Gardien

Je suis un ange. Oh, ce n’est pas une façon de parler, même si, de mon vivant, j’étais plutôt un gars sympathique. Non, je suis un « vrai » ange. Mais sans les ailes et l’auréole. Ça, c’est du folklore. Imaginez un peu la place que ça prendrait.

Moi, je suis juste la voix de votre conscience. Celle qui murmure qu’il n’est pas raisonnable de reprendre de la glace. Parfois, vous m’écoutez et je jubile de vous avoir éloigné de l’infarctus. D’autre fois, vous engloutissez le pot et je soupire à l’idée de vous encourager lors de vos prochaines séances d’abdos. Je suis toujours à côté de vous, mais mes pouvoirs sont réduits comparés au vôtre : votre libre-arbitre.

Mon libre-arbitre à moi m’a fait faire pas mal de bêtises, pour rester poli. Je suis mort en 1938. En fait, j’ai été refroidi, à Montmartre, par les sbires de mon patron, Alfred. J’avais eu le malheur de lui annoncer que j’en avais marre de faire son sale boulot et que le trafic, pour moi, c’était fini. J’ai voulu être courageux, j’ai été stupide. Dans ma branche, les lettres de démission sont rarement acceptées sans encombre. Mais comme je turbinais pour lui depuis plus de vingt ans et qu’il me considérait comme son fils, j’ai cru qu’il serait clément. Ben visiblement, la déception pour lui a été plus grande encore que si j’avais été n’importe qui d’autre. C’est ce que m’ont appris ses hommes de main en me rouant de coups jusqu’à ce que mort s’en suive. J’étais un grand brun assez carré, à mi-chemin entre l’armoire à glace et le bon vivant, avec une barbe bien entretenue, ce qui se faisait de mieux dans le genre gangster d’entre-deux guerre. Mais, aussi costaud que je pouvais l’être, je ne faisais pas le poids face à cinq type taillés comme moi. Je me suis effondré sous la pluie, dans mon costard rougi par mon propre sang.

Quand la lumière m’est apparue, j’ai un peu regretté de ne pas avoir été plus assidu en cours de catéchisme. C’était ma mère qui était à fond dans les bondieuseries, moi je séchais déjà pour aller piquer des bonbons à la boulangère. Un type avec une robe blanche m’est apparu et je me souviens m’être exclamé : « Dieu ? » Le type avait rigolé et répondu gentiment : « Non, Gaspard. Je suis ton ange gardien. » Il m’avait guidé vers la lumière, en s’excusant de pas avoir fait du meilleur boulot. Je ne comprenais pas tout, j’étais encore abasourdi par ce qui venait de se passer. Je regardais partout, pour vérifier que ce n’était pas une blague des gars d’Alfred, pour m’effrayer. Mais mon corps à terre, immobile, me confirma que ce n’était pas des racontars. Je franchissais le portail lumineux et me retrouvais avec Gaspard dans une salle blanche, avec un grand bureau. Derrière le bureau, un autre mec en robe, avec une longue barbe et des cheveux longs également. Il remercia Gaspard, lui dit qu’il le verrait après pour son bilan de compétences et sa prochaine affectation. Gaspard quitta la pièce sans que je m’en rende compte. Puis le type s’était adressé à moi.

« – Je m’appelle Gabriel. Que crois-tu savoir de la mort ? »

Comme tout le monde, j’avais entendu parler du paradis et de l’enfer. Je ne me trouvais visiblement ni à l’un, ni à l’autre. C’est là qu’il m’a parlé de ce que mes congénères avaient toujours appelé « le purgatoire ». Et j’étais destiné à cette troisième option. Je n’avais jamais été un enfant de chœur, mais mes larcins étaient restés assez gentillets. Comprenez : je n’avais pas de sang sur les mains et c’est ce qui m’a évité un aller simple pour l’enfer. A la place, j’étais condamné à des travaux d’intérêt général. Je soupirais. J’avais échappé au mitard toute ma vie et on m’y collait pour l’éternité. En tout cas, tout valait mieux que d’aller vérifier par moi-même les légendes sur le terrain de jeu de Lucifer. Gabriel m’indiqua tout de même en souriant qu’une remise de peine était possible. Si je guidais suffisamment d’âmes dans le bon sens, les portes du paradis me seraient ouvertes. J’acceptais avec enthousiasme (comme si j’avais le choix !) et me retrouvais aussi sec avec une robe sur le dos, dans une chambre plongée dans la pénombre. Une femme hurlait, en proie aux douleurs de l’enfantement. Un autre ange patientait dans un coin, sans doute le gardien de la mère. Par contre, la sage-femme n’en avait pas. J’ai appris par la suite que certains cas étaient réglés par avance : ils avaient fait tellement de bien ou de mal que leur destination finale était déjà choisie avant leur mort. Parfois, un ange était envoyé en cours d’existence, parfois un autre était démis de ses fonctions, tout dépendait de la façon dont l’humain usait de son libre arbitre.

Moi, j’ai été envoyé aux côtés de Louis, beau bébé de 3, 670 kilos, né le 10 avril 1938, à Sauveterre-la-Lémance. Je l’ai regardé apprendre à faire du vélo dans cette France libre, véritable pays de Cocagne au plus fort de la Seconde Guerre. Je lui ai tenu la main quand il grimpait dans les arbres pour voler des prunes mûres, dont l’odeur flottait des kilomètres à la ronde. Je l’ai veillé quand il était malade. Je lui ai conseillé de réviser pour son brevet, puis pour son baccalauréat technique. J’étais là quand ses yeux ont rencontré ceux de Jeanne, j’ai détourné les miens pendant leur nuit de noces. J’ai considéré leurs enfants comme mes propres petits enfants et j’ai pleuré silencieusement quand ils ont obtenu leurs diplômes, à leur tour. J’ai dansé pendant la fête que sa famille a organisée pour sa retraite. J’ai posé ma main sur son épaule quand son médecin lui a annoncé un cancer du pancréas. Et aujourd’hui, je l’ai serré dans mes bras avant de le regarder franchir les portes du paradis.

J’ai encore le cœur lourd en me dirigeant vers le bureau de l’archange Gabriel pour connaitre ma prochaine assignation. Après avoir frappé deux coups à la porte, j’attends une invitation à entrer. Invitation qui ne se fait pas attendre. L’archange est derrière son bureau, en train de compulser d’épais dossiers. Il referme celui qu’il parcourait et me fait signe de m’asseoir. Rien n’a changé dans cette pièce depuis la dernière fois que j’y ai pénétrée, voilà 76 ans. Gabriel joint ses longs doigts noueux sous son nez.

« – Je dois te dire que tu as fait du très bon travail avec Louis durant sa vie humaine, Gregory. S’il n’avait pas été correctement guidé, il aurait fait des ravages pendant les événements d’Algérie, ce qui aurait coûté la vie à bon nombre d’êtres. »

Je le regarde, interloqué. Louis n’était même pas parti faire la guerre d’Algérie. Il avait été réformé parce qu’il avait menti pour ne pas être séparé de Jeanne, enceinte de leur premier enfant. Si c’est grâce à moi, ma foi, je ne m’en souviens pas. Je lui ai peut-être soufflé les bonnes répliques devant l’instructeur. En tout cas, Gabriel est satisfait, c’est tout ce qui compte. Il tapote le dossier qu’il avait refermé à la hâte à mon arrivée.

« – Ton prochain cas est… différent. C’est une réassignation. »

Je commence à me trémousser sur ma chaise, sentant venir le malaise. Les réassignations n’arrivent quasiment jamais. La direction peut vous envoyer garder quelqu’un ou décider de libérer un ange quand elle estime qu’une aide n’est plus nécessaire, mais elle ne change jamais de gardien en cours de vie.

« – Puis-je savoir ce qui s’est passé ? »

D’habitude, nous autres soldats de Dieu ne nous permettons que très peu d’adresser la parole à notre hiérarchie. Mais une réassignation est trop rare pour que je reprenne le cas sans savoir ce qui a motivé la défection de mon prédécesseur.

« – Marie-Thérèse a préféré se retirer, estimant que les valeurs de sa protégée étaient trop éloignées des siennes pour lui permettre de l’aider correctement. »

Si je n’étais pas déjà assis, je tomberais à la renverse.

Marie-Thérèse est une légende, dans nos rangs. Je dirais même une sainte, si je n’avais pas peur de prendre un blâme pour blasphème. C’est une des rares gardiennes qui est ici par choix, par vocation. Elle était bonne sœur durant sa vie terrestre au XIIIe siècle et depuis, eh bien, elle guide. Alors que la plupart d’entre nous attendons impatiemment chaque bilan de compétence pour savoir si l’heure de la retraite a sonné, Marie-Thérèse rempile inlassablement après chaque mission. Et là, elle abandonne une âme ? Je n’en crois pas mes oreilles. Et ma curiosité est piquée.

Gabriel joint à nouveau les mains sous le menton et son regard me transperce.

« – Je pense que tu seras plus indiqué pour protéger Chloé. C’est une gentille fille, mais elle a juste des choix de vie qui peuvent la mettre dans des situations inconfortables. Tu pars tout de suite. »

Je n’ai pas le temps de répondre que je suis catapulté dans un salon parisien, a priori vide. Je sais que ce n’est pas le cas, puis que les gardiens sont toujours dans le même bâtiment que leur protégé, voir la même pièce. Le seul moment où nous pouvons avoir un peu de répit, c’est quand ils dorment, mais nous avons un lien permanent avec nos protégés. S’ils se réveillent, nous sommes rappelés à eux aussi sec. S’ils ont peur, nous le savons. S’ils sont heureux, également. Notre lien nous permet de ressentir, à moindre mesure, leurs émotions les plus fortes.

J’entends la clé tourner dans la serrure. La lumière du couloir vient m’éblouir alors que la porte s’ouvre largement. Je distingue une silhouette de femme. Et quelle silhouette, bon sang. Des jambes interminables, moulée dans une jupe noire à ras la table de jeu. Des seins lourds, écrasés par un bustier blanc qui les fait paraitre encore plus disproportionnés. Une chevelure blonde qui tombe en cascade sur ses épaules. Elle ne doit pas avoir trente ans. Elle jette à terre les sacs de shopping qui lui encombrent les mains et se retourne pour refermer la porte. Puis elle envoie valser ses chaussures à talons aiguille un peu plus loin, reprend ses paquets et traverse le salon, sans doute en direction de la chambre. Je la suis, flottant sur la moquette à poils longs blanche.

Elle me tourne le dos. Elle pose ses paquets dans un coin de sa chambre. Puis elle jette ses mains au-dessus de ses fesses, pour faire glisser la fermeture éclair de sa jupe. Mon premier réflexe est de détourner le regard, mais mes yeux sont irrémédiablement attirés par la créature. Je la regarde se dandiner pour s’extraire de la jupe, se penchant en avant et m’offrant une vue imprenable sur les deux globes fermes de ses fesses, séparées par une drôle de culotte étroite. Et là je me rends compte que j’ai beau être un ange, je ne suis pas fait de bois. Malheureusement, une légende est vraie : les anges n’ont pas de sexe. Mais comme un membre amputé, je ressens encore sa présence, et je jurerai que je commence à me taper une trique fantôme. Je n’ai pas vu de femme nue depuis près de vingt ans et je n’ai jamais vraiment regardé Jeanne : j’aurai eu l’impression de reluquer la femme de mon fils. Mais là, cela n’a rien à voir. Cette Chloé, c’est quelque chose. Je la regarde faire passer son bustier par-dessus sa tête et ses cascades platine retomber en vague sur son dos. Elle fait enfin coulisser son étrange slip et se retrouve nue devant moi, inconsciente du désir qu’elle a suscité en moi. A bien la regarder, je ne suis pas sûr que tout soit d’origine, de la couleur de sa peau à celle de ses cheveux. Je pourrais comparer avec ses poils pubiens, mais elle n’en a pas. Je vois ses petites lèvres dépasser légèrement des grandes alors qu’elle me dépasse pour aller dans la salle de bain.

Elle entre dans la douche et je la regarde se savonner. Ah, brave Gabriel, il a sans doute voulu me récompenser de m’être si bien occupé de Louis pendant sa vie terrestre, je ne vois pas d’autre explication. Elle se rince consciencieusement et insiste particulièrement sur son sexe. Je vois un moment le jet de la douche s’attarder, mais elle le déplace rageusement, comme si elle n’avait pas l’autorisation de se faire du bien. Puis elle coupe l’eau et s’enroule dans une serviette. Après s’être soigneusement séchée, elle accroche la serviette au porte manteau et commence à s’enduire le corps d’huile. Je la regarderai faire des heures durant, passer ses mains encore et encore sur chaque recoin de son corps artificiellement bronzé, soulever ses seins et les laisser retomber, oindre ses épaules, caresser ses abdominaux parfaitement dessinés et passer le restant de l’huile dans sa chevelure. Puis elle se penche, ouvre un tiroir et attrape un objet étrange, oblong, comme un œuf dans un coquetier mais en modèle miniature. Elle le porte à sa bouche, l’introduit dedans et le sort recouvert de sa salive. Puis elle pose un pied sur le lavabo, appuie l’objet à l’entrée de son anus et l’insère à l’intérieur. Comme ça, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Elle regarde l’effet produit dans son miroir sur pied en se penchant et je me rends compte qu’un gros diamant cache désormais sa rondelle. Je suis là, abasourdi, en essayant de comprendre ce qu’elle vient de faire. Chloé, pour sa part, semble satisfaite de ce qu’elle voit et commence à se farder comme si de rien n’était. Elle se maquille beaucoup et je commence à me demander si ce n’est pas une fille de petite de vertu, ce qui expliquerait la défection de Marie-Thérèse. Et auquel cas, je vais avoir du pain sur la planche. J’en suis là dans mes réflexions quand la porte d’entrée s’ouvre.

« – Je suis rentré, petite chienne, où es-tu ? »

Chloé se dépêche d’appliquer son mascara en criant qu’elle arrive. Pour ma part, je vais voir ce qui se trame dans le salon. Un homme en costume gris clair enlève posément sa veste, puis retrousse les manches de sa chemise blanche. Il a les cheveux poivre sel qui arrive dans la nuque, un nez un peu fort, un teint méditerranéen, des yeux sombres. Instinctivement, je ne l’aime pas, mais c’est sans doute parce que je sens que ce bellâtre a des droits sur Chloé que j’aimerai bien avoir moi-même si j’étais encore humain. Il se dirige vers le buffet contre le mur, sur lequel est disposé un plateau avec une bouteille de gin et des verres. Il s’en sert une dose, boit une gorgée, le remplit à nouveau et repose la bouteille. Puis il se dirige vers la baie vitrée pour regarder au travers. Je réalise alors que nous sommes dans un appartement luxueux, puisque toute la capitale s’étend à nos pieds. C’est alors que j’entends un frottement doux. Je me retourne et vois la scène la plus étrange qu’il soit.

Chloé se dirige à quatre pattes vers l’homme, un martinet en cuir coincé entre les dents. Elle avance vite, tout en prenant soin d’onduler de la croupe, ses seins ballottant à chaque mouvement. Elle dépose le martinet aux pieds de l’homme et bascule ses fesses sur les talons, les mains posées sur les cuisses, la tête baissée, attendant visiblement un ordre. L’homme la détaille, sans dire un mot. Il trempe les lèvres dans le gin, avale une gorgée, fait claquer sa langue et pose le verre sur le buffet.

« – Non, ce soir, c’est à la main que je vais te punir. Je veux sentir son cul sous mes doigts. »

Chloé ne bouge pas. L’homme se dirige vers le canapé en cuir blanc et s’y assoit. Puis il claque ses cuisses, comme s’il faisait signe à un chien de sauter sur ses genoux. Chloé se met aussitôt à quatre pattes, avance vers le type et grimpe sur ses genoux. Elle met ses mains dans son dos et attrape son poignet gauche avec sa main droite. Puis elle semble attendre.

La première claque s’abat aussitôt. Elle tressaille mais ne bronche pas. J’ai le réflexe d’aller fiche mon poing dans la figure de ce type qui maltraite ma protégée, même si j’ai conscience que mon poing le traverserait. Et c’est là que j’entends Chloé, au milieu de ma fureur.

« – Merci, Maître. Encore, Maître. »

Une autre claque s’abat. Elle remercie, encore et toujours. Chaque coup la fait trembler et fiche l’objet encore plus profondément dans son fondement. Je suis hypnotisé par cette femme au bord de l’extase, les yeux clos, la bouche entr’ouverte. L’homme glisse un doigt dans sa fente baveuse.

« – Cela suffit, maintenant, tu es déjà très excitée. A moi maintenant de me faire plaisir. Suce-moi. »

Sans un mot, Chloé descend des genoux de l’homme et se place entre ses cuisses. Elle ouvre la ceinture, fait descendre la fermeture éclair et dégage le pénis de l’homme pour aussitôt le faire disparaitre entre ses lèvres charnues. Elle l’avale goulument, le fait coulisser rapidement dans sa bouche, y met de la bonne volonté. Ce n’est visiblement pas suffisant pour l’homme, qui glisse les mains dans les cheveux blonds et commencent à appuyer sur la tête pour que Chloé l’avale plus profondément. Puis il tire la masse de cheveux en arrière, réappuie sur la tête, la retire en arrière. Je vois que Chloé s’abandonne totalement à la manœuvre, ce qui est donc le signe qu’elle est habituée à ce qu’on se serve de sa bouche comme d’un vagin. L’homme va jusqu’à soulever en rythme son bassin, défonçant la bouche de Chloé, impassible. Puis il se retire, satisfait.

« – Mets-toi en position d’offrande, petite chienne. »

Chloé se retourne et, toujours à quatre pattes, tend ses bras devant elle, de sorte à ce que ses fesses soient totalement offerte à l’homme, alors que son buste repose sur le tapis. L’homme vient s’agenouiller derrière lui, lui flatte les fesses et glisse deux doigts sans ménagement dans son vagin. Il la lime quelques minutes et cesse dès qu’elle commence à gémir.

« – Non, tu n’attends que ça, et aujourd’hui, je n’ai pas envie que tu jouisses trop vite. Je vais te prendre par ton trou de chienne. »

Alors, il tire d’un coup sec l’objet qui dilatait l’anus de Chloé et le jette sur la moquette. D’un seul coup de rein, il s’enfonce en elle jusqu’à la garde, et je comprends alors l’utilité de l’objet. Il la sodomise rudement, violemment, tout en lui pétrissant les hanches, et je vois Chloé commencer à pleurer. Je me penche vers elle et c’est là que je réalise, grâce à la puissance des sentiments qui passent à travers notre lien, qu’elle est heureuse. Qu’elle passe un moment inoubliable, qu’elle souhaite ce qui lui arrive. Qu’elle se sent complète, grâce à cette soumission totale. Mon désir pour elle s’en trouve encore une fois intensifié. Je comprends que c’est quelque chose que j’aurais voulu vivre de mon vivant, dresser une femme. La révéler à elle-même en lui imposant ma volonté. Je ne sais pas si cette envie vient du plus profond de mon âme ou si c’est un effet de notre lien gardien/protégée, mais je jure que, quand l’orgasme fulgurant la traverse, je sens les spasmes moi aussi à l’emplacement de mon ancien pénis. Je connais un orgasme comme je n’ai pas ressenti depuis 76 ans et dieu que c’est bon, bordel. L’homme s’écroule rapidement sur son dos, sans doute en proie à sa propre jouissance, et lui mord la nuque alors qu’elle roucoule, amoureuse. Puis il se redresse, repu, et lui donne une claque sur le derrière.

« – Allez, va te laver, et fais nous à manger, petite chienne. J’ai faim.
   – 
Oui, Maître. »

Elle lui sourit, espiègle. Puis se redresse et court vers la salle de bain, alors que l’homme se rhabille prestement.

Je comprends mieux ce qui a pu effrayer Marie-Thérèse. A moins qu’elle n’ait ressenti des choses via le lien, elle aussi, et que cela ne lui ait pas plu du tout. En tout cas, je suis ravi de ma nouvelle affectation. Je suis sûr que la blonde, le type et moi allons nous amuser, dans notre drôle de ménage à trois. Je sens que je vais aimer jouer les voyeurs, j’ai hâte de voir tout ce que peut imaginer l’homme pour faire vibrer ma blonde. Promis, jamais je ne conseillerai à Chloé de passer à des histoires d’amour disons… plus classiques.

Ça serait trop dommage.