serait-il plus saisissant si je restais debout ? Après deux secondes d’hésitation, je choisis mon fauteuil en tissu. Je pris place en veillant à ce que le manteau ne dissimule que mes tétons et mon sexe, et croisai les jambes. Puis je posais mes bras sur les accoudoirs, j’arborai un air neutre et attendis. Deux minutes plus tard, la porte d’entrée se referma et la silhouette d’Alain se découpa dans l’encadrement de la porte. Il m’observa un instant, depuis le seuil, ne bougea pas. J’espérais que la lumière de ma lampe de chevet était flatteuse. Qu’il aimait le spectacle. Si mon cœur battait à tout rompre, mon visage restait impassible. Il finit par avancer et je vis son expression. De la stupeur, mais surtout, du désir. Arrivé devant moi, il souffla :
– Tu es tellement belle…
Puis il tomba à genoux. Lentement, il posa une main de chaque côté de mon pied resté à terre et se pencha, jusqu’à ce que ses lèvres se posent dessus, en un long et chaste baiser, son souffle caressant mes orteils vernis de rouge carmin. Puis il se redressa mais garda la tête baissée, attendant visiblement que je lui indique la marche à suivre. Après avoir pris une grande inspiration, je tendis la main vers son menton et le forçai à me regarder.
– As-tu envie que je sois… autoritaire ?
Il hocha la tête.
– Tu es sûr ?
A nouveau, un hochement de tête, avec un regard inquiet.
– Dis-le.
Il déglutit et chercha quelques secondes ses mots, visiblement peu habitué à exprimer ce genre de désir.
– Oui, j’ai envie de te… servir. D’être là pour ton plaisir.
Je souris. Je le savais, je ne m’étais pas trompée. Par contre, j’ignorais comment m’y prendre. J’étais curieuse et inventive, certes, mais inexpérimentée dans ce domaine.
– Si ça va trop loin, tu me le dis. Tu dis un mot de sécurité.
Alain me demanda, perplexe.
– Quel mot ?
Je jetai un coup d’œil circulaire et vis la peluche que mon père m’avait offerte pour mes quinze ans, posée sur une étagère.
– Panda. Ce n’est pas un mot qui sortirait naturellement, sans ça.
Il retint visiblement un petit rire, mais acquiesça. Du bout du pied, je le repoussai, signifiant ainsi le début des réjouissances.
– Déshabille-toi. Lentement. Je veux te voir.
Alain se mit debout et commença par enlever son manteau et sa veste, qu’il déposa sur mon lit. Il desserra la cravate et fit mine de l’enlever.
– Non, garde-la. Elle me servira de laisse.
Il marqua un temps d’arrêt, puis s’attaqua aux boutons de sa chemise. Un par un. Il tira sur sa chemise pour la dégager de son pantalon de costume et la fit glisser de ses épaules. Il la plia sommairement et elle alla rejoindre le manteau et la veste sur mon lit. Bien que quarantenaire, il avait de beaux restes. Des épaules encore bien dessinées, des poils sur le torse où le sel et le poivre se mélangeaient. Son estomac et sa taille commençaient à accuser les nombreux repas d’affaires qu’il leur imposait, mais j’aimais ça. Il était, à mes yeux, viril, lourd, et je me sentais femme quand son corps pesait sur le mien. Sa mâchoire carrée, son nez un peu épaté et son crâne dégarni m’excitaient également. Et de savoir que cet homme serait à mes ordres pendant les trois prochaines heures réveillait mon bas-ventre.
– Le reste, aussi. Dépêche-toi. Ne me fais pas attendre.
Tout en me fixant droit dans les yeux, il défit sa ceinture, ouvrit son pantalon, le fit glisser aux chevilles. Il l’ôta, le plia, en profita pour enlever ses chaussettes. Son boxer noir fut le dernier vêtement qui rejoint les autres. La respiration irrégulière, il resta planté devant moi, son pénis s’érigeant rapidement.
– A quatre pattes. Devant moi.
Il obtempéra. Je l’étudiais quelques secondes, faisant durer le plaisir. Puis je basculais le bassin et écartais les jambes.
– Lèche-moi.
Docilement, il approcha le nez de mon intimité. Il me huma un instant. Je savais que mon odeur le rendait dingue, et vu mon état d’excitation, il devait être aux anges. Puis il darda sa langue et commença son cunnilingus. J’attrapai la cravate pour le guider.
– Juste avec la langue, pour l’instant. Comme un chien.
Il s’appliquait, sortant la langue quand je tirais sur la cravate pour l’éloigner, s’étouffait à moitié quand j’appuyais sur son crâne pour qu’il y aille plus franchement, mais ne bronchait pas. C’était agréable, mais au bout de quelques minutes, je décidais de corser la chose. J’attrapai ma ceinture accrochée sur la patère au-dessus du fauteuil et lui claquai les fesses avec. Il tressaillit, non pas à cause de la douleur, parce que je n’étais pas en position de pouvoir y mettre de la force, mais à cause de la surprise.
– Ta langue… elle doit rentrer dans ma chatte, aussi. Tu ne veux donc pas faire les choses bien ?
Il hocha la tête et, la langue en pointe, tenta de me pénétrer. Assise et lui ayant interdit d’utiliser ses mains, je ne lui simplifiais pas la tâche. Aussi, la ceinture lui cingla encore une demie douzaine de fois les fesses et le dos. Puis, je me lassai.
– Utilise tes mains, également. Tu as cinq minutes, top chrono, pour me faire jouir. Sinon, tu seras puni.
Un regard goguenard me répondit. Alain était un excellent coup, mais surtout, le meilleur lécheur que j’avais rencontré. Il le savait. Moi aussi et je me faisais un devoir de lui faire louper son pari.
– Tu me parais trop sûr de toi. Tu n’auras donc que trois minutes.
Il attrapa mes hanches et me positionna mieux, de façon à voir ce qu’il faisait. De deux doigts, il écarta les grandes lèvres et commença à me sucer la praline, alors que son majeur de l’autre main commença les va-et-vient dans mon vagin. Je me rendis compte que trois minutes risquaient d’être suffisantes… Alors je pensais aux trucs les moins sexy de la terre. Ma tante Véronique, avec sa tunique indienne, en train de me parler des vertus vermifuges de l’ortie. Mon patron, gras comme un cochon et transpirant quand la clim s’était bloquée cet été. Une épilation du maillot, intégrale, avec le moment gênant où l’esthéticienne t’annonce que tu dois écarter tes fesses pour qu’elle te fasse le pli inter-fessier et la zone péri-anale. D’un œil, je vérifiais l’heure sur le réveil. Une toute petite minute à tenir, alors qu’Alain s’agitait en dessous, qu’il me limait avec désormais deux doigts, qu’il tapait sur mon point G en aspirant, suçotant, mordillant mon clitoris. Je bloquai ma respiration, ne quittant pas les diodes rouges du regard. Enfin, la minute passa. Je respirai lentement, me détendis, sentis les premières vagues déferler. L’orgasme arriva, je lui coinçai la tête entre mes cuisses en lui criant de continuer, j’appuyai sur sa tête, et là, je jouis, encore et encore. Quand les spasmes se calmèrent, je le repoussai du pied, un peu violemment. Il tomba sur les fesses et tourna la tête pour regarder le radioréveil. Je ne sus pas si son regard exprimait la déception ou l’excitation.
– Eh oui… trop tard. A quatre pattes. Sur le lit. Face au miroir de l’armoire.
Docilement, il grimpa sur le matelas. Puis il me regarda, par miroir interposé. Je me levai de mon fauteuil, encore un peu chancelante, et vins me poster derrière lui, ma ceinture à la main. D’une paume, je flattai sa croupe puis lui mis une petite claque. Il serra les fesses. Je lui montrai la ceinture, d’un œil interrogatif. Il acquiesça. Je souris.
– Ecarte les jambes. Largement. Je veux voir ton petit trou et tes boules s’agiter sur mes coups. Et regarde-moi dans le miroir. A chaque instant.
Je pris la ceinture bien en main et je visai. Cette fois, le cuir claqua vraiment sur les globes charnus. Il serra les dents.
– Attention à ne pas me laisser de traces, quand même…
Je lui offris mon sourire le plus innocent.
– Pourquoi ? Quelqu’un d’autre que moi pourrait les voir ?
Il baissa la tête. Je décidai d’y aller moins fort, mais quand même, je voulais qu’il le sente passer. Un deuxième coup, un troisième. Il ne quittait pas des yeux le reflet de l’Aphrodite aux cheveux blond vénitien qui lui administrait une fessée, vêtue uniquement d’une fourrure noire. Je me penchais et regardais son érection. Puis j’attrapai sans ménagement son manche. Rarement il l’avait eu aussi gros et dur.
– J’ai pitié de toi. Carresse-toi, pendant que je te punis.
Il se prit en main et commença à se branler. Je mis mon majeur dans ma bouche, l’humidifiais et commença à caresser le pourtour de son anus. Il se crispa.
– Panda ! Panda !
Je ris face à cette pudeur, mais n’insistai pas. Le coup suivant fut toutefois d’une plus grande intensité, même si je décidai d’être magnanime.
– Allez, fais-vite. Je perds patience.
J’augmentais la cadence, alors il accélérait la sienne. Puis son dos s’arquebouta et, dans un râle, il se répandit sur ma couette. Je le claquai une dernière fois avec ma ceinture, puis retournai m’asseoir dans mon fauteuil.
– A quel moment m’as-tu demandé la permission ?
Alain me regarda, hébété.
– Pour quoi ?
– Pour jouir.
– Fallait ?
– Oui.
Visiblement, il se demandait si c’était du lard ou du cochon.
– Puisque c’est comme ça, tu enlèves la housse, tu la mets dans la machine à laver qui est dans la cuisine, tu profites pour me faire un plateau avec des trucs à boire et à manger que tu me ramènes et tu remets une housse propre, que tu trouveras en haut de l’armoire en face de toi. Et dépêche-toi. Sinon, je jure que je te laboure tellement le dos de mes ongles la prochaine fois que tu me prends que tu ne pourras pas dire à ta femme que tu t’es fait ça au squash.
Tout penaud, il s’exécuta.
– Et pendant que je mange, tu me feras un massage des pieds, tiens.
En regardant son petit cul rouge partir vers la cuisine, je me mis à rire. Finalement, je ne voulais absolument pas savoir comment se sentait ma grand-mère en portant sa fourrure. Mais je regrettais de ne pas m’en être achetée une synthétique plus tôt.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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