Breakfast with Tiphaine

Je me souviens très précisément de la première fois où j’ai entendu parler de Tiphaine, il y a quinze jours. Je buvais un rhum coca au bar en dessous de chez moi, avec mon meilleur pote. Sonia s’était barrée avec un agent d’assurances possédant une tonne de fric et, soi-disant, « une bite de cheval ». Elle avait eu la classe de me balancer ça à la tronche en vidant son tiroir de strings dans un sac de voyage, la salope. Ouais, une belle salope, qui m’avait piétiné le cœur avec ses talons de pouffe, alors qu’au bout de 3 ans de relation, je me voyais déjà casé à vie. J’étais amoché. Salement, même. J’avais passé quelques semaines comme un zombie, à m’extirper difficilement de mon lit pour aller taffer, à rentrer en rampant, à me jeter sur le sky ou la vodka à peine la porte franchie. Je commençais à aller un peu mieux, alors Guillaume m’avait pécho par le colback et traîné m’en jeter un derrière la cravate. On commençait sérieusement à être blindé quand Guillaume fit claquer sa langue contre son palais.

« – Tu sais ce qu’il te faut ? Un plan d’un soir, sans sentiment. Juste un truc pour dégorger le poireau. Histoire de remonter en selle, quoi. »

J’avais baladé un œil torve dans la salle et décrété, méprisant, que ce soir, les morues étaient de sortie et que merci, mais non merci. Guillaume avait bu deux ou trois gorgées de sa pression avant de secouer la tête.

« – C’est pas à ça que je pensais, mec. »

Il avait l’air un peu mal à l’aise, le Guillaume. Du coup, ça avait émoustillé ma curiosité.

« – Vas-y… balance. »

Il s’était penché vers moi, pour éviter que les gens autour ne l’entendent. Par mimétisme, je m’étais également rapproché, même si je n’étais pas assez bourré pour ne pas me rendre compte que tout le monde s’en branlait, de notre conversation.

« – Je connais une fille… Elle te fait des trucs de dingue. »

Je l’avais regardé, un peu écœuré.

« – Tu veux me refiler tes restes, vieux ? »

Il avait repris une gorgée de mousse avant de répondre.

« – C’est pas vraiment une ex… C’est une meuf dont c’est le métier. 
Une pute ? Nan mais t’es pas sérieux ? »

J’avais carrément glapi, sur ce coup-là.

« – Chuuuuutttt !… Non, c’est pas une pute. Elle couche pas. »

Je pigeais que dalle et il a dû le voir sur ma tronche. Calmement, avec l’air de celui qui explique à un demeuré ou à un enfant, il avait détaché chaque syllabe.

« – En fait, elle te… masse. Là. Et c’est comme si elle sortait tout de toi. Je sais pas comment te l’expliquer, mais cette meuf, c’est une magicienne. Moi, non seulement j’ai eu l’orgasme de ma vie, mais en plus, je sais pas, je me sentais… léger.
Ouais, des couilles et du porte-monnaie, man.

– Déconne pas, chuis sérieux. Elle m’a fait trop de bien quand j’ai perdu mon boulot et que j’étais en flippe. »

Je l’ai vu sortir son portefeuille et l’ouvrir. Puis il m’a tendu une carte de visite noire, avec une écriture rouge vif : Tiphaine, suivie d’un numéro de portable. J’ai regardé la carte quelques secondes avant d’oser même la prendre. J’ai bu une gorgée de rhum coca, j’ai haussé les épaules, je l’ai saisie et glissée machinalement dans la poche intérieure de mon cuir. Puis on a embrayé sur les résultats du championnat et j’ai zappé qu’elle était là pendant plusieurs jours.

Et puis un soir, ma bouteille et moi, on était en tête à tête, et je me suis souvenu des paroles de Guillaume. J’ai récupéré la carte dans ma veste et je suis retourné m’asseoir sur mon canapé. J’ai tourné et retourné le carton entre mes doigts. Jamais de ma vie je n’avais eu à payer pour du sexe. Sans être un beau gosse, je me défends bien, et je manie le baratin comme personne. Maintenant, s’il n’y avait pas pénétration, pouvait-on vraiment considérer cela comme de la prostitution ? Et puis mon pote avait encore les yeux qui brillaient en me parlant d’elle, et je le connais, mon Guillaume, il s’enflamme pas pour rien. J’étais curieux. Qu’est-ce que j’avais à perdre, vraiment ? L’argent n’était pas un problème et je n’avais eu personne dans ma vie depuis Sonia. Et ça commençait à faire long. Encore maintenant, je ne sais pas ce qui m’a pris, si c’est l’alcool ou la solitude, mais j’ai attrapé mon Iphone, et j’ai composé le numéro.

Elle avait une voix tout ce qu’il y a de plus normal. Je ne sais pas à quoi je m’attendais, sans doute à une meuf qui parle en mode téléphone rose. Sans chichi, elle m’a demandé si je savais ce qu’elle faisait à ses clients. J’ai acquiescé, même si je n’en étais pas tout à fait certain. Elle m’a demandé de prendre un papier et de noter toutes ses indications, ce que j’ai fait. Et m’a donné rendez-vous deux jours plus tard, soit le samedi matin. Soit ce matin.

Alors déjà, j’étais un peu déçu. Dans mon esprit, on va aux putes le soir, en rasant les murs. Pas à l’heure du petit dej, en plein Quartier Latin, alors qu’il pèle dehors. L’hôtel qu’elle m’avait indiqué était plus que correct. La chambre, réservée au nom de Monsieur Dupont, ne coutait pas une blinde. Mais je crois que j’aurais préféré un lupanar, avec miroir au plafond, plutôt qu’une crèche à touristes. Je suis monté à l’étage, et j’ai fait tout ce qu’elle m’a dit : j’ai laissé l’enveloppe sur l’étagère, avec les billets sortis pour qu’elle puisse checker d’un seul coup d’œil en arrivant. Je me suis foutu à poil et j’ai plié consciencieusement mes fringues sur le lit. Je suis allé prendre une douche rapidement et j’ai mis la serviette qui ne m’avait pas servi à me sécher sur le fauteuil cabriolet qui était dans un coin. Je l’ai installé au milieu de la pièce et je me suis assis dedans. Voilà, je suis nu comme un ver, dans une chambre inconnue, et j’attends une pute depuis un quart d’heure.  

Quand la porte s’ouvre, mon cœur fait un bond. Elle pénètre dans la chambre, tout doucement. Je ne l’imaginais pas comme ça. Je m’attendais à une blonde décolorée à forte poitrine, je suis face à une bourgeoise d’une petite quarantaine d’années. Bizarrement, la petite différence d’âge entre nous réveille mon bas ventre et j’ai le réflexe de croiser les jambes pour planquer mon début d’érection, comme un con. Elle referme la porte et me regarde avec un petit sourire. Pas un sourire coquin, aguicheur, non, celui que tu fais à ta boulangère. Un vrai sourire, chaleureux, mais pas intime. Elle est brune, les cheveux attachés en chignon, maquillée légèrement. Elle porte un manteau de fourrure, qu’elle entreprend de laisser glisser le long de ses épaules nues pour l’enlever. En dessous, elle est vêtue d’une robe sans manche noire, aux genoux, et de bas couture dans des escarpins noirs classiques. Des perles aux oreilles et autour du cou, des gants noirs. Tout l’apanage de la bourgeoise du XVIe arrondissement. J’ai un flash : elle a des faux airs d’Audrey Hepburn. Elle se rapproche du lit pour déposer son manteau et un minuscule sac, dans lequel elle a fait prestement disparaître les billets de banque. Je sens son parfum, une eau de chez Guerlain. Je remarque les petites rides de son visage. Elle a dû être sexy, jeune, mais elle est belle, maintenant. Elle dégage quelque chose de fort, alors que rien dans sa tenue n’est fait pour allumer. Elle contourne le fauteuil, laissant machinalement sa main courir sur le bras du cabriolet, puis sur le mien. Un frisson me parcourt. Elle porte toujours ses gants et cette main habillée sur mon corps nu est déstabilisante. Arrivée derrière moi, elle pose ses deux mains sur mes épaules et commencent à les masser, à les palper. Puis, tout en les laissant glisser en ondulant sur mon torse, elle se penche pour me murmurer à l’oreille : « Détends-toi, concentre-toi sur les sensations. » Elle a à peine fini sa phrase que ses deux mains écartent mes cuisses pour atteindre mon manche et le saisir. Je sursaute. C’est sûr que ce n’est pas tous les jours qu’on me chope la queue alors qu’elle est mi molle et surtout, que j’ai payé pour. Pas très à l’aise, je me demande s’il est encore temps de tout stopper, quand elle commence à me masser le pelvis, autour de ma queue. Elle frôle mon gland avec ses deux mains, part de chaque côté, atteint mes poils, joue avec, passe rapidement sur mes bourses, puis revient sur mon gland. Avec ses gants, fabriqués dans un tissu satiné, la sensation est dingue et ma queue s’érige rapidement. Tout en gardant une main sur mon membre, elle achève de contourner le fauteuil et se met à genoux entre mes cuisses. Sa main se positionne à la base de ma queue et remonte. Arrivée au sommet, elle exerce un mouvement de vrille et redescend de l’autre côté, comme un chariot de montagnes russes qui tombe dans le vide. Sa première main n’a pas achevé sa descente que la deuxième est déjà en place et parcourt le même chemin, de sorte que ma queue est toujours sollicitée. Je pousse mon bassin en avant, tout à ces sensations nouvelles. J’ai un peu peur que ça ne dure que quelques minutes, à ce rythme-là, et ça serait con, vu combien c’est bon. Ma queue augmente encore de diamètre. C’est là que Tiphaine arrête. Je rouvre les yeux pour voir ce qu’elle fabrique. Elle est en train d’enlever ses gants, laissant apparaître des doigts fins aux ongles en amande, rouge vif. Puis elle enlève son collier de perles, le referme et l’approche de mes couilles. Je me demande ce qu’elle fabrique quand elle le glisse en dessous, en deux rangs, et les fait coulisser de droite à gauche, me massant le périnée. Putain, je suis déjà comme un fou quand une femme pense à le caresser ou à glisser une langue, parce que, croyez-moi, elles ne le font pas toutes. Mais là, avec ses perles, ça achève de me coller une trique d’enfer. Puis elle dégage délicatement son collier de mes testicules et l’enroule autour de mon chibre. Elles devaient être portées depuis déjà quelque temps, parce qu’elles sont chaudes. Je ne sens que le côté lisse. Je comprends où elle veut en venir quand, après avoir fait cinq rangées, elle avance la main et commence à les faire coulisser de bas en haut. C’est pas une branlette, ça. C’est mieux. C’est un massage de la queue. Je bascule encore plus le bassin en avant, de manière à pouvoir reposer la nuque sur le dossier du fauteuil. Je ferme les yeux, j’essaie d’analyser la sensation. Je n’y arrive pas, je ne comprends pas que qu’elle me fait, j’arrive pas à anticiper son mouvement. Surtout maintenant qu’elle s’applique à effectuer une torsion avec ses deux mains, comme si elle essuyait un verre. J’entrouvre un œil et je la vois, penchée sur moi, dans sa robe monacale, concentrée à la tâche, véritable professionnelle du bien-être. Je suis dans un tel état que je lui décernerai presque un diplôme paramédical, à la gonzesse. Je replonge dans un état semi comateux, à essayer de profiter sans laisser mon imagination s’affoler, parce que j’en veux encore et encore. Bientôt, je sens les perles quitter ma queue et je rouvre les yeux. Je la vois remettre son collier, celui qui a branlé mes couilles et ma bite, sur sa peau tendre, à la naissance des seins, et je jure qu’il me faut tout mon self control pour ne pas me répandre immédiatement comme un puceau. Ça devient encore plus tendu quand je la vois se redresser, enlever ses chaussures et relever sa jupe. Elle pose son pied sur l’accoudoir du fauteuil et entreprend de libérer ses bas des attaches de son porte-jarretelles. Sa jambe est tout près de mon visage et je regrette qu’elle refuse que les massés la touchent, parce que j’en crève d’envie. J’entr’aperçois un string rouge, assorti à ses ongles et à ses orteils, alors qu’elle fait rouler le bas le long de sa cuisse, puis de son mollet. Elle dégage prestement son pied du bas, en équilibre sur une jambe, et je me demande un instant si elle n’a pas fait de la danse pour avoir une telle assurance. Et voilà que son pied frôle ma cuisse, remonte en faisant des zigzag, me griffant gentiment du gros orteil, alors qu’elle prend appui contre le fauteuil avec sa jambe au sol. Le pied n’a jamais été un objet de fantasme à mes yeux. Comme beaucoup de mecs, j’adore le déhanché d’une nénette en talons, la cambrure que ça fait à un pied tout comme à la chute de reins. Mais une fois déshabillé, un pied reste un pied, aussi vernis soit-il. Mais le pied de Tiphaine, ah, le pied de Tiphaine ! A peine moins habile qu’une main alors qu’il exerce une pression sur mon sexe, qu’il le frotte contre mon ventre… La différence entre le creux et le bombé de la plante, le moelleux de son coussin principal, la température légèrement plus basse… Même l’odeur du cuir de ses escarpins… Et ces ongles vernis en rouge, comme des petits rubis, alors qu’elle glisse mon membre entre son pouce et son index pour effectuer des mouvements de bas en haut. Tout me fait kiffer. C’est plus doux qu’avec sa main, légèrement hasardeux, délicat… Je commence à avoir très chaud, mais elle n’en a visiblement pas fini avec moi. Tout en me masturbant avec ses orteils, je la vois enfiler son bas de soie sur la main. Une fois la chose faite, Tiphaine dégage son pied en douceur, attrapant aussi sec ma bite avec sa main recouverte du bas. C’est soyeux, encore une sensation différente, encore un mouvement différent. Elle me presse le gland comme on presse un citron, tourne, s’attarde sur les premiers centimètres de la tige, remonte, fait coulisser la peau d’un coup sec, remonte, et fait des mouvements de plus grande amplitude encore, toujours plus bas, en intensifiant la pression. Puis, elle lève la tête et me demande, en me regardant droit dans les yeux :

« – Tu en veux encore ou tu souhaites que je te libère ? »

Et là, je fais mon petit joueur : ça fait une éternité qu’elle me cherche, qu’elle joue avec mon dard, sans que j’ai le droit d’avancer ne serait-ce qu’un doigt, coincé entre mes sensations et mes fantasmes. J’ai les couilles qui en peuvent plus, je veux jouir, je ne pense plus qu’à ça, et je lui dis.

« – Libère-moi. »

Alors, elle me sourit et accélère la cadence, la pression. Je sens le raz-de-marée monter en moi, je sais qu’il va être énorme, un tsunami qui va tout raser, un volcan en éruption. Ça monte, ça monte et elle fait de grands à-coups à une rapidité phénoménale. Je sens le premier spasme à la base du pénis. Je bloque ma respiration pour pas rameuter tout le quartier alors que je jouis, giclant de grandes trainées de sperme sur mon ventre, pendant qu’elle presse ma queue au rythme de mes pulsations, en expulsant les dernières gouttes. Je lutte à reprendre mon souffle. Il me faut quelques minutes pour retrouver mes esprits, pendant lesquelles une chape de plomb s’abat sur mes épaules et mes yeux. A travers mes paupières mi-closes, je la vois enlever son bas de sa main. Elle se penche sur moi, le passe autour de mon cou comme une écharpe, m’attire vers elle et m’embrasse sur le front.

« – Ca aussi, ça passera. »

Puis elle se recule, ôte son deuxième bas qu’elle glisse dans son sac, renfile ses escarpins, attrape son manteau et se dirige vers la porte. Elle pose sa main sur la clenche et se retourne vers moi, une dernière fois. Elle a à nouveau son sourire chaleureux mais légèrement impersonnel. Puis elle ouvre la porte et quitte la chambre tout doucement, comme elle est entrée.

Elle a raison, tout passe. Sauf peut-être mon envie qu’une femme me refasse tout ce que je viens de subir dans cette chambre, et tant pis si ce n’est pas Sonia. Maintenant, il faut la trouver, cette gonzesse, et lui apprendre. Je fais un brin de sieste, le nez dans le bas que Tiphaine m’a laissé en souvenir, et je vais la chercher, promis.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

5 réflexions sur « Breakfast with Tiphaine »

  1. Moi j’suis toujours choquée quand on me dit j’ai été aux putes
    Je trouve ça tellement triste, pour eux, mais surtout pour elles
    C’est fou mais la société est mal faite, ça ne devrait pas exister ….

      1. J’en ai conscience oui, ça n’empêche que c’est pas beau, et que je pense pas qu’elles soient heureuses, ni même leurs clients 😉

  2. Excellent ! J’ai adoré ! Tu as toujours un super style et une capacité à faire vivre tes personnages en quelques lignes dont je suis admirative. Bravo. 🙂

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