Roger

Plénitude. C’est le premier truc qui me passe par la tête pour définir l’état dans lequel je me trouve là, maintenant, tout de suite. La brise d’été soulève les voiles que nous venons d’installer aux fenêtres de la chambre. Le soleil rebondit sur le parquet en chêne, juste à côté de mes jambes repliées sous moi. Je suis à genoux, en tenue de combat (jogging t-shirt large) devant ma commode, en train de vider consciencieusement un carton de chaussettes. Mathieu est derrière moi, occupé à monter ma table de nuit achetée hier chez Ikéa. Nous discutons de tout et de rien, de ce que nous allons manger ce soir si nous prenons le temps d’acheter deux trois babioles à la supérette du coin de la rue.

Ce qui peut effrayer, la routine qui nous sortira par les yeux dans quelques années, pour l’instant, je la trouve exaltante. Je vis enfin avec mon amoureux et ce soir, nous partagerons notre première nuit dans notre appartement.

 

Tout à cette pensée, je m’attaque à mon tiroir de sous-vêtements et me soucie de réaliser un beau dégradé, des ensembles clairs aux foncés, avec les colorés au milieu. Je déplace deux ensembles dans les tons bleus, réajuste un bustier mal plié. Mathieu a fini ma table de nuit et m’installe ma lampe de chevet. En fond sonore, la radio nous sert les derniers tubes à la mode et je chantonne sur Happy, qui correspond en tous points à mon humeur. « Nan mais dis-donc, petite coquine, tu peux me dire ce que c’est que ça ? » Je me retourne et je vois Mathieu, hilare, mon Rabbit à la main. Bordel. Je bondis sur mes pieds et me dirige vers lui. « Rends-moi ça !!! » Il lève le bras pour mettre le vibromasseur violet hors de portée. Autant dire qu’avec mon mètre soixante-six et son mètre quatre-vingt quatre, je ne fais pas le poids. Gênée, je replace une mèche blonde derrière mon oreille et croise les bras sur ma poitrine. « Mathieu, s’il te plait, rends-moi… ce truc. » Mathieu boit du petit lait. Plus je rougis, plus il se marre, le salaud. J’ai envie de l’étrangler. « Ce truc, Mademoiselle, semble être un vibromasseur… Je me trompe ? » Le voilà qui ajuste ses lunettes en écailles sur le nez et prend l’air d’un chercheur en train d’examiner une nouvelle bestiole. « Alors si je fais ça… (il tourne la première roulette), le petit lapin vibre… Ok… (il met un doigt entre les deux oreilles et me regarde, goguenard) Bon je suppose que tu es censée mettre ton clito là… Ensuite… (il tourne la roulette de gauche et l’énorme pénis se met à tourner, en faisant un vacarme de tous les diables) Bon, ça aussi, ça me semble assez clair… (il clique sur le bouton au milieu, le pénis change de sens de rotation ; une fois, deux fois, trois fois, tout en rigolant) Ok, ok… Ca a pas l’air compliqué… » Je suis mortifiée. Il a fouillé dans le carton de la Honte. Je suis à l’aise avec ma sexualité, mais pas de là à parler masturbation. Par contre, lui, il a l’air d’un môme en train de monter un jouet Kinder. Je tape du pied, agacée. « Tu as fini de faire joujou, sérieux ? » Il plonge son regard dans le mien. « A vrai dire, j’allais te proposer de jouer à deux. » De pivoine, je passe écarlate. Je décroise mes bras. « Tu veux bien me laisser aux commandes ? » Je secoue lentement la tête en signe de négation. Il se rapproche de moi, à me frôler, presque. Je sens son souffle dans mon cou alors qu’il se penche pour me dire dans l’oreille : « allez… j’ai envie de voir comment tu réagis avec un vibro… » J’ai le souffle court et je sens mon ventre se liquéfier. Mon corps n’est pas contre l’idée, c’est plus ma tête qui est farouchement opposée au fait que mon mec se serve de mon matériel masturbatoire sur moi. Je déglutis, incapable de trancher. « Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé, avant ? » « Parce que c’est privé, ça… » Je murmure plus que je ne parle. Il prend mon menton entre son pouce et son index et me force à le regarder. « Il n’y a plus rien de privé, maintenant. Ici, c’est notre appart, avec nos affaires… j’en conclu donc que ce vibro est aussi un peu à moi, et j’ai envie de le tester… » Il prend ma main droite et la pose sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur : « ce corps est à toi… » Il pose sa main sur mon sein gauche « Et celui-là est à moi… comme ces lèvres. » Il se penche et m’embrasse doucement. Puis, ce reculant : « et celles-là aussi. » Il passe rapidement le lapin sur mon intimité et le déclenche. Si rapidement que je n’ai pas le temps de m’écarter, même si j’ai marqué un petit moment de recul, surprise. Il se repenche vers moi, m’embrasse à nouveau. Je commence à être assez excitée par la situation, malgré une petite gêne persistante. Mais après tout, il n’a pas tort. Nous sommes ensemble depuis quelques temps, nous allons partager le même lieu de vie, les toilettes, la machine à laver. Il me verra démaquillée, malade et peut-être un jour, enceinte… Il faut que je mette ma pudeur dans le panier à linge, sous une tonne de caleçons et de chaussettes.

Je me détends imperceptiblement. Il m’attire à lui, tout en m’embrassant. Je sens qu’il est à l’étroit dans son pantalon, j’essaie d’y glisser une main, qu’il repousse. « Non, je m’occupe de toi, pour l’instant. » Il remet en route la fonction vibrations et commence à me passer l’engin sur le ventre, la taille, les seins. C’est agréable, je n’avais jamais testé. Je ferme les yeux. « C’est bien, Bébé, laisse-moi te faire du bien… » me susurre-t-il dans l’oreille. Il me contourne, sans laisser mon vibro quitter la surface de mon corps. Derrière-moi, il se frotte contre mes fesses, tout en soulevant mon t-shirt, qui est jeté par terre. Il me caresse les seins avec le vibreur. Je commence vraiment à être mouillée, je le sens. Il descend le vibreur vers mon entrejambe et l’appuie fortement contre mon jogging. J’ai le souffle coupé. Il passe son bras gauche autour de ma taille, me maintient contre lui et glisse le vibro dans le jogging, le frotte contre mon slip. Mes jambes commencent à trembler. Mathieu s’en rend compte. Il me guide vers le lit, sur lequel il m’allonge. Il fait glisser mon jogging et mon string le long de mes jambes. Il ne me reste plus que mon soutien-gorge sur moi. Doucement, il m’écarte les cuisses. Je suis pratiquement nue, les rayons du soleil tombent sur le lit sur lequel je suis étendue, mon homme a la tête entre mes cuisses, en train d’observer mon intimité… la gêne me reprend, et je vais pour me couvrir le visage des mains, dernier rempart de ma pudeur. Il m’écarte les mains et fait « non » de la tête. Puis il pose le vibreur sur mon clito. Une décharge électrique me traverse de la tête aux pieds. Mon corps s’arcboute. Mathieu le décolle de moi, pour me laisser reprendre mon souffle.

Et le réappuie. Je commence à gémir, je suis à deux doigts de décoller. Mais il l’enlève et l’arrête. Tout à coup, je sens la tête du pénis tournant à l’entrée de mon vagin. Il n’a pas besoin de pousser beaucoup pour que le jouet s’insère en moi. Mathieu le met en route. C’est agréable, mais moins efficace que le vibreur. Je me détends et profite de la sensation. Il augmente la vitesse, bouge le vibreur en moi. Et là, il tape sur mon point G. Je me crispe un peu, il s’en rend compte et met la vitesse à fond. Je relève les genoux, j’agrippe le dessus de lit. Je fixe le plafond en essayant de respirer le plus profondément possible. Là, il me porte le coup fatal : il branche le vibreur. En trente secondes, j’explose, je m’éparpille. J’ai l’impression que ma cervelle grille. Mathieu ne s’en rend pas compte tout de suite et laisse le Rabbit en place, tout en continuant à le déplacer. Bam, je décolle une deuxième fois. Cet orgasme est plus profond, les pulsations moins rapides, mais plus intenses. Je me mets à crier, moi la petite souris habituellement si discrète. Il arrête mon vibromasseur et l’extrait tout doucement. Puis il remonte le long de mon corps et me prend dans ses bras. Il m’embrasse les cheveux, le front, pendant que je tente de récupérer mes esprits. Au bout de cinq minutes, il me glisse. « Tu vois que tu as bien fait de me laisser faire… » Je hoche la tête. « Hum hum… tu te sers mieux de Roger que moi. » « Roger ? » « Roger Rabbit, comme dans le film… » Il éclate de rire. Et moi, je m’en fiche qu’il se moque de moi. Rassasiée, je profite du câlin d’après orgasme.

 

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

2 réflexions sur « Roger »

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