Pomme Q

– Toi, tu aimes donner des ordres.
– Parce que tu es douée pour y obéir.

Ingrid sent le feu irradier ses joues, ainsi que son bas ventre. Il a raison. Il a tout à fait raison. Elle, si timide, si réservée, affichant des valeurs féministes en société quand elle daigne ouvrir la bouche… adore obéir aux ordres claquants comme un fouet de ce petit con arrogant.

– Tu es bien silencieuse… C’est parce que tu sais que j’ai raison. Tu as conscience que j’ai touché une corde sensible, que j’ai su trouver quelque chose que toi-même tu ignorais.

Elle déglutit, mal à l’aise. Et finit par se lancer.

– Oui. C’est vrai que ça me fait de l’effet quand tu me parles mal. Mais ça ne me plait pas.
– Et pourquoi donc ? Après tout, quelle importance, à part que nous y prenions tous les deux du plaisir ?
– Parce que ça t’excite beaucoup, toi, de me donner des ordres et des surnoms humiliants ?

La réponse, Ingrid la connaît. Mais elle veut qu’il le dise.

– Oui.
Ça me fait bander.
Ça me fait bander très dur.

Voilà le sang qui lui monte à la figure, définitivement, jusqu’à la racine de ses cheveux blond vénitien attachés en catogan serré. Qui recouvre ses taches de rousseur, son nez un peu fort, se glisse sous ses lunettes à monture noire. Ingrid a chaud. Ingrid est excitée. L’autre attend, joueur. Il veut qu’elle rebondisse sur cet aveu, sur cette confession. Il commence à la connaître, il sait qu’elle est pudique. Elle finit par rétorquer, un peu tremblante.

– Moi aussi ça m’excite, je dois bien avouer. Tu es content ?
– Oui, mais je le serai plus si tu me montrais à quel point tu es excitée.

Ingrid déglutit et regarde nerveusement autour d’elle.

– Maintenant ? Tu es fou ? Je suis sur mon lieu de travail.
– Justement… Je veux qu’à chaque fois que tu t’assois à ton bureau, tu te rappelles ce que nous y avons fait. Ou, plus exactement, ce que je t’ai ordonné de faire… et que tu t’es empressée d’accomplir.

A nouveau, ce cœur qui bat à tout rompre. La bibliothèque est calme, aujourd’hui. En ce lundi de vacances scolaires, elle est seule dans la section fiction. Un vieil homme lit la presse quotidienne à l’autre bout de l’allée, très loin. La seule autre collègue présente dans l’établissement est à la section jeunesse, au premier étage. Non, décidément, elle ne craint pas grand-chose. Elle soupire.

– A quoi tu penses ?
– Je veux que tu t’agenouilles devant moi et que tu sortes ma queue de son pantalon.

Elle respire avec peine. Encore un coup d’œil circulaire.

– Bien. Et maintenant ?
– Décris-moi ce que tu me fais. C’est toujours moi qui t’excite, aujourd’hui, c’est ton tour.

Ingrid dissimule avec peine un sourire. Depuis qu’elle a commencé à « jouer » avec Franck Sinatra sur Facebook, c’est vrai que c’est souvent lui qui s’exprime. En même temps, elle l’avait prévenu, même si elle a minimisé sa timidité. En fait, Ingrid n’est pas réservée, elle est coincée. Son physique banal, sans être ingrat, ne lui a pas facilité les rencontres, et à part quatre amants aussi introvertis qu’elle, elle n’a pas connu de quoi frissonner jusqu’à présent. Les conversations avec Franck ont d’abord débuté gentiment. Ami d’amie dans un groupe de lecture, ils en sont venus à parler de leurs vies, leurs goûts en matière de littérature. Le raz-de-marée des 50 nuances de Grey les a fait rire et ils se sont amusés à comparer le succès commercial à Histoire d’O, Le lien ou Devenir sienne. Et un jour, sans qu’Ingrid ne se souvienne réellement comment, leurs conversations ont pris un tournant plus… coquin.

Appelons un chat un chat. Ils ont commencé à baiser virtuellement.

Du sexe souvent sale, souvent trash… mais tellement bon. Tellement libérateur. Sans gêne, sans honte aucune. Pourquoi devrait-elle en ressentir, de toute manière ? Ils ne se connaissent pas, vivent à plusieurs centaines de kilomètres et, techniquement, elle est Scarlett O’Hara baisant avec un Franck Sinatra d’une quarantaine d’année d’après la photo de profil. L’homme derrière le clavier peut être petit et obèse, elle s’en moque. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’il écrit bien. Des trucs salaces, des scenarii cochons, avec juste un zeste de soumission, comme elle aime. Et il sait doser l’intensité… Toujours crescendo, la laissant pantelante de désir. Sauf que leurs petites joutes verbales ont lieu, d’habitude, le soir, à l’abri dans son deux pièces qu’elle partage avec Rett Butler, son chat persan.

– Eh bien… Je te prends dans ma bouche.
– Mais encore ? Tu peux mieux faire.
– Je te lèche la queue sur toute la longueur. En donnant des petits coups de langue.

Elle attend qu’il réplique. Ne le voyant pas surenchérir, elle sait qu’il attend la suite avec impatience.

– Maintenant je te prends dans ma bouche. Entièrement. Ma langue tourne autour de ton gland, avant de te faire ressortir. Je te prends à la main et je commence à te branler.

Ingrid attend à nouveau les trois petits points qui indiquent que l’autre tape sur le clavier. Rien. Le salaud, il veut la pousser à se dépasser. L’espace d’un instant, Ingrid se tâte à monter à la section romans pour adultes, en prendre un et recopier des passages mots à mots.
Mais non, elle en est capable.
Elle va écrire les trucs cochons que Franck veut lire.
Elle va assumer sa sexualité, sa féminité.
Enfin… essayer.

– Je te caresse vigoureusement et te lèche le bout en même temps. Tout ça, sans te quitter des yeux.

Les « … » apparaissent. Ingrid prie secrètement qu’il ait décidé de prendre le jeu en main et lève le nez au-dessus de son ordi. Une femme de l’âge de sa mère vient de s’installer non loin d’elle et de la table des emprunts.

– Hum… Et ?

Le salaud ! C’est tout ce qu’il trouve pour l’aider ?

– Je suis nue… nue et j’attends vos ordres.

Et c’est vrai. Ingrid attend qu’il décide ce qu’il va faire d’elle, passant automatiquement au vouvoiement pour lui signifier sa docilité. L’attente n’est pas longue.

– Scarlett… Tu me déçois… Manques-tu donc cruellement d’imagination ou c’est le fait de ne pas être assez excitée qui bloque ta plume ?
– Je dois vous avouer que je ne suis pas seule et que c’est assez inconfortable, comme situation.
– Eh bien moi, c’est ce qui m’excite. Je suis actuellement dans mon bureau, j’ai réunion dans une demi-heure et je compte sur toi pour me faire jouir avant.

A nouveau cette boule dans le bas ventre. Ingrid ignore pourquoi et comment ses mots ont autant d’impact sur elle. Sans doute le manque ? Sa dernière histoire s’est achevée voilà six mois maintenant.

– Et que faut-il que je fasse, pour cela ?
– Ah, tu es vraiment une feignasse… Cela mériterait que je te rougisse ton petit cul avec le plat de ma main. Puisque c’est à moi de tout faire…

Ingrid sourit. Elle a gagné, c’est lui qui va diriger le fantasme. Elle se penche en arrière sur son siège, dans l’expectative.Bientôt, les phrases apparaissent, emportant un à un les derniers remparts de sa pudeur.

– Je t’attrape par les cheveux et te force à me regarder alors que je te caresse le visage avec ma queue, avec mon gland.
Ouvre la bouche, que je la fourre.
En t’agrippant par les cheveux, je fais des va-et-vient entre tes lèvres.
Regarde-moi.
Je vois dans ton regard que tu aimes, ça.
Dis-moi que tu aimes ça !
– Oui, j’adore. J’adore vous lécher, Monsieur.
– Bien… Maintenant, je t’aide à te lever et nous nous dirigeons vers la table à manger.
Je te pousse en avant, t’obligeant à coller tes seins dessus.

Ingrid soupire. Pour un peu, elle sentirait le froid sur ses tétons déjà durs. Instinctivement, elle serre un peu les cuisses. Son collant crisse, faisant, lui semble-t-il, un vacarme assourdissant.

– Avec les pieds, je t’oblige à écarter les jambes.
De ma main droite, je vérifie ton état.
Tu es dans quel état ?

– Je suis toute mouillée.

Si Ingrid lisait ça dans un roman, elle serait sans doute atterrée par la pauvreté des dialogues. Mais là, ce n’est pas avec son esprit qu’elle réfléchit. Elle ne fait que répondre ce que souhaite entendre Franck.

– Tu n’es vraiment qu’une petite salope, hein ?
Une petite chienne qui aime qu’on s’occupe d’elle…

Ingrid se trémousse un peu sur sa chaise et jette un coup d’œil circulaire, encore une fois. Personne n’a remarqué son petit manège. Elle voit le vieil homme se lever, poser le journal qu’il lisait sur le présentoir et quitter la pièce par la sortie au fond. La dame continue à lire les quatrièmes de couverture des romans dont les titres l’interpellent. Ingrid se sent mal à l’aise, mais surtout, Ingrid se sent coquine. Une vraie rebelle qui fait quelque chose d’interdit. Elle glousse à cette pensée et voit qu’il continue à écrire leur fantasme.

– Je commence à te caresser le clitoris.
Je le pince un peu fort, comme tu aimes.
Puis je mets deux doigts en toi et je commence à te limer.
Je veux te préparer avant de te prendre.

Ingrid étouffe un hoquet. Par réflexe, elle effleure son bas ventre à travers sa jupe, avant de rejeter sa main en se traitant mentalement de folle furieuse.
Le téléphone sonne et elle décroche, en tentant de garder son calme. C’est Catherine, au premier, qui lui demande si tout va bien. Elle s’ennuie un peu : même si c’est pendant les vacances, il y a peu de jeunes dans la section. Peut-être pourraient-elles manger ensemble le lendemain ? Ingrid répond distraitement, quand elle voit que Franck s’excite de plus en plus sur son clavier.

– Je regarde ton petit trou, que tu m’offres impudiquement dans cette position.
Je te fais lécher mon majeur, avant de le glisser dedans.
Je l’enfonce et je commence à te branler le cul.
Demande-moi, supplie-moi de te lécher l’anus, petite chienne.

Ingrid a le souffle coupé. Elle abrège la conversation avec Catherine, prête à lui promettre d’aller voir sa grand-mère si elle le souhaite, mais là, elle a quelqu’un qui a besoin d’un renseignement. Elle raccroche et tape rapidement sur son clavier.

– Oh oui, pitié, Monsieur.
– Pitié quoi ?
– Faites-le.
– Faire quoi ?

Même l’écrire est au-dessus de ses forces. Elle n’ose imaginer si elle devait vraiment LE DIRE.

– J’ai envie de… votre langue. Dans mon cul.

Pas de réponse pendant cinq secondes. Puis un simple smiley qui rigole. La jeune femme glousse aussi. C’est vrai qu’après tout, ce n’était pas si compliqué. Elle s’enhardit.

– J’ai envie… de votre queue… dans mon cul.

Voilà.
Le mot est lâché.
Elle a dit « queue ». Et « cul », dans la même phrase, par-dessus le marché. Soufflée par sa propre audace, elle attrape sa tasse de thé pour y tremper les lèvres, attendant sa réaction. C’est à peine si elle voit que la dame est plantée devant le comptoir.

– Bonjour, mademoiselle, je ne trouve pas le premier tome de cette trilogie…

Ingrid sursaute et clique maladroitement sur la fenêtre pour la réduite. De son air le plus strictement professionnel, elle tend la main vers son interlocutrice pour prendre l’ouvrage.

– Laissez-moi vérifier cela sur le logiciel.

Nerveusement, elle tape le nom, alors que la fenêtre en bas de son écran clignote furieusement.

– Effectivement, madame. La première partie a été empruntée, mais devrait revenir à la bibliothèque d’ici la semaine prochaine. Souhaitez-vous que je vous prévienne à ce moment-là ?

Chaleureusement, la dame la remercie en lui glissant son numéro de téléphone. Les yeux faisant des allers retours entre la fenêtre Facebook et le logiciel de gestion du stock de la bibliothèque, Ingrid rentre l’alerte et regarde la dame en souriant. Sa bonne éducation lui souffle qu’il faudrait lui demander si elle souhaite des renseignements supplémentaires, mais son sexe en émoi lui intime l’ordre de fermer sa gueule.

La dame semble comprendre qu’elle dérange et retourne fouiner dans le rayon. Ingrid se précipite alors pour ouvrir la fenêtre.

– … sur ton visage de salope.

Nooon… Elle a loupé une partie du fantasme et a l’impression de lire la fin du roman avant d’avoir eu le dénouement de l’intrigue. Haletante, elle fait défiler les lignes et revient à sa dernière ligne.
Sa honteuse dernière ligne.

– J’ai envie… de votre queue… dans mon cul.
– Ah oui ? Comme ça ?
Tu es vraiment coquine, aujourd’hui, Scarlett…
J’aime ça.
Ça me fait de l’effet.
Et tu vas le sentir, au plus profond de toi.
Je vais faire ce que tu m’as demandé, ce que tu m’as supplié de faire.
Je vais te défoncer le cul.
J’approche mon gland de ton petit trou et je le rentre, tout doucement.
Je m’empale lentement, alors que tu te crispes.
J’aime t’enculer, Scarlett, oui, c’est bon d’être dans ton petit trou serré…
Je ne bouge plus, laissant ton corps se détendre autour du mien, se faire à cette intrusion.
Alors que je sens que tu respires normalement à nouveau, je me retire lentement, avant de m’enfoncer plus rapidement.
Je commence à te mordre l’épaule, en accentuant les mouvements, en accélérant le rythme, alors que tu gémis, que tu cries presque.
Je glisse ma main sur ton clito et je me mets à te caresser, vigoureusement, alors que de l’autre main je te pince le téton.
Fort.
Alors, tu commences à t’agiter sous moi, à te crisper, et je sens que tu jouis, comme une folle, grâce à ma queue dans ton cul.
Je sors, je te mets à quatre pattes, et je me branle devant toi.
Avant de gicler sur ton visage de salope.

Ingrid se rejette sur le siège.
Ah ouais. Quand même… C’est un peu plus osé que les dernières fois. Mais le résultat est là. Sans même avoir besoin de vérifier, elle sait qu’elle est trempée. Elle ferme les yeux, sent les pulsations qui amènent le sang dans son sexe qui se prépare à faire l’amour. Pauvre petit sexe, il va en être pour ses frais…
Face à son silence, Franck finit par s’inquiéter.

– Ca va ? J’y suis allé trop fort ? Tu ne réponds plus…
– Non non, j’ai juste eu quelqu’un qui avait besoin d’un renseignement… C’était… très bien.
– C’est sûr ? Quand tu as dit que tu voulais… enfin, ce dont tu avais envie, je me suis dit que je pouvais…
– Tu as bien fait. C’était très excitant pour moi. Pour toi aussi ?
– Si c’était excitant ? Je bande comme un taureau !

Ingrid glousse.

– Tu veux voir ?

Elle fixe son ordi, réfléchissant un peu. Puis elle se mord la lèvre inférieure et s’arme de courage.

– Vas y.

Quelques secondes plus tard, un énorme phallus, dressé fièrement, apparaît dans la fenêtre. A voir le décor, Franck n’a même pas pris la peine de quitter son bureau. Il l’a juste dégagé de son pantalon de ville. Ingrid observe ce pénis quelques secondes et se dit que c’est étrange d’en savoir plus sur la queue d’un homme que sur son visage. Pour la forme, elle glisse un compliment.

– Elle est belle.

A vrai dire, elle ne sait pas ce qu’est une « belle » queue. Pour elle, une queue reste une queue. Mais les hommes aiment toujours que les femmes la trouvent jolie, c’est tout ce qu’elle sait.

– J’ai envie que tu jouisses en pensant à moi. Va te caresser, Scarlett. C’est un ordre.

Ca, Ingrid n’est pas sûre d’en être capable. Il lui faut parfois beaucoup de temps, chez elle, seule, pour décoller. Alors dans les toilettes de la bibliothèque ? Elle secoue la tête.

– Je ne peux pas. Pas ici.
– C’est un ordre, j’ai dit.
Et je vais en faire de même.
On se retrouve d’ici 7 minutes, avant ma réunion.

Et il se déconnecte. L’espace d’un instant, elle hésite. Et puis après tout, elle en meurt d’envie, elle tuerait pour un orgasme. Malgré les circonstances, les interruptions, l’endroit… elle est chauffée à blanc. Discrètement, avec un petit sourire d’excuse à la dame toujours plongée dans ses quatrièmes de couverture, elle s’enferme dans les toilettes situées derrière le bureau d’emprunt. Rapidement, devant le mini lavabo et son miroir, elle soulève sa jupe et baisse ses collants, avant de glisser une main entre son sein et son soutien-gorge, alors que l’autre s’attaque directement à son clitoris. Elle avait raison : son sexe est glissant et meurt d’envie d’être pris. Avec ses doigts, elle se pénètre un peu, écartant ses lèvres, avant de retourner au clitoris qu’elle pince et frotte à la fois. La tension monte alors qu’elle se frotte de plus en plus frénétiquement et que son sein est malaxé sans précaution. Dans sa tête, Franck Sinatra la pilonne sauvagement, usant de son cul comme d’un vagin, la secouant dans tous les sens, alors qu’elle est appuyée sur la table des emprunts et nue depuis la taille. Alors qu’il se retire pour lui jouir sur le visage, Ingrid sent les premiers spasmes envahir son corps, les vagues de plaisir déferler depuis son clitoris jusqu’à ses orteils. Dans le miroir, elle se voit le visage transfiguré par l’orgasme, sa bouche ouverte dans un cri silencieux, ses yeux grands ouverts avant qu’elle ne les ferme pour profiter des dernières ondes de bien-être, moins puissantes mais apaisantes.
Sept minutes plus tard, elle est à nouveau derrière son poste, les joues et les mains passées sous l’eau froide. Elle est détendue, souriante et ferait bien une sieste. La fenêtre se met bientôt à clignoter.

– C’était bon ?
– Parfait. Mais je n’en reviens pas d’avoir fait ça.
– Tu regrettes ?

Ingrid réfléchit quelques instants, avant de taper trois petites lettres.

– Non.

Un smiley qui fait un clin d’œil lui répond.

– Tant mieux.
Parce que nous n’avons pas fini de jouer, toi et moi.
Mais maintenant, je vais en réunion.
Nous nous retrouvons ce soir pour un autre jeu ?

En souriant, Ingrid lui répond que oui et se déconnecte. La dame s’approche alors du comptoir, deux livres à la main. Toujours souriante, Ingrid passe les ouvrages et la carte de bibliothèque magnétique à la douchette, avant de lui rendre.

– Merci, mademoiselle. Je peux vous poser une question ?
– Allez-y, je vous en prie.
– Les journées ne vous paraissent pas trop longues ? C’est mortellement calme.

Le sourire d’Ingrid s’élargit sensiblement.

– Non, madame. Je ne m’ennuie jamais, ici.

La dame acquiesce et lui sourit.

– C’est bien, de voir des gens passionnés par leur travail. Des gens qui s’y amusent. Tout le monde devrait avoir cette chance.

Malicieusement, Ingrid lui rétorque qu’elle a raison. Et d’un rapide coup d’œil, calcule qu’il lui reste environ deux heures avant de rentrer chez elle, mettre une nuisette et retourner à son clavier. Et peut-être, si elle se sent d’humeur aventureuse, à sa web cam, pour quelques gros plans de son anatomie. Plus que deux heures…

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