Carte de visite

Deux jours de convention professionnelle sur l’événementiel au Palais des Festivals et des Congrès de Cannes.  Un cadre magnifique, pour fêter les premiers jours du printemps. J’ai sauté de joie quand j’ai appris que ma responsable et moi partions la semaine suivante. Surtout quand elle m’a conseillé de prendre des robes habillées pour les soirées. C’est donc dans une robe fourreau satinée lie de vin que je sirote un cocktail à base de Bordeaux, en écoutant distraitement le type qui me baratine depuis plus de vingt minutes. Je ne sais pas vraiment ce qu’il me raconte, vu que le cocktail est délicieux. Je dois en être à mon quatrième ou cinquième verre. Ce qui fait beaucoup pour une petite brune d’un mètre soixante deux pesant cinquante-cinq kilos toute mouillée. « … proposons donc une formule tout compris vous facilitant vraiment la vie en cas de délais restreints… » Blablabla… Il est 23h, je n’ai plus envie de parler boulot, mais l’autre ne lâche pas l’affaire. Il essaie encore de m’embobiner pour gagner un client. Le vin me tourne la tête, la chaleur dans le Palais est étouffante : beaucoup de visiteurs et d’exposants sont restés pour le cocktail dinatoire marquant la fermeture du salon. Notez bien que, me concernant, j’ai plus retenu la notion de cocktail que de dîner. Il faut que je mange quelque chose. Je pose la main sur le bras de mon interlocuteur. « Euh… excusez-moi, je vais juste me chercher quelque chose à grignoter, je reviens de suite. » Il me sourit et me propose de m’accompagner au buffet. J’acquiesce, tout en me demandant comment il s’appelle. Il a dû me le dire, mais pas moyen de m’en rappeler. Je crois que ça commence par un B. Bruno ? Barnay ? Beaudoin ? J’ai bien sa carte de visite dans ma minaudière, mais l’ouvrir pour vérifier serait on ne peut plus malpoli. Et quand il me l’a donné, j’étais déjà trop pompette pour réussir à lire le nom imprimé blanc sur fond noir. Tant pis, je vais m’arranger pour ne pas avoir à prononcer son prénom. Sur ces considérations, j’arrive enfin au buffet. A part un fond de pain-surprise au tarama, il ne reste plus grand-chose. Je commence à mâchouiller un mini sandwich et finis d’un trait mon fond de verre quand je me rends compte que Balthazar a repris sa logorrhée. Sans l’écouter vraiment, je l’observe. S’il a un physique assez commun, il reste toutefois assez plaisant à regarder. Cheveux châtain, yeux marron, teint pâle, un mètre soixante-quinze environ, corpulence moyenne… Je croque une branche de céleri tout en l’observant par en-dessous. Je coule un regard vers sa main gauche : pas d’alliance. Bien. Je me sens d’humeur croqueuse d’homme ce soir. Pourtant, je jure que ce n’est pas dans mes habitudes. Je suis même plutôt réservée en temps normal, plus proche de la bonne copine avec qui les garçons se marrent que de la bombe sur laquelle ils se retournent. Je suis loin de chez moi, loin du regard de mon entourage et du jugement qui pourrait en découler, j’ai envie d’être une autre. Je crois que ma robe fourreau m’aide pour beaucoup à me réinventer. Tellement moulante que je n’ai pas mis de soutien-gorge en-dessous, elle fait très femme fatale. Je frissonne en réalisant que je parle à un parfait inconnu dans un vêtement qui, somme toute, ressemble assez à une nuisette longue. « … une réduction de coût substantielle… continue Barnabé sur sa lancée, avant de s’interrompre : vous allez bien ? Vous paraissez un peu pâle, d’un coup… » Je porte la main à mon front. « Désolée, je crois qu’il fait vraiment trop chaud, j’ai besoin d’air. » Il me fixe quelques instants. Puis, m’attrapant le coude, m’ordonne. « Suivez-moi. »

 

***

 

Nous sommes sortis du bâtiment imposant par la porte principale et avons bifurqué à droite. Trois palmiers plus loin, j’enlevais mes sandales pour plonger mes pieds dans le sable de la plage. Me tenant toujours par le coude, il me conduit gentiment vers la jetée sur la mer. La nuit est douce en cette fin mars. Bizarrement, il a cessé de parler. Sa compagnie m’est plus agréable. Nous marchons ainsi quelques minutes et je m’arrange pour le frôler régulièrement. Cela m’amuse follement. Il grimpe sur le ponton bétonné et me tend la main pour m’aider à monter à mon tour. Une fois montée, je ne lâche pas sa main. Il ne la retire pas non plus. Nous avançons jusqu’au bout et je ricane nerveusement. « Tu vas mieux ? » me demande-t-il, sincèrement préoccupé. « Oui, désolée de t’avoir effrayé. Je n’ai pas l’habitude du vin, je crois que cela m’a tourné la tête. Mais l’air de la mer me fait du bien » lui assure-je en souriant. « Est-ce que cela veut dire que je peux tenter une approche sans passer pour le salaud qui profite d’une femme saoule ? » me demande-t-il d’un air coquin. « Saoule ? Comme tu exagères, je suis à peine pompette » m’offusque-je. « Cela ne répond pas à ma question… » « Tente, tu verras bien si tu t’en prends une… » Il éclate de rire et passe les mains autour de ma taille. Je ne bronche pas. Le contact du satin contre ma peau me fait à nouveau frissonner, bien plus que la brise qui soulève les mèches folles s’échappant de mon chignon. Mes tétons durcissent alors qu’il écrase ses lèvres contre les miennes. Son baiser est naturel, agréable. Il fait alors glisser ses mains de ma taille à mes seins, qu’il soulève légèrement, comme pour les soupeser. Je me sens décidément bien vulnérable sans soutien-gorge. Ses mains quittent mes seins pour caresser mon cou, avant d’aller encadrer mon visage. Quand il s’écarte de moi, je suis pantelante. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas été embrassée, surtout par un type dont je ne connais même pas le nom. « Tu veux faire quoi ? » me souffle-t-il les yeux encore clos, comme s’il craignait de les rouvrir. « Ramène-moi à mon hôtel. » « Tu es sûre ? » « Oui » confirme-je tout en l’embrassant à nouveau. J’écrase mes seins sur son torse, je plaque mon bassin contre son pelvis. Autant vérifier la marchandise avant de l’amener dans ma chambre. Là aussi, cela me semble dans la moyenne. « Tu es à quel hôtel ? » En souriant, je lui montre le bâtiment blanc, à l’angle de la rue dix mètres devant nous. « Le Carlton. » Cette fois, il ouvre les yeux. « Tu déconnes ? » Non. Et c’est bien pour cela qu’il serait dommage de ne pas profiter de la chambre.

 

***

 

Nous pouffons en traversant le hall blanc immense, son sol en marbre crème et ses grandes colonnes grecques. Nous rigolons franchement dans l’ascenseur. Mais la nervosité s’évanouit une fois la porte refermée sur nous. J’ai l’impression d’être Julia Roberts dans Pretty Woman. Sauf que, même si je vais dans un hôtel de luxe pour m’envoyer en l’air, ce n’est pas mon boulot, et c’est moins glauque. La chambre est immense, sans doute la taille de mon appartement parisien. Les murs sont beiges. Un secrétaire en bois sombre a été positionné juste à côté de la porte fenêtre menant au balcon qui donne sur la mer. De l’autre côté de la fenêtre, un fauteuil Louis XV semble attendre qu’un spectateur s’installe pour regarder les ébats dans le lit king size. Ce dernier est recouvert d’un édredon crème, assorti à la tête de lit en tissu. J’enlève mes chaussures et mes pieds s’enfoncent dans la moquette blanche. Basil a le souffle coupé. Je me recolle à lui et frotte mon bassin contre son érection, ce qui le ramène à moi. En quelques minutes, voilà ma robe qui passe au-dessus de mes épaules et je suis en string en dentelle bordeaux. Je commence à déboutonner sa chemise, en embrassant la parcelle de peau libérée à chaque bouton enlevé. Je finis par tirer sur le tissu coincé dans le pantalon et je fais glisser la chemise le long de ses bras. Il a la chair de poule quand mes tétons se frottent à ses pectoraux. Je l’embrasse dans le cou alors qu’il me caresse le dos. Une fois la chemise à terre, je fais glisser la ceinture hors des passants du pantalon. Deux minutes après, le pantalon rejoint la chemise. Enfin, le boxer est aussi envoyé à l’autre bout de la chambre. De rapides bisous le long de son estomac et de ses abdominaux m’indiquent que son hygiène est irréprochable. Il sent le savon et l’après-rasage. J’en profite pour donner deux-trois coups de langue à son pénis, en passant. Il ferme les yeux, il semble subjugué. Moi, « the girl next door », je suis ce soir une amazone du sexe. Et j’aime ça. J’enlève mon string moi-même. Je me cambre alors qu’il me regarde, une flamme de désir dans les yeux. Je lui tourne le dos volontairement lentement et je me dirige vers le secrétaire. Je pose mes fesses dessus et je le regarde, droit dans les yeux. Il attrape sa veste, plonge la main dans une poche intérieure et en sort un préservatif. En trois enjambées, il a eu le temps de me rejoindre, d’ouvrir l’emballage et d’enfiler la capote. Il me relève les genoux et se glisse en moi. Doucement d’abord. Puis de plus en plus vite, de plus en plus profondément. Il me remplit, me pilonne. Au bout d’une dizaine de minutes à un rythme soutenu, il se retire. Il va s’asseoir dans le fauteuil et me fait signe de le rejoindre. Je m’assois sur lui, je m’emboite et je fais des mouvements circulaires, en veillant bien à frotter mon clitoris à son os pelvien. En quelques minutes, je décolle, alors qu’il s’agrippe à mes hanches pour me labourer plus profondément. Et tout ceci à la lumière de l’éclairage public, face à la fenêtre. Ce soir, je suis une femme, une vraie. Fatale.

 

***

Après le secrétaire et le fauteuil, il y a eu la douche. Puis le mur en face de la salle de bain. Enfin, le lit. J’ai mal partout, je suis fourbue, courbaturée. Il faut que je fasse plus de sport, je n’ai aucune résistance. Il est quatre heures du matin et je vois Bernard se relever pour enfiler ses vêtements. « Tu ne restes pas ? » lui demande-je, dans un semi sommeil, plus pour être courtoise qu’autre chose. « Non, je ne peux pas… » commence-t-il, visiblement gêné. « Il faut que je t’avoue quelque chose… Tu pourrais me rendre ma carte de visite ? » Là, j’ouvre définitivement les yeux. Je me redresse dans le lit, en appui sur mes avant-bras. « Pourquoi donc ? » Son regard devient fuyant. Le mec est carrément emmerdé. « Parce que… tu ne peux pas m’appeler. » J’écarquille les yeux. « Mais pourquoi donc voudrais-tu que je t’appelle ? » Là, il relève la tête et me fixe. Visiblement, il ne s’y attendait pas, à celle-là. « Nous deux, c’était sympa, mais j’ai pas l’intention de prolonger quoi que ce soit… tu n’as qu’à prendre ta carte dans mon sac à main. » Il semble soulagé en rejoignant ma pochette, qui a atterri par terre, non loin de ma robe. « Marié ? » Il acquiesce en ouvrant la pochette. « Tout comme. En couple depuis longtemps. C’est la première fois que je la trompe, hein, crois pas que je fasse ça tout le temps, mais bon au bout de dix ans, c’est plus vraiment pareil, la passion n’est plus là et… » Et le voilà reparti, alors que je meurs de sommeil. Il extrait la carte de visite de mon sac et la fait disparaître dans la poche intérieure d’où venait la capote. Bizarre, pour un mec fidèle, de se trimballer avec des préservatifs dans sa poche. Je dis ça, je dis rien. Je continue de lui sourire. J’ai eu ce que je voulais, de toute manière. « … pas comme avec toi, en tout cas… merci, c’était très sympa… » Il se penche et m’embrasse sur le front. « Si je passe sur Paris, peut-être… ? » Je secoue la tête, comme si c’était l’idée du siècle. Baptiste me fait un petit signe de la main et s’éclipse. En définitive, je ne saurai jamais son prénom. Est-ce que ça fait de moi une fille facile ? Je prends le temps de la réflexion. Au moins six secondes. Non, je ne crois pas. Je me laisse retomber dans les coussins moelleux. Et je m’endors du sommeil du juste.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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