Massage pas sage

Le métro est bondé et je me demande si le mec derrière moi n’en profite pas pour être un peu plus près que nécessaire de ma chute de reins. Mais je n’ai aucune preuve, pour commencer. Et pour finir, je m’en fiche. Je flotte littéralement au-dessus de la foule, je plane, légère comme une bulle de savon. Luc m’a donné rendez-vous dans notre petit restaurant préféré à Châtelet, le Carpe Diem. 

En général, quand il m’amène là-bas, c’est pour une occasion spéciale. C’était le restaurant de notre premier dîner. Celui de notre premier anniversaire. Celui où il m’a demandé de m’installer avec lui. Donc je sens que ce soir va être particulier et cela me fait vibrer de tout mon être. Je suis folle de Luc, complètement dingue de lui. Il est avocat en droit des affaires. Depuis deux ans que nous sommes ensemble, nous n’avons traversé aucune crise. Il est doux et attentionné. Il est grand et beau, avec sa peau chocolat et son bouc très soigné, qui font ressortir ses dents. Il a un sourire à faire fondre un iceberg. Il m’a faite fondre, moi. Et là, je le sens, il va me demander ma main. Ou de faire un petit bébé couleur caramel. Un bébé qui aura son intelligence et mes yeux. Oui, je sens qu’il veut que nous avancions, tous les deux.

Quand j’arrive au restaurant, il est à notre table, en mezzanine, sous le plafond étoilé. Il a l’air nerveux, ce qui me conforte dans l’idée que ce qu’il a à me dire est vraiment énorme. J’accroche un sourire à mes lèvres et je m’avance vers lui, en roulant des hanches dans ma petite robe rose pâle moulante. Avec mes ballerines et mes cheveux blonds rassemblés en chignon de danseuse, je sais qu’il me trouve craquante. Je me penche vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres, avant de m’asseoir et d’accrocher mon sac à main à ma chaise. Quand je me tourne vers lui, il m’attrape la main, entrelace nos doigts et embrasse l’intérieur de mon poignet.

« – Je t’ai commandé un verre de vin… Tu as passé une bonne journée, ma chérie ? »

Je lui raconte par le menu comment la rouquine de l’accueil m’a encore rendu chèvre en se trompant dans les bons de commande des prestataires, mais je vois bien qu’il ne m’écoute que d’une oreille. Aussi je décide de changer de conversation quand le serveur nous apporte le vin et les cartes.

« –  Que me vaut le plaisir de cette soirée, alors que ce n’est pas notre anniversaire ? »

Je lui fais un petit sourire complice, espérant l’inciter à parler. Il lève les yeux de son menu.

« – Une envie, comme ça… je n’ai pas le droit d’amener la femme que j’aime au restaurant ?

– Si bien sûr, mais pas dans CE restaurant… Ne me prends pas pour une andouille. Tu as quelque chose à me dire ? »

A nouveau, je lui adresse mon sourire le plus resplendissant. Allez, lapin, lance-toi… Il soupire, referme son menu et le pose devant lui. Il fait courir ses mains sur la reliure et la tranche du menu, machinalement. J’attends, patiente. Je ne veux pas gâcher l’un des moments les plus importants de ma vie.

« – Louise… Cela fait plus de deux ans que nous sommes ensemble maintenant et tu sais que je t’aime plus que tout au monde.

– Je t’aime aussi, lapin.

– Ce que j’aime par-dessus tout, c’est que nous avons une relation honnête et franche, basée sur la communication. »

Je souris, touchée par sa déclaration. Mon rythme cardiaque s’accélère.

« – Chérie, il y a quelque chose que je voudrais te demander. Quelque chose qui me tient à cœur. Cela n’est pas facile à dire, mais nous sommes honnête l’un avec l’autre, n’oublie pas. Que tu me répondes positivement ou négativement, sache que cela ne changera pas les sentiments que j’éprouve à ton égard. Mais j’espère que tu réfléchiras au moins à ma demande, avant de me donner une réponse. » 

Je déglutis. Ca y est, le grand moment est venu. L’homme que j’aime est face à moi, tendu, nerveux. Il n’a pas lâché ma main et je regarde nos doigts entrelacés, comme des touches de piano humaines, alternance de noir et de blanc. Oh oui, que j’aimerai qu’il me demande de l’épouser ou de porter son enfant… Je lève les yeux et je me rends compte qu’ils sont embués par l’émotion.

« – Pose ta question sans détour, Luc, et j’y répondrai sincèrement. »

Il baisse le regard et me répond d’une voix pratiquement inaudible.

« – Je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi.

– Tout ce que tu veux, chéri.

– Un massage.

– … un massage ?…

– Oui. De la prostate. »

Instinctivement, je lâche sa main. Il la fait glisser, avec sa jumelle, sous la table, sur ses cuisses, sans doute pour les débarrasser de sa transpiration. Je le regarde et devant son air tout penaud, je ne peux que réaliser que j’ai bien entendu, bien compris.

Il veut que je mette un doigt dans le cul.

J’attrape mon verre et m’envoie une rasade de vin.

« – Je comprends que ma demande puisse paraitre incongrue, mais cela fait pas mal de temps que cela me trotte dans la tête, depuis de longues semaines. J’ai lu plein de choses à ce sujet. Les scientifiques parlent de point G masculin. Cela intensifie l’orgasme et réduirait les risques de cancer de la prostate. En fait, le massage de la prostate est une autre façon de prendre du plaisir, un plaisir différent de celui exercé lors de la pénétration vaginale, de la stimulation du pénis ou de la masturbation. L’orgasme anal est dissociable de la fellation ou de la masturbation du pénis, mais bon, tu peux faire en même temps pour doubler les sensations… »

Je le vois, se débattre dans son plaidoyer, comme un enfant qui essaie d’infléchir sa mère pour qu’elle lui offre le dernier jouet à la mode.

Sauf que le jouet en question, c’est mon doigt dans son anus.

« – Je ne pense pas être capable de faire ça, Luc. »

Devant son regard déçu, je le questionne.

« – Tu l’as déjà fait ? »

Il répond, sans oser me regarder.

« – ça m’est déjà arrivé, seul.

– Et avec une autre ?

– Jamais. Il n’y en a pas une seule avec laquelle j’étais assez à l’aise pour le demander. J’avais peur de passer pour un désaxé… comme maintenant. J’espère que je ne t’ai pas choquée. C’est pour ça que je ne voulais pas en parler à la maison. Pour qu’on puisse effacer, faire comme si je n’avais jamais rien dit. »

Il a l’air à la fois embarrassé et déçu. Je me rends compte qu’une fois le premier choc passé, je peux peut-être envisager de prendre sur moi. Que cela me sera toujours moins pénible que de voir cette douloureuse expression sur son visage.

«  – Très bien, lui accordais-je à contrecœur. Essayons donc. »

Je rêvais d’une alliance autour de mon doigt, j’aurai un sphincter.

D’un trait, je vide mon verre. Bizarrement, je sais que ce soir, je ne prendrai pas le fondant au chocolat au dessert.

                                                                       *****

J’ai potassé comme une malade, je pense être au point. Au point G masculin, ahahah. Oui, j’essaie d’en rire, parce qu’il le faut bien. Et aussi qu’après deux verres de vin, je commence à être légèrement pétée. Du coup, maintenant, ça ne me parait presque pas bizarre de pénétrer mon amoureux, mais au cas où, je vais me reprendre une dose de courage liquide.

Luc est dans la salle de bain, « en train de se préparer ». Je n’ai surtout pas posé de question, même si j’ai une petite idée de ce que cela signifie. Je suis en train de vérifier les derniers conseils de massage-prostatique.com sur mon ordinateur portable quand il sort de la douche, les reins ceints d’une serviette ivoire. Je pose l’ordi sur ma table de nuit, alors qu’il grimpe sur le lit et avance vers moi avec cette bouille de vilain garçon qui me fait frémir. Il dépose des baisers sur mon épaule, dans mon cou, et remonte vers mon lobe qu’il commence  à mordiller. Il sait que cela me provoque des papillons dans le bas ventre, et plus je serai excitée, mieux cela se passera. Je tends le cou sur le côté pour lui faciliter l’accès à ma nuque. Alors qu’il fait glisser sa langue le long de mon cou, je sens sa main remonter ma cuisse, jusqu’à mon sexe. Instinctivement, j’écarte les jambes et je me cambre, pour aller à la rencontre des doigts inquisiteurs. Il fouille quelques minutes à l’intérieur de moi, mais c’est quand il commence à presser mon clitoris que je tourne la tête pour l’embrasser fougueusement. Je passe mes bras autour de son cou et écrase mes seins contre son torse. Je le fais basculer sur le dos et, quand je m’écarte pour reprendre haleine, plonge mes yeux dans les siens. Son excitation et son appréhension sont palpables, ce qui me donne un coup de fouet. Je m’installe entre ses cuisses, à genoux, et j’ouvre sa serviette. Son membre viril est déjà bien érigé et cherche ma main. Je le prends entre mes deux paumes et je le fais coulisser, les mains bien à plat. Quand il a atteint la taille que je lui connais comme maximum, je l’enveloppe de la main gauche et je maintiens la pression avec mes doigts le long de la tige. Je me lèche la main droite avant de lui faire effectuer un mouvement circulaire sur le gland, comme si je pressais un citron. Les yeux fermés, Luc apprécie le traitement. Il gémit de plus en plus fort, m’incitant à devenir aventurière. Sans lâcher sa queue de la main gauche, je me penche sur la table de nuit et attrape un préservatif. D’un coup de dent, je déchire l’emballage. Je me détourne de Luc deux minutes, le temps de le dérouler le long de mon majeur. Puis je rattrape le phallus et recommence ma masturbation. Avec mon doigt hésitant, je caresse les pourtours de son anus, l’effleure pour le lubrifier. Luc écarte aussitôt les cuisses.

« – Vas-y bébé, je suis prêt, c’est bon… »

Alors, je glisse un doigt en lui. Je ressors aussitôt, lui arrachant un gémissement. Je réenfonce mon doigt, plus profondément, ne le ressors qu’à moitié, l’empale à nouveau. Luc écarte les jambes plus largement et soulève un peu les fesses pour me faciliter la tâche. Il se mordille les lèvres.

« – C’est meilleur que tout ce qu’on a pu me faire auparavant, bébé… »

Galvanisée, j’accélère le mouvement. Et c’est là que je le sens, ce petit organe qui a la taille d’une châtaigne. Je m’applique donc à la frotter consciencieusement, ce qui déclenche des râles chez Luc. Sa queue grossit dans ma main, ce qui m’étonne. Je la connais suffisamment cette queue pour savoir qu’elle est au meilleur de sa forme, là. Luc est visiblement très excité. Je frotte plus fort et accentue la pression dans mes doigts de la main gauche, autour de son pénis. Au bout de cinq minutes à peine, je sens les muscles de son anus se contracter autour de mon doigt, alors qu’il retient à moitié un cri guttural. Son sperme jaillit de son méat, plus épais et abondant que d’habitude, se répandant sur ses abdominaux. Délicatement, j’extrais mon doigt de lui et ralentis la cadence et la pression sur sa queue. Son visage se détend et un sourire nait sur ses lèvres alors qu’il n’a pas encore la force d’ouvrir les yeux.

« – C’était le meilleur orgasme de ma vie. J’ai l’impression que mon cerveau a grillé. Tu m’as fait trop de bien, bébé. »

Tout en enlevant le préservatif, moi aussi, je souris. Enhardie par son compliment, j’ose lui demander :

« – Tu voudras qu’on achète du lubrifiant ? Pour qu’on se passe de préservatif, la prochaine fois ? »

Il ouvre les yeux et me fixe, amoureusement, avant d’acquiescer.

Que voulez-vous, parfois, en amour, il faut savoir se salir les mains.

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