Question d’angle

J’aime les femmes.

Ou plutôt, j’aime LA Femme, sous toutes ses coutures, sous toutes ses facettes. Je l’aime charmeuse, rieuse. Je l’aime incertaine, angoissée. Je l’aime maternelle, sensuelle… Il n’en est pas une qui ne trouve pas grâce à mes yeux. Je les aime tellement que je les collectionne. Oh, attention, ne vous méprenez pas, je ne suis pas un queuetard, bien qu’au crépuscule de ma quarantaine je peux afficher un palmarès honorable.

Non, je collectionne leur image. Je suis photographe. Et comme je suis un type super sympa, j’ai réussi à convaincre une bonne partie de mes modèles à poser dénudées, en lingerie, ou carrément nues. Je n’en tire pas de délire malsain, à me branler vigoureusement sur les photos les longs soirs d’hiver. Non, j’admire ces lignes et ces courbes, le charisme que certaines dégagent, la douceur des traits d’un visage, et je m’enorgueillie d’avoir su saisir une infime partie du mystère de la beauté féminine.

Il y en a une que je tente désespérément de convaincre de poser pour moi, c’est Anna. Anna, c’est typiquement la femme-femme, féminine jusqu’au bout des ongles. Celle qui te fait chavirer le cœur en rejetant sa masse de boucles châtain derrière son épaule. Qui éveille ta virilité en se penchant pour attraper son sac, laissant apparaitre une paire de seins ronds comme des melons. Qui affole ton rythme cardiaque avec ses courbes de guitare, ses hanches rondes, ses fesses plantureuses. Tu sens que faire l’amour à cette femme, c’est t’enrouler dans une couverture moelleuse de sensualité, où tout ne sera que volupté et douceur. J’avoue que mon intérêt pour Anna n’est pas qu’uniquement professionnel. Sa fragilité me fait fondre, parce que je sens que derrière ses éclats de rires et ses hochements de tête quand je lui sers mon baratin, il y a plus que de la pudeur. Aujourd’hui, elle a accepté de prendre un café avec moi, et je croise les doigts pour la convaincre enfin de poser. Cette envie m’obsède de plus en plus. Il est temps que je l’assouvisse, avant qu’elle ne me fasse perdre totalement l’esprit.

                                                                                              *****

Quand j’arrive à la terrasse du Café de la Poste, Christian est déjà installé, offrant son visage déjà buriné aux rayons du soleil estival. Mon photographe préféré n’a visiblement pas commandé, il se contente d’attendre. Un peu rétro, le Christian. Les autres mecs que je connais seraient plongés dans leur portable ou liraient très sérieusement le Monde ou Libé, pour se donner une contenance. Lui, il s’en fout, il attend et ça se voit. Bon, après, je sais qu’il lui arrive de s’acharner sur un niveau de Candy Crush ou de Farmville. Mais à ce moment précis, je sens qu’il profite de l’instant présent. Souvent, je ressens ça, chez lui. Ce côté paisible, relax. Il fait partie des gens pour qui le présent est un cadeau, alors que je passe mon temps à ressasser le passé ou à me projeter dans le futur. Il parait que c’est un trait féminin. Je pense surtout être complètement névrosée.

Il se lève en m’apercevant. Quel galant homme. C’est sûr que ce modèle-là ne se fait plus.

« – Salut belle Anna ! Je commençais à me demander si tu n’allais pas me poser un lapin… »

J’éclate de rire alors qu’il me fait la bise. J’ai à peine cinq minutes de retard. Il me rétorque qu’il attend depuis une demi-heure, pour être certain que je n’aurais pas eu à patienter, moi, si j’étais arrivée en avance. Puis il soulève ses lunettes de soleil, me fait un clin d’œil, et rebaisse ses lunettes. C’est tout Christian, ça. Un charme fripon associé à un grand respect pour la femme. Je le soupçonne d’être également doté d’un appétit sexuel féroce, mais je n’arrive pas à obtenir de réponse des copines. S’il flirte un peu avec toutes les nénettes de la bande, il n’a eu d’aventure avec aucune. En tout cas, à ce que je sache. Je suis une petite nouvelle, amenée en soirée de force par Alice, à la suite d’un divorce particulièrement désagréable. Mon cher et tendre est parti avec son assistante, qui a bien dix ans et vingt kilos de moins que moi. Un bon cliché de la crise de la quarantaine qui m’a laissée sur le carreau. Et voilà que Christian, après une soirée arrosée, me demande de me foutre à poil pour qu’il prenne des photos. Les hommes sont dingues. Mais bizarrement, cela me fait rire. Je pense même que sa gentille cour me fait du bien, me redonne confiance en moi. Et puis il est vrai que j’adore son travail. Surtout ses noirs et blancs, très contrastés.

Il commande un Chivas et se tourne vers moi, en même temps que le serveur. En haussant les épaules, je demande un verre de Sauternes. Après tout, il doit bien être l’heure de prendre l’apéritif quelque part sur la planète. Puis il s’allume une blonde et m’en propose une. Je tire avec délectation sur la cigarette et regarde les volutes de fumées s’élever dans les airs. Une minuscule part de moi continue à se demander pourquoi j’ai arrêté depuis cinq ans.

« – Quand accepteras-tu enfin de poser pour moi, ma belle ? »

Ah, il attaque frontal. Je me doutais bien que le sujet allait réapparaitre, il réapparait à chaque fois que nous nous croisons. Mais je pensais qu’il allait au moins me laisser finir mon verre.

« – Mais pourquoi insistes-tu autant pour me foutre à poil ? »

Il secoue la tête et me rétorque, en recrachant la fumée.

« – Pour une raison toute simple. Je te trouve belle. »

A mon tour de secouer la tête, comme pour chasser cette idée stupide. S’il croit que son blabla peut opérer sur moi, il se trompe. Il se penche vers moi, écrase sa cigarette dans le cendrier au centre de la table, me fixe et me demande :

« – Et toi, sérieusement, pourquoi tu ne veux pas ? »

Je pourrais lui balancer, comme à chaque fois, que je suis pudique. Mais visiblement, c’est une excuse qu’il n’accepte pas. Il va falloir que je sois franche, si je veux qu’il me fiche la paix une bonne fois pour toutes.

« – Je ne me trouve pas belle. »

Il se rejette en arrière, s’adossant à sa chaise. Son expression est indéchiffrable.  

« – Pourquoi cette piètre opinion de toi-même, jeune fille ? »

Je hausse les épaules. Il ne se contente pas de mon silence et continue à me fixer. Je prends une gorgée de vin, écrase à mon tour ma clope. Il attend ma réponse. Je soupire.

« – Mes deux grossesses ont laissé des séquelles. Mes seins se sont affaissés, mes hanches, élargies. Mon ventre est plus flasque. J’ai gardé des kilos en trop. La plupart du temps, j’ai l’impression d’être un Flanby. »

Mon trait d’humeur ne le fait pas rire. Il renifle d’un air méprisant.

« – Je déteste qu’une superbe femme se rabaisse. Et le pire, c’est que vous le faites toutes. II n’y a pas une seule de mes modèles qui n’ait tenté de dissimulé sa cellulite, qui n’ait rentré son ventre, qui n’ait sorti ses seins. Même celles qui ont un corps de rêve m’ont fait le coup de la demande de retouche Photoshop, en riant, au cas où j’accepterai.
Il y en a qui ont plus à cacher que d’autres.

– Je ne suis pas d’accord. Vous croyez toutes que le capiton est plus fin sur la cuisse d’à côté. Les femmes regardent, les hommes voient.

– Je ne te suis pas. »

 

Il lève la main en direction du serveur, pour lui demander de remettre une deuxième tournée, avant de continuer.

« – C’est pourtant pas compliqué. Vous, vous regardez. Vous observez, vous scrutez. Vous disséquez, comme des docteurs Frankenstein, des bouts de vous-même, jusqu’à vous sentir un puzzle monstrueux. Avec des pièces manquantes, cela va de soi, parce que vous niez vos qualités, en plus d’exagérer ce que vous jugez affreux. Vous vous collez le nez sur vos défauts, jusqu’à ce qu’ils aient l’air énormes, qu’ils prennent de la place dans la pièce, qu’ils s’incrustent dans le lit. Combien de vacances t’es-tu gâchées dès le pied posé sur la plage, parce que tu te comparais aux filles de 18 ans ? »

Il marque une pause et en profite pour s’allumer une autre cigarette. Je me tais, j’ai comme un goût amer dans la bouche. Il reprend :

« – Nous, nous voyons. Nous voyons une femme, avec ses qualités autant que ses défauts. Ce n’est pas une armoire en kit que j’ai face à moi, c’est un être dans sa globalité. Je ne peux pas dissocier ses yeux de ses seins, son allure de son dos. La beauté d’une femme ne se mesure pas à ses mensurations, mais à l’effet qu’elle produit en entrant dans une pièce. Si tu passais un peu moins de temps à te regarder le nombril et que tu relevais le menton, tu verrais. Tu verrais, toi aussi, ces regards posés sur toi. »

A mon tour d’expirer de manière méprisante.

« – Tous les mecs ne pensent pas comme toi, Christian. Dans mon monde, ce ne sont pas des bisounours. »

Il sourit et vide son verre de whisky, qu’il repose d’un mouvement sec sur la table alors que le serveur lui apporte son deuxième.

« – Tu le dis toi-même, princesse. Je ne sais pas ce que pensent les mecs de vingt ans, mais je peux t’assurer que les hommes réfléchissent de la même manière que moi. C’est vous, qui êtes des hyènes les unes envers les autres, et encore plus avec vous-même. Ne nous recolle pas ça sur le dos. »

Deux verres plus tard, j’accepte de poser pour lui.

                                                                                              *****

Je suis extrêmement nerveux, alors que je fais les derniers réglages de lumière. Anna est dans la pièce d’à côté, enfermée dans ma chambre depuis une bonne demi-heure. Elle se prépare, où, d’après ses propres dires, « elle se fait belle ». Cela me fait sourire : je suis sûr que même en jogging le dimanche matin, elle me foutrait la gaule. J’ai installé un paravent et un fauteuil Duchesse crème, avec des empiècements en bois. Je la vois bien dans un trip un peu rétro, mais nous verrons ce dont elle a envie. Je l’ai convaincu que nous commencerons doucement en sous-vêtements, et que nous aviserons si elle souhaite poser nue, ou nous reporterons à une autre fois. Je réfléchis aux mises en situation que je vais lui proposer, quand elle entre enfin dans mon studio. Elle est magnifique, tout bonnement splendide. Elle a appuyé sur le maquillage, ce qui met en valeur ses yeux noisette et sa bouche pulpeuse. Je la soupçonne d’avoir repris quelques-unes de ses mèches de cheveux au fer à boucler et d’avoir mis un produit pour les rendre plus brillants. Elle porte un kimono en satin noir, ceinturé à la taille. Elle est vraiment foutue en huit, ce qui est accentué par la ceinture. Le kimono lui arrive à mi-cuisse. Elle porte des talons aiguilles pour les allonger et je suis attendri par cette tentative.

« – Ca va ? Tu te sens comment ? »

Elle me répond par un sourire crispé. Je prends un air rassurant.

« – Allez, princesse, tout va bien se passer. C’est toi qui dirige la séance, je ne suis que ton humble serviteur. Dis-toi que je ne pose qu’un regard professionnel sur ton corps. Comme un gynécologue. Ou une esthéticienne. »

Elle pouffe de rire et acquiesce.

« – Bien, Christian, que suis-je censée faire ? »

Je n’arrive pas à trouver une réponse qui ne soit pas interdite aux moins de dix-huit ans. Je fais donc semblant de vérifier la mise au point de mon Nikon.

« – Te détendre, juste. Tu vas voir, ça sera un chouette souvenir. Tu veux qu’on commence à faire essai avec ton kimono ? »

La tête baissée, elle fixe ses bras croisés.

« – Ce n’est que reculer pour mieux sauter. Quand faut y aller… »

Elle inspire profondément, ferme les yeux, les rouvre. Puis ses mains aux longs doigts fuselés défont le nœud de la ceinture du kimono. Lentement, elle tire sur la ceinture, la fait coulisser le long des passants et la laisse tomber à terre. Le vêtement s’entrouvre sur sa généreuse poitrine. Je déglutis. Alors qu’elle fait visiblement un effort sur elle-même, je suis hypnotisé par chacun de ses gestes. D’un mouvement gracile des épaules, elle fait glisser l’étoffe soyeuse sur ses épaules rondes, dégageant ainsi totalement à ma vue sa gorge et la naissance de son cou. Elle rejette ses cheveux en arrière d’un mouvement de tête et, d’une secousse, se débarrasse définitivement de son peignoir.

Elle est enfin là, en sous-vêtements noirs en dentelle, devant moi. Et le résultat est au-delà de mes fantasmes les plus fous.

 

                                                                                              ******

J’aimerais me cacher, mais il n’y a pas d’endroit pour. Peut-être derrière le paravent ? Non, je ne suis pas immature à ce point-là, même si j’étais encore bien jeune la dernière fois que je me suis montrée en petite tenue face à un homme qui n’était pas mon mari. Le regard de Christian me fait sourire intérieurement. Un professionnel, mon cul. Il mate mes seins. Intérieurement, ça m’amuse. Je hausse un sourcil et lui lance un regard goguenard. Il rigole doucement et lève les mains, comme pour me prouver qu’il n’est pas armé.

« – J’avouerai juste, votre honneur, que j’adore avoir raison : vous êtes très belle. Allez, sérieusement, on se met au boulot. Si tu veux un verre de Sauternes, il y en a sur le plan de travail derrière moi. Sers-toi. »

L’espace d’un instant, j’oublie que je suis en sous-vêtements et je franchis, vacillant sur mes talons trop hauts, les quelques pas qui me séparent de la bouteille en soutien-gorge et tanga. C’est une fois arrivée au bar que je le réalise, à nouveau. Je contourne discrètement la table pour me placer hors de la vue de Christian. Je me sers un verre, que je descends cul sec. Christian a la bonté de ne pas le relever. La chaleur de l’alcool envahit peu à peu mon corps. Je m’en sors un deuxième, pour la route. Christian me fait signe d’approcher. Je siffle la moitié de mon verre, puis je me place devant l’objectif. Je suis toujours extrêmement mal à l’aise, mais je n’ai plus envie de mourir de honte. Christian prend quelques clichés, vérifie l’écran de contrôle de son appareil et appuie à nouveau sur le déclencheur. Visiblement peu convaincu par les photos, il fronce les sourcils et effectue encore quelques réglages tout en me posant des questions anodines sur ma famille, mes amies, mon travail. Ce babillage endort mon cerveau. Bientôt, je m’habitue à être presque nue.

                                                                              ******

On peut être belle et très crispée sur les photos. Il faut absolument qu’elle se détende si je veux arriver à lui prouver qu’elle a bien fait de me faire confiance. Je balaie différents sujets de conversation, cherchant celui qui lui changera les idées. Tout en lui posant des questions sur les animaux de compagnie qu’elle possédait quand elle était petite, j’observe son visage. Ses traits se détendent, ses yeux sourient. Cahouette le hamster va sans doute sauver ma séance photo. Elle s’assoit sur le divan en finissant son verre de vin. En appui sur son avant-bras, elle se penche pour le déposer à terre. De voir ses seins balloter alors qu’elle retourne à sa place me distraie l’espace d’un instant. J’ai une vision plutôt coquine qui me traverse l’esprit : je me demande ce que je pourrais ressentir en glissant ma queue entre ces deux globes de chair, maintenus par la dentelle noire de son Chantelle. Je m’imagine, enserré de toute part, dans une branlette espagnole des plus enivrantes. Je vois presque les quelques gouttes de liquide pré-séminal lubrifier ses nibards pour me permettre de glisser encore et encore entre eux, avant de me disperser en flaque blanche sur sa poitrine. La vision s’estompe alors qu’elle se rallonge en agitant gracieusement la main en l’air pour illustrer l’histoire qu’elle raconte, toute à son bavardage.

Je jure qu’il n’est pas dans mes habitudes de fantasmer sur mes modèles. Habituellement, je suis trop concentré sur la technique pour me rendre réellement compte qu’elles sont nues. Mais Anna, je la désirais avant de la voir nue.

Je refixe mon attention et tout se passe bien pendant une bonne quinzaine de minutes. Avant qu’elle ne se penche pour récupérer son verre de vin, alors que je contournais le divan pour obtenir un angle de vue intéressant. La vue de son derrière ornementé de son petit tanga affole mon palpitant. Je me vois déjà saisir cette femme par les hanches pour aller et venir en elle. J’observe mon pénis disparaître, englouti par cette croupe phénoménale. Je sens son corps s’emboiter sur le mien, dans une cadence effrénée. Je rêve de caresser ce dos alors que mon bas ventre est ajusté au sien, la pliant en deux, pour la faire feuler de plaisir. L’impression fugace s’envole aussi vite qu’elle est venue, alors qu’Anna se remet en place sur le canapé avec une moue boudeuse. Son verre est vide. Machinalement, je lui confirme qu’elle peut se resservir, et en profite pour lui en commander un également. J’ai besoin d’une petite pause dans mes fantasmes, alors que je sens mon pénis occuper de plus en plus de place à l’intérieur de mon jean. Je m’allume une cigarette, que je consume en une dizaine de taffes tellement je suis stressé.

                                                                              *******

Je crois que je commence à être complètement pétée, je crois. Pourtant, je n’ai bu que deux verres à moitié remplis, mais cela semble avoir suffi à me tourner la tête. En remplissant mon troisième verre et en préparant celui de Christian, je me rends compte que je ne suis plus intimidée à l’idée d’être en sous-vêtements devant lui.

« – Christian… je crois que je suis prête à enlever le reste. »

Christian lève la tête du cendrier dans lequel il écrabouillait consciencieusement sa cigarette. Il me regarde un peu ahuri.

« – Tu es sûre ? »

Je hoche la tête, en esquissant un sourire timide.

« – Je ne veux pas te forcer la main. Si tu hésites ou que tu as l’impression que tu le fais parce que tu as bu trop de vin, nous pouvons remettre ça à un autre jour… Les demoiselles que j’ai le privilège de photographier restent maîtresse de leur image et de leur tenue. »

Sans dire un mot, je fais valser mes talons à l’autre bout de la pièce. Je jette les mains derrière mon dos et dégrafe mon soutien-gorge. Tout en le maintenant sur mes seins avec la main droite, je dégage le bras gauche de la bretelle. Puis, je renouvelle l’opération avec le deuxième bras. Je ferme les yeux, inspire et lâche le balconnet, libérant au passage mes seins lourds. Christian me regarde droit dans les yeux, m’encourageant mentalement. Je glisse mes pouces entre le tissu du tanga et mes hanches et je le fais descendre jusqu’à mes chevilles. Puis j’avance, nue, sous le regard de Christian. Je suis un peu stressée, mais surtout excitée par la situation, je dois bien avouer. Et curieuse de voir le fruit de notre collaboration. Je retourne jusqu’au divan ancien, je m’y allonge, et, m’adossant aux coussins, je relève mon bras gauche et je fixe l’objectif. Je réalise que ma pose doit ressembler à celle de Rose, dans Titanic, quand Jack la dessine. Cela me fait sourire en coin. Le regard de Christian s’illumine et il s’approche doucement de son appareil photo, comme pour ne pas briser la magie de ce moment.

                                                                                              ******

J’ai préparé le café et je tourne en rond comme un loup en cage quand la sonnette retentit. J’ouvre à Anna, qui porte un jean et un débardeur blanc à larges bretelles. Elle me parait beaucoup plus sûre d’elle qu’il y a encore quelques jours, en quittant l’appartement. Elle m’embrasse et ses cheveux sentent l’huile capillaire.

« – Elles sont prêtes ? Je peux les voir ? »

Je ris doucement en lui demandant de me suivre.

« – Je te montrerai toute la série sur l’ordinateur, mais avant, j’ai une surprise pour toi. »

Je me penche pour attraper le cadre derrière mon fauteuil d’ordinateur. J’ai développé ma préférée en format A4. C’est un format paysage, en noir et blanc. Anna est nue, allongée sur le divan, les jambes légèrement sur le côté. On devine quelques poils pubiens, mais on ne voit pas son sexe. Ses seins s’étalent sur les côtés, ronds, lourds. Ses cheveux bouclés encadrent son visage. Elle a un bras replié sous la nuque et elle mordille l’index de la main droite en fixant l’objectif. Bien qu’elle ne porte pas de vêtement, sa sensualité est tout en subtilité. Elle a conservé son raffinement, évitant les écueils de la vulgarité auxquels se sont parfois heurtés certains de mes modèles. Elle est magnifique. Elle est somptueuse. Elle est belle.

Anna lève un sourcil interrogateur vers moi.

« – Tu as fait beaucoup de retouches ? »

Je secoue la tête négativement.

« – Niveau de gris, luminosité… J’ai retouché la technique, mais pas l’objet. C’est toi, Anna. C’est entièrement toi. »

Elle replonge le regard vers l’agrandissement. Au bout de quelques minutes, elle relève les yeux. Je remarque qu’ils sont embués. Alors, elle pose la main sur la mienne, se hisse sur la pointe des pieds et dépose un baiser sur ma joue gauche.

« – Merci, Christian. »

Remué au plus profond de moi-même, je ne peux que déglutir et sourire, alors qu’elle repose le regard sur le cliché, essayant de se voir vraiment pour la première fois.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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