Le joggeur (Part.2)

Lou regarde ses cheveux flotter autour d’elle et se coller régulièrement à ses épaules, à ses seins menus. Puis elle fixe à nouveau le plafond. Elle pense au numéro de téléphone, caché au fond de sa table de nuit. Elle s’était dit qu’un bain bien chaud lui changerait les idées, mais, les oreilles dans l’eau, elle n’entend que sa respiration et le bruit des battements de son cœur. Ok, elle a son numéro, et après ? Son premier réflexe est de se dire qu’elle a des parcs plus proches de chez elle pour aller courir, comme la Corniche des Forts. Elle peut arrêter de courir tout court, de toutes façons, elle n’aime pas ça. Elle a le choix également de trouver un nouveau sport. Le yoga lui permettrait peut-être de trouver sa paix intérieure. Mais à chaque fois, elle sent comme un petit pincement au cœur à l’idée de ne plus voir le petit derrière rebondi sautiller devant ses yeux. Il est peut-être temps de prendre son courage à deux mains, ma grande.
Finalement, elle se redresse hors de l’eau et les sons environnants l’assaillent. Elle sort de la baignoire et s’enroule dans sa serviette rouge et bleue. Puis elle se dirige vers sa table de nuit et farfouille dans le premier tiroir pour en extirper le bout de papier. Elle attrape son portable et… syndrome du texto vide. Qu’est-ce qu’elle peut bien envoyer de drôle, spirituel, sexy, surtout après le fiasco de l’après-midi ? Elle veut lui montrer qu’elle est intéressée sans l’allumer. Même si elle ne sait toujours pas ce qu’elle veut, parce que ce n’est pas anodin de tromper son conjoint. Bien que sur le fond, elle ne soit pas contre cette idée, surtout s’il la laisse manger sur ses tablettes de chocolat. Il aurait mieux valu qu’il lui laisse son mail : elle n’aura jamais assez de place sur un simple sms.
Elle s’assied sur le bord du lit et envoie « Désolée pour cet am. Et encore merci. Lou. » Résignée à être honnête. Elle enlève la serviette et l’utilise pour éponger ses cheveux, puis choisit un ensemble de lingerie dans sa commode. Quand son téléphone vibre sur la table de nuit, elle se jette dessus. « Pas de quoi s’excuser. Je comprends. On va courir, demain ? » Lou soupire en souriant. Avant de recevoir le suivant. « A moins que tu ne veuilles que je continue à courir devant toi, pour que tu ne perdes pas ta motivation ? » Petit coq arrogant. Arrogant et tellement sexy. « D’accord pour courir ensemble, mais si tu me ménages. Je ne cours pas depuis longtemps. » Le téléphone vibre à nouveau dans sa main. « Si nous sommes amenés à nous fréquenter, j’aime autant que tu aies de l’endurance. Donc non, je ne te ménagerai pas. Demain, 8h, devant la grille. » Bien bien bien. Lou a déjà chaud et elle ne porte encore rien sur elle.

Ça fait maintenant deux semaines qu’ils courent ensemble. Ensemble, plus l’un devant l’autre, comme avant. Lou a du mal à assurer la conversation, aussi bien par timidité que par capacité pulmonaire, mais ce n’est pas grave. Ils restent côte à côte, en se frôlant parfois, sans dire un mot. Elle est bien avec Romain, même si cette habitude qu’il a prise de l’embrasser sur le front la rend dingue. C’est intime, sans être un geste d’amant : c’est entre deux, comme leur relation.
– J’en peux plus… Tu m’as épuisée… Viens… on s’arrête.
– Ca fait quelques semaines que j’attends ses mots-là, mais dans mes fantasmes, tu me demandes de recommencer encore et encore.
– Petit… coq… arrogant.
Romain éclate de rire en ralentissant l’allure.
– J’aime quand tu m’insultes, je sais que c’est ta façon à toi de me dire que tu as envie de moi.
Lou sourit tout en tentant de reprendre son souffle.
– Je te proposerai bien une fessée pour te punir de ton insolence, mais quelque chose me dit que tu pourrais y prendre du plaisir.
Le grand black se tourne vers elle et lui murmure à l’oreille.
– Les fessées, c’est moi qui les donne. Mais ça, tu ne le sais pas encore.
Lou décide de ne pas faire attention au feu qui colore ses joues et commence à s’étirer sur un banc.
– C’était bien, ta soirée avec les potes, hier ?
Romain acquiesce.
– Comme d’hab’, les mêmes blagues éculées, les mêmes souvenirs du lycée, mais toujours content de les voir. Et toi, avec ta sœur ?
– On s’est rejoint avec Valentine sur Châtelet et on a fait les boutiques avant de diner. C’était sympa.
Romain pose à son tour le pied sur le dossier du banc et s’étire. Lou ne peut s’empêcher de remarquer sa souplesse. Oh mon dieu, donnez-moi la force.
Boutiques de quoi ?
– Chaussures. Pourquoi ?
– Pour savoir si je dois t’imaginer essayant de la lingerie. Mais les chaussures à talons, c’est pas mal non plus.
– Pourquoi, tout de suite, des chaussures à talons ?
– Parce que, comme la majorité des hommes, j’associe ce genre de souliers à la luxure, très chère. Et du coup, ça me fait marrer avec le contraste.
D’un geste, il lui désigne en s’esclaffant son jogging noir et ses Nike.
– Vous avez parlé de moi ?
– Non, espèce de mâle égocentrique.
Oh oui. Toute la soirée. De la description physique à celle des chatouillis dans le ventre.
On a parlé de tout et de rien. Val a un sexfriend. Tu as déjà fait ça, toi ?
Non, elle n’a rien du tout, elle suggère juste que les athlètes sexy le deviennent pour que ça arrête de démanger sa petite sœur.
C’est une proposition ?
Sous le regard furax de Lou, Romain hausse les épaules.
– C’est quoi, ta définition de sexfriend?
Lou fait rouler ses épaules en réfléchissant.
– Je ne sais pas… Je crois que c’est quelqu’un avec qui tu sors, tu fais des trucs comme un ami, mais tu partages de l’intimité. Des caresses, de la passion.
Romain se met à rire.
– Un type avec qui tu vas au restaurant, au cinéma, qui est présent pour toi quand ça ne va pas bien et qui t’offre des orgasmes. Bref, un amoureux, quoi.
Lou arrête son mouvement des épaules et ouvre la bouche pour répondre. Mais, effectivement, elle n’a pas d’argument allant dans un sens contraire. Romain poursuit en étirant ses cuisses.
– Non, je n’ai jamais eu de sexfriend. Je ne fonctionne pas comme ça. A partir du moment où je touche une fille, où je l’embrasse, où je m’allonge sur elle, ce n’est plus une amie, c’est quelqu’un avec qui j’ai vécu quelque chose de plus ou moins fort. Les intentions comptent aussi, au cas où tu te poserais la question.
Non, Lou ne se demande rien, elle tente de ne pas se liquéfier au moment présent.
Ils continuent leurs étirements en silence. Il ne lui retourne pas la question. Sans doute parce qu’il en connaît déjà la réponse. Lou soupire, pour la énième fois depuis qu’ils se connaissent.

Samedi soir pourri. Lou est en robe de chambre, dans le salon, devant la télé, et il est plus de 2h du matin. Samuel est rentré de sa garde aux urgences voilà deux heures et ronfle comme un bienheureux depuis. Il n’a pas touché au repas qu’elle avait préparé, il lui a fait un bisou et s’est éclipsé directement. Mais ce n’est pas ce qui la taraude. Non, elle a beau touiller son thé, absorbée par l’émission de télé, Lou est douze kilomètres plus loin. Elle est dans un bar à Bastille, alors que Romain travaille, en train de danser en petite robe noire par-dessus un ensemble léopard. Elle est maquillée, elle est coiffée. Elle est sensuelle et elle fait comprendre à Romain combien elle a envie de lui. Elle est tout ce qu’il ne peut pas voir d’elle et qui existe pourtant, cette facette qu’une femme mariée est supposée ne montrer qu’à son époux. Lou grogne et change le programme télé, jusqu’à tomber sur une rediffusion de Shérif, fais-moi peur. Mais elle ne parvient toujours pas à fixer son attention et éteint la télé au moment où son portable vibre. « Couchée ? » Lou sourit en lisant ce simple mot. Au moins, Romain n’est pas en train de s’envoyer en l’air avec la première greluche croisée au Twenty One Sound. « Pas encore, j’y allais. Tout va bien ? » « Besoin de te voir. Je suis sur le côté de ton jardin. » Lou déglutit. « C’est une blague pour que je sorte en pyjama ? » « Non. Mais si tu préfères, je peux entrer. Samuel a le sommeil lourd ? » La jeune femme tend l’oreille pour vérifier que les ronflements là-haut ne se sont pas arrêtés. Elle soupire, va se voir dans le miroir de l’entrée, ébouriffe ses cheveux pour se donner un air sauvage et jette sa robe de chambre sur le canapé. Puis elle ouvre tout doucement la porte d’entrée et, en nuisette et pieds nus, contourne la maison. Romain est adossé au mur.
– Putain, mais qu’est-ce que tu fous là, bordel ?
– Bonsoir à toi aussi, princesse. Il fallait que je te parle.
– Maintenant ?
– Oui, maintenant. J’ai besoin de savoir ce qu’on fabrique ensemble. Si tu joues avec moi parce que tu t’ennuies dans ta petite vie de femme mariée ou si on a une chance, à un moment donné.
Après un moment de silence, Lou s’adosse également au mur.
– Je l’ignore. Tu sais très bien que je ne suis pas insensible à ton charme. Mais je suis mariée et…
– Qu’est-ce que tu ressens, bon sang ? Je te demande pas si tu portes une laisse, je te demande ce que tu ferais si, une fois dans ta vie, tu décidais d’avoir du courage.
– Ce n’est pas aussi simple que ça, Romain.
– Oh que si. C’est toi qui rends tout compliqué.
L’homme vient se placer face à elle. Et soudain, elle réalise ce qu’elle est en train de faire. Elle est en nuisette en satin dans son jardin, à deux heures du mat. Personne ne peut la voir. Elle a peur. Pas de Romain, non, mais d’elle. Elle a peur d’ouvrir les vannes et que le barrage pète. Elle a peur d’assumer les pulsions qu’elle refoule depuis quelques semaines. Elle a peur de se regarder dans une glace et de ne pas aimer la femme qu’elle y verrait. Romain place les mains sur le mur en crépi, de chaque côté de ses oreilles.
– Je vais te le demander… et sans doute pour la dernière fois. Moi aussi, je dois me protéger. Qu’est-ce que tu veux ?
Lou le regarde et ne peut retenir le mot avant qu’il ne franchisse ses lèvres.
– Toi.
Le barrage craque. L’eau s’écoule furieusement. Et noie tout sur son passage.
Romain fond sur elle et lui mange littéralement la bouche. Elle s’accroche à lui, s’agrippe de toute son énergie alors qu’il la décolle du sol pour la prendre dans ses bras. Il la découvre du bout de la langue, il la goûte, il hume ses cheveux, il tâte son corps comme pour s’assurer qu’elle n’est pas un fantasme. Elle cache son nez dans son cou, sur la pointe des pieds, et dessine des arabesques avec ses lèvres, avec sa langue. Elle glisse les mains sous son polo, découvre les abdos rêvés, caresse les hanches sexy, remonte vers les pectoraux qui ne parviennent pas à étouffer les battements de son cœur. Précipitamment, elle défait sa ceinture et glisse une main à la rencontre d’un membre aux dimensions plus qu’honorables. Il gémit alors qu’elle effectue un mouvement de va-et-vient et fait glisser son jean à ses chevilles. En un mouvement, il enfile un préservatif et la soulève de terre. Il la colle au mur et l’empale sur son membre. Enfin. Tout ceci n’a duré que quelques minutes, comme une urgence, un besoin absolu, mais elle a l’impression d’avoir déjà trop attendu. A chaque coup de butoir, son dos est griffé par le crépi, mais elle s’en fiche. Cette souffrance la fait se sentir vivante. Il la fait coulisser sans mal, ne détachant pas ses yeux noisette de ceux de la jeune femme, verts. Elle est gênée par l’intensité de son regard. Mal à l’aise, elle se sent nue et tente de tourner la tête.
– Regarde-moi. Tu m’as fait trop attendre. Je veux te voir.
Doucement, Lou acquiesce. Elle ne peut plus parler, elle a du mal à respirer. Elle sent sa queue au fond d’elle, ses mains qui lui agrippent les fesses, qui les malaxent, le crépi qui la lacère. L’air sent le pin, la ville est silencieuse, il n’y a rien d’autre que le souffle de Romain qui commence à montrer des signes de faiblesse.
– Tu m’as fait trop attendre…
Il la bascule contre lui, son torse contre sa poitrine, se cognant, gonflant au même rythme. Lou perçoit la vague monter du plus profond d’elle-même.
– Ça vient… Je viens…
Il accélère la cadence et elle s’accroche pour ne pas tomber au moment où l’orgasme explose. Il gémit doucement dans ses cheveux et elle en conclut qu’il vient à son tour de jouir. Ils restent enlacés contre le mur de la maison, sans dire un mot, pendant quelques minutes encore.
Maintenant que le tsunami s’est retiré, que reste-t-il dans les décombres ?

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

2 réflexions sur « Le joggeur (Part.2) »

  1. je n’ai qu’un mot : « palpitant » ! Comme au coeur à la lecture de ce second épisode. Il m’a pris et ne m’a pas lâché. Et, le souffle court, j’ai serré les dents quand Lou s’est donnée…
    Encore, Aurore, Encore ! S’il te plaît !

    1. Oh, mon Christian, je ne sais pas ce que cette histoire vous fait, mais vous êtes quelques uns à vouloir connaitre la suite. Je crois qu’on va les regarder vivre encore quelques temps, ces deux-là…

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