Dialogue (fin)

(la première partie ici)

– Et sinon, tu penses porter quoi ?
– Parce qu’une domina, ça doit porter quelque chose de particulier ?
– Ben ouais, tu ne peux pas rester en jogging.
– Nan mais sans aller à cet extrême… Je pensais à une petite robe sexy noire.
– Ouh la… Laquelle ? Et tu peux me définir ta vision du sexy ? Si tu me parles de ta robe de bonne sœur, non, elle n’est pas sexy.
– Avec toi, si je n’ai pas l’air d’une prostituée, je ne suis jamais assez sexy.
– Non, tu exagères. J’aime bien quand tu as ta robe grise, là…
– Celle qui fait vachement classe ? La droite moulante qui arrive au genou ?
– Ouais, celle-là. Elle te va vachement bien.
– Sérieux ? Oh, t’es mignon !
– Elle met grave ton cul en valeur. Et avec, tu as l’air d’une secrétaire de direction perverse, du genre à passer sous le bureau du patron.
– Euh… Je suppose que c’est un compliment.
– Retiens juste que tu es belle comme tout dedans. Mais ça fait toujours pas domina.
– Alors tu proposes quoi ?
– Tu permets que je jette un œil ?
– Étant donné que tu as déjà le nez dans mon tiroir à sous-vêtements, je dirais que oui. Tu cherches quoi, au juste ?
– Ce que tu as de plus sexy. Là, je suppose que je n’ai que les culottes de règles ?
– Espèce de petit con. Non, là, tu as tous mes ensembles. C’est juste que tu ne sais pas observer. Attends. Regarde, celui-là ?… Bon, non, il a un trou sur le côté. Et celui-là, avec la dentelle sur les bonnets ?
No way. Il est blanc. On parle de domina, là. D’une femme sexy, sensuelle. Sûre d’elle. De son potentiel sexuel. Pas d’une jeune vierge qu’on va livrer à King Kong. T’as rien d’autre ?
– Le noir, là ?
– Ouais, c’est déjà mieux, mais ça reste très pucelle. Faut vraiment qu’on aille t’acheter des ensembles.
– « On » ?
– Si je te laisse te débrouiller toute seule, tu vas me ramener des gaines.
– Comment t’exagères !!! Je sais ce que c’est, de la vraie lingerie. C’est juste que ça fait longtemps que je n’ai pas pris le temps d’en chercher.
– Et pourquoi donc ?
– Dois-je te rappeler que je suis célibataire ?
– Ce n’est pas une excuse, ça. Une domina, ça pense à son plaisir, sans réfléchir à celui du mec. Une vraie femme aussi, du reste. C’est pas parce que personne ne voit ta lingerie que tu dois trainer en culotte et soutif dépareillés. C’est la base. Comment veux-tu paraître sexy aux yeux du monde si tu estimes ne pas mériter de porter de la dentelle ? Va pas essayer de me faire croire que tu te sens désirable en Dim en coton : c’est impossible.
– Je crois… Je crois que tu as raison. On va aller me choisir des ensembles.
Mazal tov ! Tu commences enfin à comprendre. Nous choisirons du rouge, du noir… Des couleurs tranchées. Pas du pastel de collégienne. Tu me diras merci. Tiens, en attendant, essaie-moi ce bustier qui a l’air d’avoir connu des jours meilleurs. Et cette culotte. Dans la pénombre, on pourrait croire qu’ils vont ensemble.
– Là ?
– Oui, je me retourne. Promis. Et puis je t’ai déjà vue en maillot, je te signale…
– Reste de dos !
– Oui, oui….
– C’est pas la même chose, un maillot de bain et un bustier.
– Arrête de faire ta pudique. C’est bon, là ?
– Hum… Je crois. Vas-y : retourne-toi et donne-moi ton avis.
– Bon, c’est pas mal. Pivote, pour voir ? … Hum… Non, en fait, ça va pas du tout.
– Comment ça, « ça va pas du tout » ?
– Ta fesse grimace.
– Je sens que je vais regretter, mais… Qu’entends-tu par là ?
– La culotte, elle tombe pas bien. Ça fait un pli, là. On dirait que ton popotin est tout triste. Oublie les culottes. A vie. Je plaisante pas. On achètera des tangas. Lili, fais pas cette tête-là ! T’as pas des fesses à culotte, c’est tout.
– Tu dis que mon derrière fait la tronche, tu veux que j’arbore quelle expression ?
– Non, j’ai dit que tu n’avais pas un cul à culotte, nuance. Faut savoir ce qui nous va. Regarde, avec cette formidable carrure, je sais qu’il vaut mieux que j’oublie les marcels, parce que je ressemblerai jamais à Bruce Willis dans Die Hard. Mais par contre, avec une chemise cintrée, j’ai trop la classe. Toi, t’as un cul à tanga.
– Je peux me rhabiller ?
– Faut que tu sois à l’aise en lingerie, donc tu restes comme ça pendant qu’on papote. Une domina, c’est pas une amoureuse. Elle enlève pas ses sapes que pour la bagatelle. C’est tout un art de vivre. Je te jure, on a du boulot.
– Rappelle-moi pourquoi je te laisse me faire subir ça ?
– Parce que tu t’ennuies. Et que ça t’amuse, ce qui ne t’est pas arrivé depuis bien longtemps avec un homme.
– T’es vache.
– Avec eux, Chérie-Chérie. Pas avec toi. Bon, faut qu’on te trouve un nom de domina.
– Je peux pas garder le mien ?
– Non, faut quelque chose qui sonne grandiose, qui en impose. Genre reine ou déesse, quoi.
– Régina ?
– Régina…
– Oui, Régina. Ca veut dire reine, en latin.
– D’où tu sors que s’appeler Régine, c’est sexy ? « Salut, je suis Regina et je sens la quatre fromages ».
– Ok, ok, tu proposes quoi ?
– Aucune idée. Tu as flingué mon imagination, ma libido et tous mes fantasmes en suggérant qu’on puisse t’appeler « Maîtresse Régine », là. Bon, concentration…. Tu as des escarpins noirs et des bas, pour aller avec le bustier ?
– Les chaussures, oui, les bas, non. Je vais les chercher ?
– Je peux me prendre à boire dans le frigo, en attendant ?
– …s-y ! doit y ‘avoir du vin !
– Sauterne… Monbaz… Comment elle peut appeler « vin » un truc qui te file le diabète en deux verres ? J’TE PRENDS UNE BIÈRE !
– OKKKKK ! …’en penses quoi ?
– Bon, ok, là, je dois bien l’avouer : toi en talons, c’est un sacré truc.
– Tu trouves ? Je les mets pas souvent parce qu’elles sont trop hautes, je galère à marcher avec.
– L’idée, c’est pas d’arpenter tout Paris. Dans ton salon, ça ira bien. Tourne-toi, voir ?
– Pour que tu me dises encore que mes fesses grimacent ?
– Allez, sois pas con. Encore un peu ? Voilà. La main sur la hanche… Regarde-moi… Han, elle devient joueuse ! Oh le regard coquin !!! Non, sérieux, tu es grave sexy, comme ça.
– Ah ouais ?
– Vrai de vrai.
– Au fait, tu as raison.
– Comme d’hab. Mais sur quoi, exactement ?
– Ça m’amuse.
– Eh bien continuons donc, très chère. Tu lui feras subir quoi, à ton soumis ?
– J’en ai aucune idée.
– Aucune aucune ? Laisse-moi te dire que je te connais suffisamment pour savoir que tu as déjà un truc en tête.
– D’accord. J’ai réfléchi un peu. Assieds-toi dans le fauteuil, là, pendant que je me sers un verre. J’ai deux-trois idées, mais n’hésite pas à me dire ce que tu en penses, hein ? Je crois que je vais commencer par le promener en laisse. Bien sûr, je l’aurai fait se déshabiller avant. Et il restera à quatre pattes comme ça loooongtemps, jusqu’à ce qu’il ait mal aux genoux. Si je le vois fléchir, je prends la laisse et je lui claque le cul. Ensuite, je lui demande de m’enlever mes talons et de me masser les pieds, alors que je fais autre chose, genre regarder la télé. Et pour le remercier, je lui mets les pieds sur le visage, sur le nez et la bouche, pour qu’il galère un peu à respirer. Juste parce que je trouve ça rigolo. Après… Il pourrait me lécher entre les orteils. Un ex me l’a fait un jour, j’ai adoré. Puis je lui demanderais de se masturber, et c’est moi qui lui dirai le rythme : plus vite, plus lentement… A fond… Doucement… Arrête ! Il n’aura pas le droit de jouir. J’ai pas envie qu’il en mette partout sur ma moquette.
– …
– J’ai pensé à un piège à queue, sinon. Mais je ne sais pas si c’est à moi de l’acheter ou à lui de se le procurer. Quand il portera sa cage, je ferai tout pour l’exciter… Je me pencherai comme ça. Je mettrais ma main dans ma culotte, juste en haut, pas plus bas… Je lui mettrai mon décolleté sous le nez en m’approchant, aussi près que ça. Je le frôlerai…
– Moui, je crois que je saisis l’idée.
– Je lui demanderai aussi de se raser le pubis et de marquer mon nom au feutre à côté de son pénis, tous les jours, même quand je ne suis pas là. Comme ça, il saura, à chaque fois qu’il baisse les yeux, à qui il appartient. Il sera marqué comme un animal.
– … Ah oui… Comme tu dis… tu y as « un peu » réfléchi…
– Bien sûr, il me fera des cunnis à choper des crampes. Mais moi je ne le sucerai que si j’en ai envie. Ça me changera de tous ces hommes qui EXIGENT leurs gâteries… Mais je crois que je ne pourrai pas me passer de levrette. Tu sais que c’est ma position préférée ?
– …Hunhun…
– Si je le laisse me prendre à quatre pattes, mais en le tenant en laisse, il comprendra que c’est moi qui ai les rennes en main, tout de même, non ? Tu en penses quoi ?
– … Je crois que oui, ça me paraît très bien.
– Et je lui demanderai de me laver. Doucement, sensuellement… De passer le gant sur mes seins, de me savonner les épaules, le dos. De faire glisser l’eau le long de ma colonne… Et puis de me masser après m’avoir séchée. Peut-être même de me bouffer le cul. J’ai jamais osé demander ça à un homme, mais Caro dit que c’est trop bon ! Ca va, David ? Tu as l’air perplexe.
– Non, non, je t’écoute.
– Enfin, tout ça, ça dépendra aussi de lui, un peu. De notre relation. S’il veut juste être humilié, ou s’il est un peu maso aussi et veut des fessées ou de la cire sur les bourses… De ses attentes comme des miennes. Mais j’ai bien réfléchi, depuis que nous en avons parlé. Je crois que j’en ai marre d’être dépendante des hommes. J’aimerai que, pour une fois, ce soit un homme qui soit dépendant de moi. J’ai besoin d’avoir le pouvoir, j’ai besoin de porter la culotte. Je veux m’asseoir sur le visage d’un homme juste parce que j’en ai envie, et pas me morfondre parce que je suis trop timide pour réclamer un cunni. Et puis, j’ai envie de sodomiser un homme, aussi.
– ……..
– Tu es sûr que ça va ? Je sens que tu es mal à l’aise, en fait. J’aurais pas dû te dire ce que j’avais en tête.
– Si, si, tu sais que tu peux tout me dire. C’est juste que… enfin, tu vois, quoi.
– Non, je ne vois pas.
– Lisa… M’oblige pas à le dire, s’il-te-plait…
– Dire quoi ?
– Cette conversation… commence à avoir… de « l’effet » sur moi.
– Comment ça ?
– Oh merde… Tu es vraiment une oie blanche ou tu es à la ramasse ???
– Hein ?
– Je BAAAANNNNDE. Lisa. Cette conversation, toi en lingerie et talons, tout ça, ça me fait bander. Arrête de te marrer, bordel.
– En fait, tu ne veux pas m’aider, t’es en plein fantasme, ouais !
– C’est pas drôle ! C’est juste que… Je sais pas. Ca te va bien, en fait, domina.
– Montre-moi.
– Tu plaisantes ?
– Attends, j’ai une meilleure idée. Lève-toi pour me laisser la place dans le fauteuil. Allez, pousse toi de mon super fauteuil club. Et montre-moi.
– Tu l’auras voulu. On est bien d’accord que c’est toi qui veux voir mon zizi, hein ? Tu me diras pas après que notre amitié est foutue parce que tu m’auras vu en érection ?
– C’est toi qui n’arrêtes pas de te vanter sur ton « anaconda ». De dire à tout bout de champs que je te fais bander. Que je dois assumer mon côté dominatrice. Alors je vais te le redire. Non. Je vais te l’ordonner : montre-moi !
– Voilà.
– Non, David. Tu me montres un slip noir, pas une érection. Je veux voir ta queue.
– Notre amitié est foutue. Là, je le sens. Bien. Je fais glisser le slip, c’est toi qui l’a dit, on est d’accord ? On est d’accord.
– Oh punaise ! Tu ne te vantais pas, en fait !
– Ben non. Je suis très honnête, comme garçon.
– Et quand tu dis que tu fais les cunnis mieux qu’une femme, tu exagères, ou pas ?
– Comment savoir. Je ne suis pas lesbienne.
– « Comment savoir ? » J’ai bien une idée, moi !
– Okayyyyyyy… Tu es en train de me faire payer toutes mes vannes de cul ? C’est ça, en fait, tu me fais marcher à fond ?
– Non, je ne te fais pas marcher, je demande juste que tu sois honnête. Tu voulais tellement me voir en domina… Est-ce que c’est pour que ton amie soit épanouie ou souhaites-tu modeler une femme comme si tu jouais à la Barbie ?
– Tu me prêtes des pensées que je n’avais pas… Je juge juste, sincèrement, que tu mérites d’être adulée. Tu es jolie, intelligente, drôle. Tu sens bon. Tu aimes le foot. Y’a peu de femme comme toi. Et je crois qu’un homme devrait essayer de te satisfaire en tous points. Quitte à être à tes pieds et à t’obéir.
– Alors fais-le, toi ! Prends cette place, obéis-moi. Sois mon esclave comme je serai ta propriétaire, si tu trouves que c’est la relation idéale pour nous deux. Après tout, pourquoi ne pas faire ça ensemble ? On fait déjà tellement de trucs tous les deux, pourquoi pas le cul ? Il suffit juste qu’on définisse à l’avance nos places et la tienne serait à mes pieds, puisque ça semble te brancher et que du coup, ça me rend curieuse. Ça te conviendrait ?
– Est-ce qu’on pourrait en parler quand je serai plus à poil et à angle droit devant toi ?
– Non, sinon, on va se défiler. Tu prends ta décision maintenant. Avant que je ne me dégonfle et retire ma proposition.
– … Putain… Je l’ai pas vu venir, celle-là…
– David… Décide-toi. Tu mollis.
– D’accord. D’accord. On tente le coup.
– Parfait. Ca va être rigolo ! Maintenant, viens. Et enlève-moi ma culotte: j’ai ENFIN trouvé un truc pour que tu la fermes.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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