Very Important Partouzeurs

Précautionneusement, Stéphane engage son véhicule dans l’allée, après avoir dépassé le portail automatique. Le gravier crisse alors qu’il tourne pour aller ranger la Mercedes C63 AMG sur le parking réservé à la clientèle. Un panneau rectangulaire, éclairé par un lampadaire à cinq branches, lui indique qu’il est bien au bon endroit. Stéphane se demande quel genre de club est le Maxime. La musique qui s’échappe de la bâtisse en pierres de tailles est trop faible pour être celle d’une discothèque. Peut-être un club lounge ? Il arrête le contact et éteint les phares. Les clients, qui ont spécifiquement demandé une berline, souhaitaient également que le chauffeur vienne les chercher dans l’établissement, « pour éviter que madame ne prenne froid en attendant dehors ». Connards de riches, pense Stéphane en attrapant sa veste en cuir noir posée sur le siège passager. Pourtant, la clientèle aisée, il commence à la connaître : il travaille depuis presque deux ans chez Taxi VIP, qui ne propose que des modèles de luxe pour la trimballer sur toute la région parisienne. Il se ferait presque à ses excentricités, si elle ne lui demandait pas d’affronter le froid sec de novembre pour s’y plier. Il enfile sa veste sur son pull gris et sa chemise blanche, tente d’ordonner sa chevelure châtain naturellement ébouriffée et remonte ses Ray Ban de vue sur son nez. Ses yeux bleus sont légèrement bouffis et cernés. Il est d’astreinte cette nuit et, à 4h du matin, il aurait largement préféré dormir. Certains soirs, comme celui-ci, il sent du fond de ses tripes qu’il approche la quarantaine. Il fixe avec regret le thermos de café dans la boite à gants, soupire, attrape quelques cartes de visite et rabat sèchement le couvercle. Tant qu’à sortir de la voiture, autant en profiter pour faire sa pub.

*****

Rapidement, il traverse le parking jusqu’à l’entrée, qui ressemble à une petite cage de fer forgé. Le bâtiment, sans doute un ancien corps de ferme, est illuminé par des variateurs. Stéphane n’a pas atteint la cage que ces derniers, qui ornaient les murs d’un nimbe violet, choisissent de passer au bleu tout en douceur. Stéphane avance la main gauche vers la poignée de la porte, tente de pousser le battant, mais sent qu’il résiste. Il se rend alors compte de la présence d’un interphone et appuie sur le bouton. Un bruit lui indique que l’ouverture à distance a été enclenchée. En se demandant quel genre de boite remplace son videur par une caméra de surveillance, Stéphane pénètre dans le club.

Une femme blonde, entre deux âges, est installée derrière un comptoir dans un angle. Elle lui fait signe d’approcher.

« – Bonjour, je suis Jeanne, la gérante du Maxime. Vous désirez ? »

Stéphane se racle la gorge et se penche par-dessus le comptoir.

« – Je suis le chauffeur de berline. Vous avez appelé la compagnie de taxi voilà moins d’un quart d’heure. »

La blonde acquiesce.

« – Oui, bien sûr, Monsieur et Madame Dupont. Ils sont derrière vous. »

Stéphane tourne la tête machinalement. Un couple chic patiente entre un immense piano laqué noir et une cheminée impressionnante. Ils semblent roucouler, loin du brouhaha ambiant. Sous son manteau en laine qui baille quand elle bouge, la femme, blonde et longiligne, porte une robe en soie ou en satin, quelque chose qui ressemble vaguement à une nuisette. Stéphane comprend pourquoi son amant craignait qu’elle ne prenne froid, si légèrement vêtue. Il se retourne vers la blonde.

« – Je me demandais, si, à tout hasard, je pouvais vous laisser quelques cartes de visite… Pour les prochaines fois. »

Avec un sourire très professionnel, Jeanne prend les cartes des mains de Stéphane en le remerciant. Puis elle penche la tête sur le côté et son sourire se fait narquois.

« – Désiriez-vous savoir autre chose, monsieur ? »

Après un rapide coup d’œil en direction de la salle principale, trop sombre pour qu’il en distingue quoi que ce soit, Stéphane demande doucement :

« – C’est quoi, comme genre de boite, le Maxime ? »

La blonde sourit.

« – Avant, c’était un restaurant. Mais ça, c’était avant… »

Puis elle fait signe au couple de s’avancer. L’homme pose alors un regard perçant sur Stéphane, avant qu’un large sourire étire ses lèvres jusqu’à ses canines. Il pose la main autour de la taille de sa compagne et se dirige vers la sortie, non sans avoir salué d’un signe de tête Sonia. Stéphane soupire et s’engouffre à leur suite dans la nuit glaciale.

*****

Alors que Stéphane entre l’adresse dans le GPS, il voit du coin de l’œil l’homme examiner l’intérieur de l’habitacle, du cuir noir des sièges au toit panoramique. Stéphane sourit intérieurement. S’il cherche la moindre parcelle de poussière ou miette de nourriture, il ne va pas être déçu. Stéphane bichonne sa C63, autant parce qu’il s’agit de son gagne-pain que parce qu’il est fou de sa voiture. Alors qu’il s’adosse au siège et met le moteur en route, le GPS lui indique que le trajet entre le club et l’appartement des « Dupont » sur les rives de l’Oise devrait durer à cette heure-là près de 19 minutes.

« – Souhaitez-vous que je mette l’autoradio, pour agrémenter votre voyage ? »

Le mari hoche la tête, toujours avec son petit sourire ironique.

« – Oui, s’il vous plait, du classique, pas trop fort. »

Stéphane obtempère et son regard revient au rétroviseur. Le mari ne cesse de le dévisager en souriant, ce qui commence à le mettre mal à l’aise. Ses yeux ronds comme des billes sont légèrement enfoncés et sombres, surmontés de sourcils fournis, aussi bruns que ses cheveux, coiffés vers l’arrière et laissant apparaître un début d’ouverture. Il porte une chemise blanche sous une veste de costume anthracite, avec une pochette blanche. Tout dans son attitude laisse transparaitre le notaire ou le médecin, mais Stéphane ne peut s’empêcher de lui trouver une ressemblance avec un rongeur. Sa femme est légèrement pompette, aux gloussements qui s’échappent parfois d’entre ses lèvres. Mais elle n’a pas dit grand-chose depuis qu’elle s’est installée derrière Stéphane. A peine le véhicule engagé sur la route, elle se colle contre son mari et commence à l’embrasser dans le cou. Ce dernier, imperturbable, continue à converser avec le chauffeur comme si de rien n’était.

« – Je préfère commander un taxi, quand nous sortons avec Claudine. C’est plus prudent, vous ne croyez pas ? Nous ne sommes jamais sûrs de ce que nous boirons. »

Cette phrase déclenche un gloussement chez son épouse. L’homme au physique de rat pose sur elle un regard entendu et Stéphane n’ose imaginer à quelle pratique visiblement scabreuse il a bien pu faire allusion. Il se contente de marmonner, sans détacher son attention de la route.

Claudine entreprend alors de mordiller l’oreille de son mari. Elle enlève prestement un bouton de la chemise et glisse la main à l’intérieur, au niveau du poitrail. Il fait trop sombre sur la route de campagne pour que Stéphane distingue clairement ce qu’elle fait, mais il suppose qu’elle joue avec ses poils ou ses tétons. Le mari tourne la tête et commence à embrasser fougueusement sa blonde, glissant ses doigts dans la chevelure coupée au carré. Sans doute avait-elle été ondulée avec soin en début de soirée, mais à cette heure tardive il ne reste plus grand-chose de ses crans élégants. Stéphane a de plus en plus de certitudes sur le genre de club qu’est le Maxime. Il voit que la femme est très excitée. Peu importe ce qu’elle ait pu faire dans ce club, ce n’était visiblement pas suffisant à son goût. Un gémissement s’échappe de ses lèvres, purpurines d’avoir sans doute trop servies cette nuit. L’homme se dégage gentiment et la réprimande, telle une enfant.

« – Voyons chérie, c’est inconvenant ! Pas devant le monsieur… »

Alors, la blonde se penche un peu en avant et fixe Stéphane par le biais du rétroviseur.

« – Cela vous dérange vraiment, monsieur ? »

Le son de sa voix, ses minauderies et ces lèvres écarlates ont raison de Stéphane. Il sent que sa virilité commence à se réveiller, lentement, alors qu’il répond dans un souffle.

« – Non, allez-y, sentez-vous libre de faire ce qui vous plait, madame. »

Satisfaite, Claudine se réinstalle confortablement dans le siège situé derrière Stéphane. D’un mouvement agile, elle se débarrasse de son soulier. Puis elle remonte son pied le long de la jambe de son mari. L’homme bascule son bassin vers l’avant quand les orteils atteignent son entre-jambe et commencent à le masser. Stéphane peine de plus en plus à rester concentré sur la route. Pleinement conscient de ce qui se passe derrière lui, il manque de griller un stop quand l’homme pousse un soupir volontairement exagéré. La blonde glousse et bientôt, sa main remplace son pied. Elle rapproche ses fesses du centre de la banquette et Stéphane la voit apparaitre dans le rétroviseur. Brutalement, son mari lui attrape la mâchoire avec sa main droite, l’attire vers lui et écrase leurs bouches l’une contre l’autre. Puis il descend sa main et commence à lui pincer le téton à travers la fine étoffe de sa robe. Elle grogne doucement. Stéphane se rend compte qu’il est alors au maximum de son érection, dans son pantalon de ville. C’est la première fois qu’un couple se chauffe comme ça à l’arrière de son taxi, même si certains de ses collègues lui ont déjà raconté des histoires analogues de jeunes mariés qui se galochaient allègrement sur la banquette arrière. Mais là, cela n’a rien à voir. S’ils n’atteignent pas rapidement leur destination, les deux n’allaient pas tarder à baiser sur le cuir de sa C63. Et lui, à éjaculer dans son caleçon.

*****

Un coup d’œil rapide lui indique qu’ils ne sont qu’à 7 minutes de leur appartement. La campagne a laissé place à la ville et les réverbères plus nombreux lui permettent de ne rien louper de ce qui se passe derrière. Le mari a glissé la main dans le décolleté de Claudine et en extirpe son sein menu. Il peut désormais en agacer le téton sans être préoccupé par la robe. Elle se laisse faire, la bouche entrouverte, cherchant visiblement sa respiration. Puis il s’adosse au siège en cuir, attrape la nuque de son épouse et exerce dessus une pression, jusqu’à amener son visage tout près de son entrejambe. Stéphane est scotché. Mais ce qui le met encore plus mal à l’aise, c’est le regard de l’homme, vissé au sien, par le biais du rétroviseur. Il l’observe, le pénètre du regard. Il veut exhiber sa femme, cela l’excite. Et Stéphane a également une érection qui prouve que la situation le rend dingue, lui aussi. Alors il soutient son regard, fermement.

Quand la femme fait glisser la fermeture éclair du pantalon, dégage un membre turgescent et l’engloutit, l’homme recommence à sourire, avec ses lèvres fines. Stéphane voit la chevelure blonde monter et descendre sur la hampe, puis entend le bruit caractéristique d’une boule qui est gobée et recrachée. « Seigneur, cette salope lui fait la totale, je sais pas lequel de nous deux va juter le premier si elle y met une telle ardeur. » Le GPS indique que c’est la prochaine à droite, puis l’immeuble se trouve à peine à 50 mètres. Il inspire à fond, dirige la voiture sur les derniers mètres et s’arrête finalement devant un immeuble grand standing. Il arrête le compteur et attend.

L’homme, goguenard, tapote sur la tête de sa femme.

« – Chérie, je crois que nous sommes arrivés. Tu finiras cela une fois rentrés. »

La blonde se redresse et essuie ses lèvres du revers de la main. D’un geste si vulgaire qu’il en devient excitant chez une femme de cette classe. Alors que Stéphane prend son calepin pour remplir la fiche à rendre au client, son regard croise à nouveau celui de l’homme dans le rétroviseur.

« – Je crois malheureusement avoir utilisé toute ma monnaie au club, pour payer des tournées… Mais peut-être pouvons-nous trouver un arrangement autre que financier ? »

Stéphane a la mâchoire qui se décroche légèrement. L’homme est-il bien en train de proposer sa femme en échange de la course ? Il est sûr que l’argent n’a rien à faire là-dedans. Ce pervers a juste envie de voir sa femme se faire prendre par un autre.

Leur échange de regards dure plusieurs longues secondes. L’homme à la face de rat ne se départit pas de son sourire en coin. Et là, Stéphane remarque Claudine. Elle aussi lui sourit. Elle est visiblement tout à fait d’accord pour servir de monnaie d’échange. Elle commence à effleurer négligemment ses seins à travers sa robe et entrouvre les lèvres. Ces lèvres charnues, cramoisies d’avoir tant sucé…

« – Claudine, montre à ce monsieur ce qui fait ta renommée, dans nos soirées… »

Alors, la femme se penche en avant. Elle se penche jusqu’à toucher de ses petits seins l’accoudoir. Puis elle se faufile entre les deux sièges, pour avoir le haut de son corps devant et ses fesses côté banquette arrière. Avec ses deux mains agiles, elle défait si vite la braguette de Stéphane qu’il n’a pas le temps de protester. Mais en a-t-il seulement envie ? La voilà qui plonge vers sa queue, la bouche grande ouverte, les mâchoires distendues. Alors qu’il ferme les yeux, elle l’engloutit d’un coup, d’un seul, faisant de sa bouche un fourreau, de sa langue un écrin de velours pour le membre de Stéphane, qui tressaute légèrement sous ses aspirations. La langue tourne, virevolte, se faisant douce, ferme, chaude, tendre. Stéphane sent une main venir taquiner ses bourses, les soupeser, les caresser, les malaxer, alors que les lèvres forment un anneau de plus en plus serré autour de sa bite. Sa deuxième main commence à branler le peu de chair qui n’est pas dans la bouche. Fort, vigoureusement, de bas en haut. Stéphane ouvre les yeux et voit que l’homme a toujours son sourire, alors que sa femme le pompe de toute son âme. Il le voit se pencher en avant, soulever sa robe, et commencer à la caresser. Stéphane réalise qu’elle ne porte pas de culotte. D’un mouvement rapide, il règle le rétroviseur pour ne plus louper un seul geste du mari. Lentement, il voit la large main brune s’enfoncer dans le tout petit abricot de la blonde. La main entière, qui est engloutie, qui disparait dans les entrailles de la femme, comme si elle connaissait déjà le chemin pour l’avoir parcouru maintes et maintes fois. La suceuse marque à peine un mouvement et commence à gémir, de plus en plus fort, la bouche toujours remplie du sexe de Stéphane. C’en est trop pour ce dernier. Il sent ses couilles remonter légèrement, et c’est en de longs jets chauds qu’il gicle au fond de la gorge de la blonde. Il l’entend déglutir posément. Puis elle se redresse. Elle s’accroche aux deux sièges avant, profite encore quelques instants de la main de son mari qui la lime profondément et s’abandonne à son orgasme en feulant.

L’homme enlève ses doigts doucement du vagin de son épouse. Puis il tire sa pochette de la poche de sa veste et s’en sert pour les essuyer.

« – Allez Claudine, remets de l’ordre dans ta tenue et montons. Ce brave homme doit avoir envie de rentrer chez lui. »

La blonde réintègre le siège arrière, rabaisse sa robe et remet sa chaussure. Son mari descend prestement de la voiture, en fait le tour pour lui ouvrir la porte, lui tend la main pour l’aider à descendre, cette même main qui était fichée dans son intimité cinq minutes auparavant, et claque la portière. Par la fenêtre entrouverte, il hoche la tête à destination du chauffeur de taxi.

« – Bien le bonsoir, monsieur. Et à bientôt, j’espère. »

Alors que Stéphane règle son rétroviseur et les voit disparaitre bras dessus, bras dessous, dans l’entrée de l’immeuble, il sourit.

Il est bien heureux d’avoir laissé un tas de cartes de visite à l’accueil du Maxime. Il espère juste qu’il en a laissé assez.

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