Le joggeur (Part.3)

La bande de cire arrachée d’un coup sec fait grimacer Lou. Elle grogne et foudroie du regard l’esthéticienne. Emilie éclate de rire.
– Ca, ma chérie, si tu venais me voir plus souvent, ça te ferait moins mal. C’est pas faute de te le dire.
– Je sais, je sais… Mais je déteste vraiment ça.
– Il faut souffrir pour être belle, parait-il…
Lou prend une inspiration et serre les dents pour la bande suivante. Elle veut être nickel « au cas où ». Elle ne sait pas ce qui l’attend, mais hors de question de se faire prendre par surprise une nouvelle fois. De quelque manière que ce soit. L’esthéticienne pose la cire et finit à la pince à épiler les quelques poils restants.
– D’habitude, tu fais moins échancré, le maillot… Samuel a des nouvelles envies ?
Lou rougit. Si elle est devenue bonne copine avec Emilie à force de se faire torturer sous toutes les coutures par cette dernière, elle n’est pas prête à avouer que deux jours avant, elle se faisait culbuter debout contre le mur de la maison familiale.
– Non, j’ai acheté un nouveau maillot pour nager. Je veux juste que rien ne dépasse.
Emilie lève les yeux des quelques poils laissés en guise de décoration et sourit en coin, mais a la gentillesse de ne pas faire de commentaire. Aucun maillot, aussi échancré soit-il, n’aurait pu laisser voir quoi que ce soit à cet endroit.
– Nous faisons quoi, ensuite ?
– Manucure et pédicure.
– Tu as raison, les pieds, c’est important. Surtout quand on passe son temps en claquettes de piscine.
Lou pouffe. Elle sait qu’Emilie n’est pas dupe, mais après tout, les esthéticiennes et les coiffeuses en savent autant que les thérapeutes sur la gente féminine.

Lou arrive en avance aux Buttes. Elle est nerveuse et commence à s’échauffer en attendant Romain. Il arrive tranquillement, de sa démarche féline, sûr de lui. Lou aimerait savoir comment il fait pour sembler à l’aise en toute circonstance. Il s’approche et sa main glisse le long de la colonne vertébrale de la jeune femme pour s’arrêter au creux des reins et l’attirer à lui. Comme à son habitude, il l’embrasse sur le front. Rien n’est chaste dans ce baiser, mais rien n’est non plus révélateur de quoi que ce soit. Elle le fixe et attend qu’il parle le premier.
– Bonjour princesse. Bien dormi ? Tu as une petite mine.
Il appuie sa sortie par un clin d’œil. Petit coq arrogant.
– Mes dernières nuits furent agitées. J’ai un peu de mal à rester sur le dos, je dois m’être égratignée quelque part.
Le visage de Romain redevient sérieux.
– Montre.
Lou tourne sur elle-même et remonte ses cheveux. Elle sent ses doigts la frôler alors qu’il attrape le haut du débardeur pour l’écarter du dos. Il reste quelques secondes à contempler les griffures.
– Ah ouais… Je suis désolé. Samuel n’a rien grillé ?
– Non. Il ne me voit pas souvent nue.
Romain remet le vêtement en place et sa main s’attarde sur l’arrondi de l’épaule.
– Je suis vraiment navré, je ne me suis pas rendu compte. La prochaine fois, dis-moi, si je te fais mal.
La prochaine fois.
Un frisson la parcourt et elle lève les yeux vers lui. Il lui sourit, de ce sourire canaille qu’elle aime tant.
– J’ai remarqué que tu avais fait des progrès en endurance, mais je crois que tu peux mieux faire. Ça te dit de varier un peu les plaisirs ?
Lou hausse un sourcil.
– On parle de quoi, au juste ? Du footing ?
– Ca dépend de toi…
Lou penche la tête sur le côté, attendant la suite.
– Tu as déjà fait une chasse à l’homme ?
– Le truc qui ressemble à un chat ? Au collège, oui…
Lou le regarde, curieuse. Elle sent le piège à plein nez, mais elle se demande ce qu’il prépare. Il éclate de rire.
– Je te laisse deux minutes d’avance. Tu te déplaces en permanence. Si je t’attrape… eh bien…
Lou est interdite.
– Tu es sérieux ? Tu veux qu’on joue à chat ???
– Une minute trente.
La jeune femme commence à reculer.
Mon dieu, il est sérieux.
Partagée entre l’excitation et le fou rire, elle se retourne et file droit devant elle.
Elle sait qu’il est meilleur à la course qu’elle : même deux minutes d’avance n’y changeront rien. Elle monte une butte, la redescend. En quittant le sentier principal, elle a une chance de lui échapper. Mais, à vrai dire, elle ne connait pas bien les Buttes, sans doute moins que lui, en tout cas. Elle s’appuie à un arbre quelques secondes, regarde autour. Rien, pas un bruit. Il faut qu’elle se planque. Elle repart en courant, essaie de rester à couvert. Elle a l’impression de voler, d’avoir quinze ans à nouveau. Elle zigzague à travers les arbres sur le côté, restant le plus loin possible du lac. Devant elle, la grotte où la cascade artificielle s’écoule bruyamment. Elle s’y engouffre, se plaque contre la paroi et jette un coup d’œil à l’extérieur, tout en reprenant son souffle. Elle guette quelques longues minutes, avant de sentir une main se poser sur sa bouche.
– Tu triches. Tu n’avais pas le droit de t’arrêter.
La main quitte sa bouche et elle en profite pour faire un aveu.
– Peut-être parce que j’avais envie que tu m’attrapes vite.
La main de Romain glisse le long de sa poitrine, de son abdomen, jusqu’à son jogging. A travers le vêtement, il commence à la caresser. Par réflexe, elle cambre les reins. Elle sent son souffle dans son cou, son bassin contre son cul. Elle se mord les lèvres, alors qu’il glisse sa main gauche dans sa chevelure et lui tire la tête en arrière. La main droite se glisse dans le jogging, dans la culotte, alors que la bouche embrasse la gorge offerte, mordille le lobe de l’oreille. Des doigts, il commence à la fouiller, à la découvrir, à agacer le clitoris qui répond aussitôt. Elle gémit en se demandant comment il parvient à la rendre dingue en deux minutes, à la rendre liquide rien qu’en la frôlant. Il sait exactement où appuyer, comment agir, quoi dire. Ses jambes flageolent lorsque la main quitte son sexe. Il passe ses bras autour d’elle, la serre contre lui.
– J’ai envie de toi, princesse.
Quelques mots qui achèvent de l’enflammer, murmurés au creux de l’oreille. La jeune femme se laisse bercer, ondulant de la croupe, profitant de ses quelques minutes de câlin au milieu de la tempête passionnée.
– Ici ?…
Romain rit doucement dans ses cheveux.
– C’est ça ou contre un arbre.
– Je vote pour la grotte, alors.
Intérieurement, elle remercie Romain d’aimer courir à 8h du matin. Le parc est pratiquement désert et il y a peu de chance que quelqu’un rentre dans la grotte. Du moins, elle l’espère. Lentement, elle se retourne pour l’embrasser. Elle adore ses lèvres, chaudes, pulpeuses, mais en même temps fermes. Il répond tendrement à son baiser, avant de glisser un pouce entre leurs deux langues. Puis le pouce humidifié redescend dans le jogging et elle gémit dans sa bouche. Romain se détache d’elle et s’agenouille dans un même mouvement. Le jogging glisse lentement le long des hanches menues de la jeune femme, jusqu’aux genoux. Avec ses mains, il lui écarte les cuisses, avant de les caresser.
– Elles sont douces…. J’adore tes cuisses.
Après un temps d’arrêt, il lève les yeux vers elle.
– Au fait… Sympa, ta nouvelle coupe.
Elle soupire alors que la langue commence à la laper doucement son intimité. Elle rejette sa tête en arrière, se cogne un peu contre la paroi de la grotte et se dit que, décidément, cette passion fait mal. Mais bientôt le pouce titille le clitoris alors que la langue plonge dans son vagin, l’envoyant en orbite. Elle en oublie tout, de l’indécence de la situation au fait qu’elle est mariée. Elle oublie jusqu’à son nom, tant c’est bon. Jamais cela ne l’a autant, jamais elle n’avait eu aussi viscéralement envie d’un homme, au point de s’en foutre d’être surprise le cul nu aux Buttes Chaumont. Elle veut juste prendre son orgasme, ce à quoi elle a le droit, ce à quoi elle rêve en à chaque fois qu’elle reçoit un texto, à chaque fois qu’elle l’a au téléphone, à chaque fois que sa silhouette athlétique entre dans son champ de vision. Putain, elle le veut, lui. Encore et encore.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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