Oranges de Noël

Nico ouvre les yeux. Il est certain d’avoir entendu du bruit dans son loft, dans le salon, juste au-dessous de sa chambre. Il attend, le cœur battant, dans l’obscurité. Le bruit recommence. Il jurerait que quelqu’un vient de se cogner à sa table basse en bois massif. Il se redresse, tout doucement. Une migraine, qui lui vrille aussitôt les tempes, lui rappelle qu’il a abusé de la bouteille avant de se coucher. Orphelin, fils unique, son rituel du réveillon de Noël tourne invariablement autour d’une bouteille de Bordeaux et d’un paquet de chips. Voire, quand il est chanceux, d’un spliff de beuh offert par son meilleur pote. Hier, il a cru être chanceux. Après quatre malheureuses heures de sommeil, il en est moins sûr. Il parvient tout de même à s’extirper de sa couette, enroulée autour de ses membres comme une pieuvre de plumes. En pantalon de pyjama et maillot de corps, il se glisse hors de la chambre. A pas feutré, il descend les escaliers et s’arrête une fois sur le seuil. Quelqu’un est en train de farfouiller dans son salon, il entend des bruits de papiers froissés. Il attrape à deux mains le balai-serpillère le long du mur, tout en se félicitant intérieurement de ne pas l’avoir rangé après avoir lavé par terre hier-matin. Il le bascule sur son épaule, comme une batte de base-ball, souffle un bon coup et tend la main vers l’interrupteur. Au moment où il appuie sur le bouton, il pousse un rugissement guerrier.
Un glapissement lui répond en retour et il reste comme un abruti, le balai dont les franges se balancent dans son dos, alors qu’une espèce de lutin sursaute face à lui.
La créature est brune aux cheveux courts et bouclés. Elle porte une robe bustier rouge extrêmement courte, dont les bords sont ornés d’hermine, avec des gants longs assortis. Une ceinture à large boucle marron serre sa taille très fine et met en valeur ses seins menus. Ses bottes rouges remontent au-dessus de ses genoux. Un long bonnet à pompon, arrivant pratiquement à ses fesses, oscille sur ses reins quand elle sursaute.
– Bordel, qu’est-ce que vous foutez chez moi ?!?
– Mon travail, mon cher monsieur, juste mon travail. Baissez donc votre balai !
Nico obtempère presque sans s’en rendre compte, déstabilisé par la vue de cette étrange créature. Cette dernière s’approche prudemment de lui et le regarde sous le nez, comme une bête inconnue.
– Alors c’est ça…
Aussitôt, Nico se sent sur la défensive.
– Ça, quoi ???
– Un homme qui ne fait pas de sapin.
D’un geste de la main, la créature balaie le salon, pour bien démontrer ses dires.
Nico s’appuie sur le balai et hausse les épaules.
– A quoi bon faire un sapin quand on est seul !
– Et la magie de Noël, vous en faites quoi ? Ca commence par la décoration de votre intérieur !
Nico ouvre la bouche pour répondre, avant de se rendre compte de l’absurdité de la situation.
– Mais vous pouvez me dire qui vous êtes, au lieu de me donner des cours de savoir-vivre ???
La créature fait claquer ses talons l’un contre l’autre et salue de la main comme un soldat.
– Esma, fille n°332, au rapport.
Puis elle ajoute, sur un ton de la confidence.
– J’aurais bien voulu être la 333, ça claquait plus, mais bon, que voulez-vous, on choisit pas, hein !
– La 333 quoi, au juste ?!?
Esma roule des yeux, comme si elle s’adressait à un abruti.
– Ben fille du Père Noël, pardi ! Vous croyez que le vieux n’a qu’une seule éclate dans la vie, peindre les jouets des mioches ? Faut bien s’occuper ! Les nuits sont froides et longues, par chez nous.
Nico la regarde, avant d’éclater de rire. Puis, voyant son air sérieux, il s’arrête. La créature commence à fureter à droite et à gauche, dans le salon.
– Et monsieur Grognon vit seul, dans ce palace ?
Là, Nico le prend comme une insulte.
– Et qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?
La brune hausse les épaules.
– Oh, ce n’est pas dur, c’est moi qui ai hérité de la liste des célibataires-qui-ne-croient-pas-en-Noël. Autant dire que c’est preuve de disgrâce. Avant, j’avais celle des enfants-mignons-de-moins-de-dix-ans. Mais ça, c’était avant.
– Avant quoi ?
– Avant que mon Père ne me trouve en compagnie du Père Fouettard, qui me faisait couler de la cire de bougie sur les tétons.
Nico manque de s’étouffer à ces paroles. Pourtant, Esma ne semble pas plaisanter. Elle a avoué ça calmement, comme si elle énonçait ce qu’elle avait mangé au repas de la veille. Présentement, elle fouine dans la bibliothèque. Nico déglutit.
– Et… ça vous arrive souvent… le truc de la cire ?
– Ca ? Oui, régulièrement… C’est pas de ma faute si j’aime quand c’est intense. Les hommes par chez moi sont trop mièvres… Ca doit être à force que fabriquer de la guimauve. Ils pensent leurs femmes en sucre.
Tout à coup, Esma se retourne.
– Et vous, ça vous branche ?
– De… de quoi ?
– Quand c’est sauvage ! La cire, les fessées au houx… tous ces trucs-là quoi !
Nico se passe la main sur le front.
– Nan mais j’hallucine… j’ai vraiment trop forcé sur la picole…
Esma penche la tête sur le côté.
– Vous allez bien ? Vous avez l’air patraque…
D’un petit pas sautillant, elle se rapproche de lui et lui pose la main sur le front.
Le contact de cette minuscule main gantée sur son visage lui fait du bien. Sans compter qu’elle est plus petite que lui, même avec les talons, ce qui lui permet d’avoir une vue plongeante sur son décolleté. Il sent son entrejambe s’éveiller et fait un pas en arrière, pour éviter le contact physique.
La créature penche à nouveau la tête sur le côté.
– Vous êtes décidément bizarre, vous, les humains. Chez nous, se toucher, se donner de la chaleur, c’est presque une question de survie, pour combattre notre climat. Nous passons notre temps collés les uns aux autres, avec, ou sans vêtement.
Elle balaie du regard la pièce sobre, dans laquelle s’entasse des objets impersonnels. Pas de photo de famille, ni de dessin d’enfant, pas de bibelot ou de souvenir de vacances.
– Vous me paraissez bien seul, Monsieur Grognon. Et c’est triste, surtout pour un soir de Noël.
Nico est en colère. De quel droit le juge-t-elle ? Il se frotte à nouveau les paupières avec son pouce et son majeur. Il a alors une pulsion. Puisqu’il s’agit visiblement d’une vaste blague de son inconscient, autant en profiter. Il avance vers Esma et l’attire contre son torse rudement. Puis il écrase ses lèvres avec fougue sur la bouche carmin de la brune et la soulève de terre. Elle ne pèse presque rien, il peut donc facilement la manipuler. Il la plaque contre le mur et passe ses jambes autour de sa taille. Surprise au début, elle émet un hoquet en sentant la cloison dans son dos, mais répond ensuite à son baiser, sa langue virevoltant dans la bouche qui semble vouloir la dévorer. Nico baisse le bustier de la robe pour atteindre les petits seins, à peine plus gros que des oranges de Noël. Il commence à les lécher, à les embrasser, à les téter.
– Plus fort…
Alors il ne se fait pas prier, et, tout en enlevant son pantalon de pyjama, mordille les petits tétons qui dardent aussitôt fièrement, alors que la créature gémit et se tortille. Il glisse sa main sous la robe et arrache la culotte, avant de rentrer deux doigts dans son intimité, sans ménagement. Il la fouille, il la possède, ajoute un troisième doigt. Elle est étroite, mais accueille finalement le majeur venu rejoindre ses deux compères. Il commence un va et vient violent, tout en mordillant les seins et en cognant le petit corps contre le mur. Elle halète de plus en plus vite, alors que la main la branle et que le membre de Nico cogne contre son pubis aux poils ras. D’un coup sec, il retire sa main pour la remplacer par son pénis. Il l’empale jusqu’à la garde et attrape fermement ses hanches pour la faire coulisser sur sa hampe. Rapidement, elle monte et descend, et bientôt on entend plus que des gémissements et le bruit des corps qui s’entrechoquent en s’emboitant, les testicules cognant contre les grandes lèvres à chaque poussée. Son odeur est musquée, animale, avec une petite effluve de conifère et Nico a l’impression de baiser en entier la forêt du nord.
– Pas comme ça… Attends.
Il la dégage de leur position et l’aide à descendre au sol. Elle flageole sur ses pieds alors qu’il la mène vers son canapé et agenouille dessus. Puis il détache la ceinture de la créature, ramène ses bras dans son dos et l’attache en serrant outrageusement, forçant ses omoplates à se toucher, ses seins à s’exposer. Il relève la jupe en velours rouge, flatte la croupe blanche bien ferme de la main avant de la poser sur le creux de ses reins. Puis il pénètre à nouveau sa grotte intime et pose sa deuxième main sur son ventre. Elle est tellement menue qu’il sent sa queue à travers la paroi, à chaque coup de butoir. Il accélère le rythme, la défonçant, alors qu’elle gémit de plus en plus, cassée en deux, la tête dans le dossier du canapé, lui demandant d’aller toujours plus vite, plus fort, de la remplir comme elle aime. Hypnotisé, il regarde le pompon de son long bonnet tressauter sur son cul, au-dessus de son petit anus. Alors qu’il sent que son vagin s’agite sous sa queue et qu’elle couine plus bruyamment que jamais, il se vide en elle, la remplissant une dernière fois.

Nico ouvre les yeux. Il est sous sa couette, bien au chaud. Il sent qu’un corps est lové contre le sien. Il soulève la couette et voit Esma, nue, ses petites oranges affaissées contre le matelas, son cul rebondit à portée de main. Il lui caresse l’épaule. Elle ouvre les yeux et lui sourit.
– Bonjour Monsieur Grognon…
– Tu es toujours là ? Tu n’avais pas une distribution de cadeaux à faire ?
La brune se redresse sur son bras, le regarde interdite, et éclate de rire.
– Non mais tu y as vraiment cru ? Je croyais que c’était un jeu de rôle qui t’excitait !
Il la fixe, sans comprendre.
– Nico, cela fait deux mois que je vis dans l’appartement du dessous et j’ai tout tenté pour attirer ton attention… Quand j’ai vu que tu étais seul hier soir, j’ai décidé de forcer ma chance et tu n’avais pas verrouillé ta porte d’entrée. La tenue sexy de Noël était de circonstance… Je croyais que tu voulais juste jouer !
Nico se sent un peu stupide, maintenant que les effets de l’alcool se sont dissipés. Mais des flashes de la nuit lui reviennent. Après tout, il s’en fout de passer pour un con, tant qu’elle lui laisse à nouveau goûter à ses oranges.

 

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