Voyeuse (fin)

Ils en avaient parlé longuement. Joué avec l’idée, sur l’oreiller. Après s’être rendus compte que l’excitation ne descendait pas l’orgasme atteint, ils avaient décidé de tenter leur chance. C’est lui qui s’était renseigné sur le lieu, pour qu’elle se sente le plus à l’aise possible, avec des coins câlins privatifs. Maintenant qu’ils étaient devant la porte du club privé, elle était fébrile. Après un rapide coup d’œil, le physionomiste s’était effacé en leur souhaitant bonne soirée.
– Je suis nerveuse.
Il avait posé ses yeux noirs sur elle.
– Je ne t’oblige à rien.
– Je sais, c’est mon idée.
– Non, mais sérieusement. Tu n’es pas obligée de faire quoi que ce soit. On peut faire demi-tour tout de suite. Ou n’importe quand. C’est toi qui vois.
– Non, j’ai envie de le faire. Je suis excitée. J’ai juste un peu… peur.
Il l’embrassa sur la mâchoire.
– Je suis là. Tu ne crains rien.
L’appréhension se dissipa un peu. Il avait cette faculté à la détendre d’un mot, d’un regard… ou d’un doigt.
Au vestiaire, elle donna son manteau mais laissa à contrecœur son sac à main. Il rit.
– Tu penses vraiment en avoir besoin ? Crois-moi, nous te voulons tous les deux les mains libres.
Il lui attrapa le poignet et l’entraina à l’intérieur, après avoir récupéré le carton du vestiaire. Il le confia au barman, qui le conserva pour y noter leurs futures consommations et lui tendit en échange deux coupes de champagne.
– Ca va te détendre.
– Hum… Pas trop, j’espère. Je n’ai pas envie de regretter des gestes dictés par l’alcool.
Il leva les yeux au ciel, amusé.
– Tu es une énigme. C’est toi qui me traînes dans un club échangiste, mais tu as peur de t’y conduire comme une petite salope.
– Ma schizophrénie te refroidirait-elle ?
– Rien chez toi n’y parvient. Même te voir en jogging. Mais, parfois, je ne sais pas comment t’attraper.
– Oh si, tu sais. Et tu le fais toujours très bien.
Imperceptiblement, elle se détendait. Elle étudia donc les lieux. Elle aimait les pierres apparentes, le fer forgé. Elle aperçut des alcôves en face du bar, déjà occupées par des couples en pleine discussion. Il avait choisi volontairement une soirée réservée aux couples pour éviter que le nombre d’hommes ne l’effraie. Sur la piste de danse, les corps se frottaient plus qu’ils ne se déhanchaient, mais, à cette heure encore jeune, l’endroit avait presque l’air d’un club vertical. Nerveusement, elle toucha sa médaille de baptême. Il le remarqua.
– Tu aurais peut-être dû l’enlever, ce soir.
– Je n’y ai même pas songé. Elle fait partie de moi. Comme mon éducation, je suppose.
Elle secoua la tête et posa les yeux sur son homme. Il avait relevé les manches de sa chemise blanche. Elle adorait ça.
– Tu es sexy.
– Tu n’es pas mal non plus, quand tu te pomponnes.
Elle avait forcé le trait pour le maquillage, elle qui se contentait habituellement d’une couche de mascara. Son haut en dentelle laissait deviner un ensemble de lingerie noir à balconnets. Sa jupe courte et moulante découvrait le haut de ses bas autofixants quand elle se penchait. Elle faisait un peu pute. Mais elle aimait ça. La démarche chaloupée accentuée par les talons, elle s’approcha de la piste et regarda. Les corps se frôlaient, les mains s’égaraient. Les femmes se faisaient lascives. Elle sentit sa main glisser sur sa taille, son bras l’enserrer. Il ne dit rien, la laissa s’hypnotiser par ces parades nuptiales. Une femme portait un haut très échancré, qui ne permettait pas de douter de l’absence d’un soutien-gorge. Ses seins, de petite taille, semblaient fermes et ronds. Elle dansait comme si elle était seule au monde, en pleine communion avec la musique. La femme attirait les regards et semblait le savourer. Il s’approcha de son oreille.
– Elle t’excite ?
– Oui. Mais je ne sais pas si c’est elle ou juste le fait qu’elle assume d’allumer toute une piste de danse.
– Avec le corps que tu as, toi aussi tu pourrais allumer la salle.
En souriant, elle passa la main droite derrière elle pour lui caresser la nuque, alors qu’il l’embrassait dans le cou. Son érection était déjà palpable.
– Tu veux qu’on s’isole ?
Il rit doucement.
– Déjà ? Oh non, ma coquine. Tu ne t’en sortiras pas aussi facilement. Je te veux chauffée à blanc après avoir vu des gens baiser dans tous les coins. Je te veux chienne qui supplie qu’on la saille. Je te veux pute de la tête aux pieds.
– Et alors ? L’un n’empêche pas l’autre. Te connaissant, tu peux jouir au moins trois ou quatre fois, ce soir.
– Oui… mais non. J’ai trop peur qu’une fois rassasiée tu te dégonfles. Et tu avais trop envie de cette soirée pour que je te laisse te la gâcher.
Elle soupira, sachant qu’il avait raison. Il lui tourna la tête vers un coin sombre.
– Regarde.
Deux femmes étaient en train de s’embrasser, pendant que leurs conjoints observaient. Leurs mains caressaient les vêtements et la chair découverte. Elle ne pouvait quitter des yeux les doigts agiles, les lèvres jointes, les hanches collées. Il en profita pour la caresser à travers sa jupe, frôlant son sexe, augmentant sa température. Elle déglutit et ondula du cul contre son bas ventre. Après quelques minutes, il se détacha d’elle.
– Viens, on va faire le tour du proprio.
Elle secoua la tête et lui tendit son verre vide.
– A la réflexion, je voudrais bien une deuxième coupe de champagne. Je t’attends là-bas.
– A vos ordres, m’dame.
Après une petite claque sur le cul, il s’éloigna en direction du bar. Timidement, elle pénétra dans une alcôve. Elle s’assit du bout des fesses sur la banquette, se demandant combien de culs nus cette dernière avait pu voir.
– Première fois ?
Elle tourna la tête et tomba nez à nez avec une femme plus âgée qu’elle, d’au moins dix ans. Un carré raide brun, une peau laiteuse, une sorte de mélange entre Blanche-Neige pour l’apparente candeur et Chantal Thomas, pour la lingerie. En effet, son ensemble débordait plus que généreusement de sa chemise blanche échancrée. Elle jouait négligemment avec son collier de perles de Chine en attendant la réponse.
– C’est si visible ?
Blanche-Neige acquiesça, songeuse.
– Vous semblez… nerveuse. Mais je vous rassure, nous le sommes toutes un peu, la première fois. Et curieuses, de voir si ce monde nous plaît. Ou non.
Elle haussa les épaules.
– Je ne me suis pas encore fait d’idée, à dire vrai. Je viens surtout… observer.
Un homme apparut à côté de Blanche-Neige et ils échangèrent un regard. La femme secoua imperceptiblement la tête et l’homme garda le silence. Elle posa sa main blanche sur le bas de sa comparse et se pencha en avant, faisant pratiquement bondir ses seins hors du chemisier.
– Je vous souhaite, sincèrement, une bonne soirée.
Puis elle se leva et quitta l’alcôve. Il avait observé la scène en retrait, dans la pénombre, prêt à intervenir. Il lui tendit la coupe.
– Tout va bien ?
Elle sourit.
– Oui. Mais ta prévenance me touche.
Elle prit la coupe, la porta à ses lèvres. Il l’observait sans rien dire, mais ses yeux sentaient déjà le sexe. Elle balaya du regard les couples derrière lui. L’ambiance était montée d’un cran, dans les coins. Elle sentit son ventre se tordre. Elle savait qu’il était excité, comme elle commençait à l’être également. Il s’assit à côté d’elle, à la place précédemment occupée par Blanche-Neige. Sa main remonta le long du bas. Elle écarta les cuisses, puis, aussitôt, jeta un coup d’œil circulaire. Il rit et sa main se fit plus audacieuse, atteignant la chair, puis le satin de son string.
– C’est moi, ou ça devient chaud et humide, par ici ?
Elle serra les cuisses, l’emprisonnant, et l’attrapa par la nuque pour l’attirer à lui. Elle l’embrassa avec fougue, frottant leur deux langues, écrasant ses lèvres, ébouriffant la tignasse qu’il avait tenté de dompter. Quand elle le relâcha, elle haletait presque. Il l’embrassa sur le nez.
– Bien, j’ai compris le message. Tu commences à mouiller.
– C’est rien de le dire.
– Oui, mais je te veux trèèèès excitée. Tu es venue mater. Allons-y.
Les joues rouges, elle tira sur sa jupe en se relevant. A nouveau, il leva les yeux au ciel, amusé, et l’attrapa par la main. Ils passèrent dans un couloir affublé d’un miroir. Un couple se caressait devant, en observant leur reflet, la femme portant un simple bustier et une culotte assortie. Les deux hommes échangèrent un regard. Le grand blond se détacha de sa compagne et lui toucha l’épaule quand ils passèrent à proximité. Il sourit poliment.
– Merci, mais pas ce soir.
L’homme ôta sa main et la replaça directement dans la culotte de sa compagne, tout en secouant la tête pour signifier qu’il n’y avait pas de problème. Elle regarda quelques instants les doigts s’agiter dans le carré de tissu, le faisant onduler, tout comme les hanches de la fille. Son rocker se pencha vers son oreille.
– Tu veux que je te fasse la même chose contre ce miroir ou tu préfères que nous montions à l’étage ?
Elle détourna le regard, troublée. Elle n’avait même pas remarqué qu’il y avait un escalier face à eux.
– On monte. Il va bientôt falloir trouver un endroit où s’isoler. J’ai envie que tu me prennes.
– Petite joueuse.
Il passa devant elle dans l’escalier, sans lâcher sa main. Elle découvrit qu’au premier étage, de la moquette recouvrait le sol, et que les pierres apparentes avait été remplacées par de la tapisserie sombre. Des lustres à pampilles éclairaient faiblement. Le couloir s’ouvrait sur la gauche sur des coins câlins. Certaines portes étaient fermées, d’autres ouvertes, où quelques curieux passaient la tête. Ils progressèrent jusqu’au fond, là où se trouvait une pièce ornée d’un lit rond avait attiré une demi-douzaine de personnes. Ils se frayèrent un chemin et se mirent sur le côté, contre la porte qui avait volontairement été laissée ouverte. Il la fit passer à nouveau devant lui, la collant contre son érection et l’entourant de ses bras. Elle ouvrit grand les yeux. Deux couples étaient en plein coït sur le lit, l’un à côté de l’autre. Une rousse chevauchait son partenaire, un grand noir. La peau de ses testicules, qui sautaient contre les fesses blanches de la rousse, semblait en comparaison presque violette. Il la labourait violemment alors qu’elle s’empalait tout aussi frénétiquement, en poussant des couinements en continu. A côté, le couple devait avoir une cinquantaine d’années, et l’homme, qui transpirait sous l’effort, tenait les pieds de sa compagne le plus haut possible, avec un air très concentré. Elle observa le visage de la femme et la jalousa. Elle aussi, elle avait une furieuse envie d’être pénétrée. Elle en avait assez vu. Ses yeux se portèrent machinalement à l’autre bout de la pièce, à sa droite, au moment où elle s’apprêtait à dire à son partenaire qu’ils partaient. Un troisième couple y était debout. Lui, plutôt. C’était l’homme qui était avec Blanche-Neige, adossé au mur, observant les quatre individus sur le lit. Elle reconnut alors la brune accroupie, en train de le pomper de ses lèvres bien rouges tout en se masturbant. Il lui caressait la tête, la maintenant prisonnière. Elle se laissait faire, guidée par les mains masculines autour de ses tempes. Blanche-Neige ouvrit les yeux et l’aperçue.
Et lui fit un clin d’œil.
Elle s’embrasa sur le champ et ondula de la croupe. La main de son compagnon remonta le long de ses cuisses, par derrière, se faufila sous la jupe, sous le string. Elle écarta les jambes, solidement campée sur ses talons, et jeta sa main à la rencontre du membre qui la rendait dingue, même à travers la toile de son pantalon de ville. Elle entendit son souffle court non loin de son oreille. Les doigts fouillèrent l’intimité, étirèrent le clito, pénétrèrent l’anus. Elle soupira, sans quitter la brune des yeux. Elles maintinrent le contact visuel de longues minutes, chacune manœuvrée comme un objet sexuel. Elle tentait de branler son rocker à travers ses vêtements, mais elle peinait à coordonner ses gestes. Il était en train de faire trembler ses jambes, s’occupant à la fois de ses orifices et de son bouton, court-circuitant, une fois de plus, son cerveau. Blanche-Neige fut écartée et tira la langue. Son partenaire se branla vigoureusement sur la langue offerte, avant de se réintroduire précipitamment, sans doute pour qu’elle avale sa semence.
– Tu as assez maté, ma petite salope ? J’ai envie de te sauter.
Elle acquiesça de la tête, sans détourner le regard de Blanche-Neige. Ils quittèrent la pièce, tournèrent dans la première chambre vide. Il la projeta sur le lit et referma la porte derrière lui.
– A quatre pattes. Comme une chienne. Je veux voir ton cul.
Elle s’exécuta et sentit qu’il remontait sa jupe sur sa taille et descendait son string sur ses cuisses, sans lui enlever. Il ajusta l’écartement de ses jambes d’un geste sec puis il la prit, comme ça, brutalement, sachant qu’elle n’avait pas besoin de préparatifs. Il agrippa sa chevelure, tira dessus pour la cambrer. Elle était dans un état à la limite de la conscience, elle avait l’impression de flotter, distendue par sa queue, par les doigts qu’il lui fourra dans la bouche, qui avaient son goût, son odeur.
– Branle-toi. Pendant que je te prends. Branle-toi.
Elle obéit, inclinant son buste dans l’oreiller, libérant les doigts qu’elle suçait. Les coups devinrent plus rapides, plus profonds. Elle sentait ses yeux rouler alors qu’il la pénétrait, qu’il malaxait des fesses d’une poigne ferme, qu’il jouait avec son anus serré.
– Putain ce que j’aime ton cul, ma petite pute…
Elle jouit aussitôt en criant, plusieurs fois. Il se permit alors de partir à son tour, juste à temps, avant que ses jambes ne la lâchent. Elle se roula en boule en tremblant. Il s’allongea contre elle, l’attira à lui, alors qu’elle était raide comme un bout de bois.
– Chut, chut, ma douce… chut….
Il la caressa, doucement, comme on calme une enfant. Et souriait. Il la connaissait : quand tout son corps tremblait ainsi, c’est que l’orgasme avait été exceptionnel. Il était heureux qu’elle ait pu se lâcher. Il l’embrassa sur le front et elle le regarda.
– Encore.
– Ma coquine, il va me falloir quelques minutes, si tu veux qu’on remette ça.
Ses yeux brillaient, ses joues étaient roses. Elle sembla légèrement contrariée, mais se blottit dans son cou. Il la gronda, amusé.
– Arrête de bouder. Je te prendrai toute la nuit, si tu veux. Maintenant, la question, c’est : ici, ou chez toi ?
La voix, étouffée par le col de la chemise, lui parvint tout de même.
– Ici. Encore un peu. S’il-te-plaît.
– Il me plaît, ma coquine. Il me plaît. Si tu en as d’autres, des idées, comme ça, n’hésite pas, hein.
Il l’embrassa à nouveau sur le front et leva les yeux au plafond. L’intégralité en était recouverte de miroirs. Il rit.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien, ma coquine. Par contre, la prochaine fois, c’est en amazone.

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