Insomnie

1h46.

Du fond de mon lit, je dresse les oreilles. Je crois que la porte d’entrée de l’appartement d’en-dessous vient de se refermer, mais je n’en suis pas certaine. Sylvain et Stéphanie se sont installés voilà deux semaines et depuis, quand ils ne percent pas les murs, ils poncent le parquet jusqu’à pas d’heure. Ou, comme ce soir, ils reçoivent des potes. Sylvain est musicien, donc chaque soirée finit inlassablement en bœuf, avec guitare, piano et djembé. J’ai beau être mélomane, le manque de sommeil commence à se faire ressentir sur mon humeur. Sans compter que demain, j’ai école et que supporter 32 élèves de CE2 après une nuit écourtée relève de la torture. Je jette un œil à Marc, couché sur le flanc, à mes côtés. Sa respiration régulière me rend jalouse. Au rez-de-chaussée, Sylvain et Stéphanie discutent et rient, sans doute en rangeant le salon situé sous notre chambre. Je soupire, me retourne deux, trois fois, et décide de me relever. Dans le noir, j’ouvre précautionneusement la porte de la chambre et me retrouve dans notre salon. Sur la pointe des pieds, je tourne à gauche, passe devant la chambre des enfants et pénètre dans la cuisine. Je referme la porte tout doucement et ouvre celle du frigo, pour attraper le lait. La pleine lune dehors me permet de me déplacer sans allumer la lumière. Je me sers un verre, je referme la brique et la remets dans le réfrigérateur. J’en avale trois gorgées et mon regard se pose sur le paquet de clopes abandonné sur la machine à laver. Je sais que ça a tendance à exciter et à empêcher de dormir, mais au point où j’en suis… Je tire une cigarette de son étui, la porte à mes lèvres et cherche le briquet. Merde, il doit être resté dans la poche de mon cuir. Je me retourne vers la gazinière, mets en route un des brûleurs, me penche tout en retenant mes longs cheveux bruns pour ne pas y foutre le feu et coupe le gaz une fois ma tueuse allumée. J’exhale un long soupir de fumée, qui s’élève vers le plafond. C’est là que je réalise que je n’ai pas ouvert la porte fenêtre. En prenant soin de faire le moins de bruit possible, j’ouvre grand les deux battants et m’adosse au mur de la cuisine. Il fait bon, nous sommes au printemps. Ce côté de l’appartement donne sur un jardinet baigné de rayons lunaires, qui appartient désormais à Sylvain et Stéphanie. Notre immeuble ne compte que trois logements et les voisins du dessus sont actuellement en vacances. En face, le centre des impôts est plongé dans la pénombre. C’est calme, très calme, et je profite de ma cigarette en silence, la tête posée sur le battant de la fenêtre. La lumière s’allume dans l’extension en-dessous, qui forme un L avec le bâtiment principal. Je remarque que c’est la pièce dans laquelle mes nouveaux voisins ont décidé d’installer leur chambre. D’où je suis, je peux voir une commode, la télé et le pied du lit. Cela ne doit pas être très grand, mais cosy. Stéphanie entre la première dans mon champ de vision. Elle glousse, poursuivie par son compagnon qui l’attrape dans ses bras. Ils sont mignons tous les deux. Elle est aussi blonde et pâle qu’il est brun à la peau mate. Ils m’ont raconté être mariés depuis six mois et c’est leur première acquisition. Je souris, tant ils me font penser à ce que nous étions avec Marc voilà sept ans, quand nous nous sommes installés ici. Nous aussi, nous étions insouciants et espiègles, mais c’était avant les enfants et la promotion de mon mari. Toute à mes souvenirs, je les regarde distraitement, en tirant régulièrement sur ma cigarette. Quand la robe de Stéphanie atterrit à terre, je me dis qu’il est temps de cesser de jouer les voyeuses et écrase ma clope dans le cendrier sur le rebord de la fenêtre. En me redressant, je me rends compte qu’elle est nue devant lui et qu’il plonge une langue avide dans sa toison blonde. Elle lui caresse la tête, la guidant en tirant sur les cheveux, alors qu’il lui malaxe les fesses. Elle écarte les jambes plus largement et renverse la tête en arrière, tendant son bassin vers lui tout en se retenant à la commode derrière elle. Ses seins menus fixent le ciel de manière arrogante. Elle pousse un long soupir d’extase, les yeux clos.

Je sais que je devrais arrêter de regarder, que c’est mal… Mais en même temps… C’est si troublant ! Rien à voir avec les films pour adultes. Je sens mon excitation monter alors que ses gémissements me parviennent par leur fenêtre entrouverte. Je glisse ma main droite le long de mon buste, effleure par-dessus ma nuisette en satin mes seins dont les pointes se tendent instantanément. Je soulève mon vêtement de nuit, redescends ma main vers mon pubis et tire légèrement sur mes poils. Je décolle délicatement mes lèvres, pour me rendre compte que je suis déjà moite. Je remonte vers mon bouton délicat et le frotte doucement. Sylvain se redresse à ce moment-là. Il attrape les cheveux blonds et en fait comme une couette sur laquelle il tire pour forcer Stéphanie à s’agenouiller à ses pieds. Cette brutalité semble plaire à la jeune femme et m’excite encore plus. Elle se met à quatre pattes, dos à lui, nue, docile, et attend patiemment pendant qu’il défait sa ceinture. Puis il déboutonne son jean, le descend à ses chevilles et s’en dépêtre. Le boxer suit le même chemin, libérant un sexe de dimension honorable gorgé de sève. La regardant à terre, il commence à s’astiquer avec des gestes rapides et saccadés, faisant encore grossir son membre. Inconsciemment, je calque mon rythme sur le sien, ce qui augmente mon rythme cardiaque. Ma main gauche attrape mon sein gauche pour en pincer le téton alors qu’il se penche vers elle pour rectifier sa position. Brutalement, il écarte ses jambes, appuie sur son dos pour la cambrer, redresse sa tête en tirant sur la masse de cheveux. Puis, en s’accroupissant, il écarte ses fesses et je vois son pénis disparaitre lentement en elle. D’où je suis, je ne peux distinguer s’il lui prend le sexe ou le cul, mais en tout cas, le couinement qui me parvient indique qu’un peu de douleur se mêle au plaisir de Stéphanie. Une fois bien positionné en elle, Sylvain pose une main bien à plat dans le creux de ses reins, reprend les cheveux dans l’autre et commence à la chevaucher tout en tirant bien fort sur les mèches blondes. Les gémissements de la femme montent en intensité au fur et à mesure que les va et vient s’accentuent, alors que son homme la besogne dur. Il se retire et la pénètre aussi rapidement, se servant de la chevelure dorée pour la ramener vers lui, ses petites fesses roses claquant contre son pubis à chaque coup. Je vois le visage angélique de Stéphanie exprimer l’extase, la vraie, à être ainsi possédée. Ma propre cyprine dégouline sur mes doigts qui s’insinuent en moi encore et encore. J’espère qu’ils en ont bientôt fini, parce que j’ai envie de jouir en même temps qu’eux, pas avant, mais je crains de ne pas tenir. Je ralentis le rythme et, dans un même élan, je vois Sylvain diminuer le sien. Il se retire de Stéphanie et lui demande de s’installer sur leur lit. Elle monte sur le lit et s’allonge sur le dos, la tête reversée en dehors du matelas, les bras en croix, offerte. Alors qu’il s’approche, le sexe à la main, sans doute pour le coller dans sa bouche, nos regards se croisent.

Elle m’a vue. Elle sait que je les regarde, elle sait ce que je suis en train de faire puisque ma main est toujours sur mon entrecuisse et que nous ne sommes qu’à une vingtaine de mètres l’une de l’autre. Alors, elle me sourit.

Elle me sourit avant d’ouvrir la bouche, pour que son ami lui fourre.

A chaque fois que Sylvain se recule pour mieux l’étouffer avec sa queue, elle me fixe droit dans les yeux. Sa propre main s’achemine jusqu’à son sexe et elle commence à se branler vigoureusement, sans me quitter du regard. Sylvain s’écarte une dernière fois et, de sa main, se masturbe rapidement, alors qu’elle écarte les mâchoires et tire la langue pour le recevoir. Mais c’est moi qu’elle regarde. Quand le jet chaud et épais de sperme se répand sur son visage, un orgasme fulgurant me traverse, si puissant que je dois m’accrocher à la balustrade en fer forgé et fermer les yeux, alors que de grandes vagues de plaisir balaient mon ventre, me terrassant presque. Une longue plainte féminine, cri de louve sous la pleine lune, m’indique qu’elle aussi a joui, et fort. Je reprends doucement mon souffle, les yeux toujours clos, la main agrippée à la rambarde, mes doigts ralentissant doucement leur rythme alors que la tempête dans mon vagin s’assagit. Quand je reprends pied, leur chambre est plongée dans la pénombre. Ils ont dû éteindre pour se glisser au lit. En me réajustant, je regarde une dernière fois l’encadrement de leur fenêtre. Je suis bonne pour me refumer une clope.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

2 réflexions sur « Insomnie »

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