Lune de miel

Alexia pose son casque de moto dans l’entrée et referme la porte avec le pied. Elle traverse le couloir et se laisse tomber dans le fauteuil à l’entrée du salon. Elle a en plein les bras, plein le dos. Elsa, une copine à elle, avait besoin d’un coup de main pour acheter des meubles pour son nouvel appart. Mais Alexia n’avait pas compris que cela inclurait de monter un frigo au 3e sans ascenseur. Elle ferme les yeux et rabat la visière de sa casquette grise, en se demandant si elle a le temps de piquer un somme avant de partir dîner chez Aurore. Elle a l’impression que son corps pèse une tonne sur l’assise du fauteuil. Un bruit dans la salle de bain la tire de sa somnolence.
« – Baby ? Tu es rentrée ? »
La porte s’entrebâille et Mélissa hurle depuis la salle d’eau.
« – Le shooting a été écourté à cause de la pluie… De toute façon, le photographe avait les clichés qu’il voulait. Ça a été, chez Elsa ? »
Alexia remonte la visière de la casquette et se frotte les yeux.
« – Crevant. Tu en a encore pour longtemps, là-dedans ? J’aimerais prendre une douche. »
La porte s’entr’ouvre plus largement et Mélissa apparaît derrière. Elle est nue, toute en jambes et en cheveux. Le contre-jour fait paraître sa peau caramel plus foncée qu’elle ne l’est en réalité. L’espace d’un instant, elle l’observe depuis l’entrée de la salle de bain. Alexia remarque qu’elle est restée maquillée de sa séance photo, même si elle s’est visiblement lavée. Qu’elle est belle… Alexia ne se lassera jamais de la contempler. Sourire aux lèvres, la jolie métisse avance en ondulant des hanches.
« – J’avais d’autres projets… »
Alexia se met à rire.
« – Baby, je suis crevée… Pendant que tu posais, moi, je déplaçais des meubles… J’ai transpiré comme une truie, j’ai besoin d’une douche… Et on va être en retard pour le dîner. Ca ne peut pas attendre ce soir ? »
Mélissa, arrivée devant le fauteuil, hoche la tête lentement, avec une moue tentatrice. Alexia balaie du regard le corps qui s’offre à elle et soupire devant les jambes indécemment longues, la taille fine, les seins menus, le visage félin et ces cheveux frisés, cette masse sensuelle après laquelle Mélissa râle si souvent mais qui ajoute encore à ce côté sauvage qui la fascine, qui la rend dingue. Quand Mélissa lui avait montré de l’intérêt, Alexia s’était demandée si la lionne se laisserait apprivoiser ou si elle la dévorerait. Maintenant, elle sait que c’est elle qui mange dans la patte de la lionne. Alexia attrape la main gauche de Mélissa et son regard se pose sur le tatouage qui en orne le poignet. Un nœud avec une initiale, un A. Le symbole qu’elles s’appartiennent l’une à l’autre. Alexia soupire et retourne la main. Du doigt, elle caresse le métal froid de la bague portée à l’annulaire. De son alliance. Alexia soupire à nouveau.
« – Ça dure combien de temps, une lune de miel ? Parce qu’à m’épuiser à ce rythme-là, tu vas te retrouver veuve rapidement. »
Mélissa hausse les épaules.
« – Je ne sais pas. Mais quatre mois ne sont certainement pas suffisants. »
Alexia abandonne toute résistance et pose sa joue contre le ventre de Melissa. Cette dernière lui enlève sa casquette, qu’elle envoie voler à travers la pièce. Alexia en profite pour frotter son visage contre son ventre, embrasser son nombril en mordillant son piercing au passage, lécher ses hanches et le haut de ses cuisses. Mélissa ferme les yeux et renverse la tête en arrière, tout en glissant les mains dans la chevelure brune attachée en queue de cheval de sa compagne. Les mains d’Alexia remontent le long des cuisses fuselées, pour aller s’agripper aux fesses rebondies. La peau de son épouse est déjà parcourue de frissons alors que sa langue plonge enfin dans son intimité, la goûtant, s’en délectant. Avec son piercing à la langue, elle a agace le petit clitoris, déclenchant immédiatement des gémissements semblables à des ronronnements du côté de sa lionne. Mélissa agrippe plus fermement la chevelure foncée et la guide entre ses cuisses. Aujourd’hui, elle est d’humeur dominatrice. Alexia aime ça, se sentir contrainte par cette frêle jeune femme qui la gouverne corps et âme. Elle s’exécute de bonne grâce. Peut-être mènera-t-elle la danse, la prochaine fois. C’est ce qui est bien, dans leur couple. Elles sont à égalité. Dans leurs choix, leur liberté, leurs désirs. Alexia met une ferveur quasi mystique dans le cunnilingus qu’elle exécute. A la manière dont sa femme s’accroche à sa queue de cheval, elle sent qu’elle est sur la bonne voie. Mais Mélissa l’écarte brutalement et lui ordonne, avec une voix rendue rauque par le plaisir :
« – Avec tes doigts. Bien au fond. Et tu me regardes, en même temps. Je veux que tu me regardes prendre du plaisir grâce à toi. »
La brune acquiesce silencieusement et, sans la quitter des yeux, glisse son majeur dans son vagin. C’est bouillant, là-dedans, et extrêmement lubrifié. Alexia fait pénétrer sans encombre son index également. Fermement, elle plonge les deux doigts le plus loin possible. Mélissa bascule le bassin pour lui faciliter le passage, les yeux ancrés dans les siens, le souffle court. A tâtons, Alexia cherche une petite zone granuleuse aux doigts, sur la face antérieure. Quand elle pense l’avoir trouvée, elle l’entoure de ses deux doigts, et se met à frotter. Fort. Mélissa suffoque aussitôt, cherche de l’air, sa bouche pulpeuse entrouverte sur ses petites dents de nacre. Ses pupilles se dilatent. Elles ne se quittent pas des yeux, et ce contact est plus intense que celui entre les doigts et le vagin, quelques centimètres plus bas. Alexia accélère le mouvement une dernière fois et elle sent sa main comme aspirée alors que sa femme jouit, retenant prisonnière grâce à ses muscles intimes ces deux doigts fichés en elle. Les spasmes de son ventre calmés, elle se met à trembler de tout son corps. Alexia l’attire dans ses bras et l’aide à se blottir contre elle. Elle essuie ses doigts sur son treillis avant de lui caresser les cheveux pour l’aider à calmer ses frissonnements. En boule contre ses seins, le nez dans son cou, Mélissa se laisse dorloter, cajoler, bercer, et reprend doucement sa respiration. Elle finit par lui dire d’une voix ensommeillée :
« – Je sais que c’est un souhait de jeunes mariés, mais… j’espère que la lune de miel ne s’arrêtera jamais. »
Alexia rit doucement.
« – Je te fais confiance pour me convaincre de la faire durer éternellement. »
Puis, après quelques secondes de réflexion, elle lui chuchote doucement, le nez dans les boucles sauvages.
« – Nous avons attendu suffisamment le droit de nous marier. Maintenant, à nous de le fêter dignement pendant au moins aussi longtemps. »
En l’embrassant sur le front, Alexia se rend compte qu’elle ne sent plus les courbatures dues au déménagement de l’après-midi. Décidément, cette femme la ferait marcher sur la tête. En souriant, elle réalise que c’est peut-être ça, après tout, le mariage.