Coup de soleil

Quand je rejoins Laura à la terrasse du café où nous avons rendez-vous, elle n’est pas seule. Un abruti est collé à elle et ils semblent commenter la lecture d’un polycopié. Ils rient ensemble et je vois de loin le type lui enlever un truc des cheveux. J’accélère le pas pour parcourir les quelques mètres qui me séparent du bistrot. Quand je me poste devant leur table, faisant barrage de mon corps aux rayons du soleil, Laura s’aperçoit enfin de ma présence. Un sourire éclaire son visage quand elle lève la tête vers moi. Mais elle ne se lève pas pour autant. « Coucou ! » En voyant mon air renfrogné, elle fronce le sourcil. L’autre lève à son tour la tête. « Tout va bien, David ? » « Ouais, grommelle-je. Tu me présentes pas ? » Elle se tourne vers le type à côté d’elle. Putain, mon gars, si tu continues à la regarder comme ça, je te fais bouffer ton air suffisant. « David, je te présente Nabil. Il est en cours de biologie avec moi. » Manquait plus que ça. Lui aussi, c’est un futur toubib. Et tout le monde sait à quel point ils sont sans pudeur, dans cette branche. J’ai fait une soirée « étudiants en médecine » en juin dernier avec Laura, j’ai cru que j’allais péter un plomb. Des jeux à boire avec des gages où on perd ses vêtements, des cachetons qui circulent, des filles légères… Et au milieu, ma Laura, qui haussait des épaules genre « faut bien que jeunesse se passe ». Maintenant, je sais que ce Nabil fait partie de la bande. Que lui aussi, sous un prétexte fallacieux, relâche la pression en courant après les meufs en mode satyre et nymphes. Charmant. C’est une image dont j’aurai pu me passer. L’abruti me fait un sourire, mais c’est plus fort que moi, tout ce que je vois, c’est son bras appuyé contre celui de ma blonde. Celle-ci me dévisage de plus en plus intensément. «  Tu es sûr que tout va bien, David ? » « Ouais, j’t’ai dit, maugréai-je. Pas contre je suis garé en double file. Prends tes affaires, on y va. » En disant ça, je jette un bifton sur la table, pour payer les consommations. Ouais, gars : tu veux te faire ma nana, mais je te paie un pot, je suis un grand seigneur. Laura rassemble ses affaires et claque une bise sur la joue de Nabil. Puis elle me contourne la table bistrot, son sac dans une main, sa veste dans l’autre. Quand elle relève la tête dans ma direction, je n’ai pas bougé d’un cran, solidement campé sur mes jambes. Elle me fusille du regard. Je lui tourne le dos, me dirigeant vers la voiture. Je ne sais pas lequel de nous deux est le plus furax.

 

***

 

« Bon sang, David, tu vas m’expliquer ton comportement de connard, oui ou merde ??? » Laura jette son sac dans un coin, sa veste dans un autre et balance ses clés dans le vide-poche, qui tinte sous le choc. Je pénètre à sa suite dans l’appart que nous partageons depuis quelques semaines et j’enlève mon blouson aviateur. Je n’ai pas desserré les dents du trajet. Je la sentais fulminer à côté de moi. Là, elle est plantée au milieu du salon, les bras croisés, attendant visiblement une explication. Je ne sais pas si je suis énervé contre moi à cause de ma réaction totalement démesurée ou contre elle qui ne voit pas le souci. Je passe la main dans mes cheveux châtains, pourtant déjà ébouriffés. « J’ai pas aimé sa façon de te regarder, c’est tout. » Elle a l’air sidéré. « Nabil ? » Je confirme d’un signe de tête. « Mais c’est juste un pote !!! » « Ouais ben je n’en suis pas sûr. Il était collé à toi, en train de flirter, là… » Elle se passe la main sur le front. « Non mais on nage en plein délire, là… j’espère que tu plaisantes ??? » Elle me dévisage, entre incrédulité et… quoi ? J’ai l’impression qu’elle me regarde comme si elle était tombée sur un psychopathe. « Putain, Laura, j’ai vu ce type te tripoter ! » « Quand ?!? » « Il… il t’a enlevé un truc des cheveux. » Rien qu’à m’entendre, je me rends compte à quel point je suis pathétique. Les bras lui en tombent. « Non mais j’hallucine… la dernière fois, tu me fais une scène parce que ma jupe est trop courte et que je sors sans toi et là, tu pètes un plomb parce qu’un copain m’enlève une feuille des cheveux ??? » Elle secoue la tête. « Faut vraiment te faire soigner, mon gars. J’ai pas signé pour ça, moi. » Elle se dirige vers son sac, toujours par terre. C’est là que je panique. Je ne veux pas qu’elle quitte l’appart. C’est stupide, mais j’ai l’impression que si elle s’en va maintenant, elle ne reviendra jamais. Ou ne sera plus exactement la même. Je l’attrape par le poignet. Elle s’arrête dans son élan et pose un regard glacial sur moi. « Lâche-moi. Immédiatement. » Au contraire, je l’attrape de l’autre main par le bras et l’attire contre moi. Elle commence à se débattre. « David, je te jure que si tu ne me lâches pas, je hurle. » Je la colle au mur du salon et je plonge mon regard droit dans le sien. « Excuse-moi, je ne suis qu’un imbécile. » Elle arrête de se débattre et lève le visage vers moi, méfiante. Je n’ai pas franchement l’habitude de m’excuser. « J’ai juste… peur. » Elle penche la tête sur le côté. « Peur de quoi ? » Je desserre mon étreinte. « Qu’un autre te vole à moi. » « Tu n’as pas confiance en moi ? J’ai l’air d’une fille facile qui passe d’un mec à l’autre ? » « Tu es jeune, tu es belle, tu es intelligente et bientôt tu seras médecin. Et moi, je suis mécano. » Elle me regarde comme si elle me voyait pour la première fois. Elle n’a donc jamais compris combien je me sens nul à ses côtés, empoté et limité intellectuellement ? Que, quand elle m’amène passer une soirée avec ses amis, j’ai juste l’impression d’être son garde du corps, muet, observant à travers un filtre un monde auquel je n’appartiens pas ? Que j’ai juste l’impression d’être un papillon qui crève d’amour pour le soleil ? « Tu es mécano, et alors ? » « Alors, il n’y a aucune gloire à réparer le moteur d’une caisse quand ta nana pourra bientôt réparer un être humain. » Elle soupire. « Tu as oublié que tu es un vrai abruti, qui plus est. » Elle dit cela sans tendresse. Elle semble encore à la fois énervée et méprisante. Cela m’échauffe. Je viens de m’excuser, bordel. Je resserre mon étreinte et elle grimace à la fois de surprise et de douleur. J’écrase mes lèvres sur les siennes. Elle essaie de se dégager, mais je force sa bouche de ma langue. Ses protestations se font moins véhémentes alors que je la mange. Littéralement. Je me nourris d’elle, comme un affamé qui ne sait même plus quand a eu lieu son dernier repas, ni quand espérer le prochain. Je m’abreuve d’elle, comme après avoir traversé le désert. Je ne veux qu’elle. Loin, les minettes de ma jeunesse, les couguars qui passent au garage avec des fantasmes de mains calleuses pleines de cambouis. Loin, les autres femmes. Elle est mon tout. Et je veux être le sien. Pas de Nabil, pas de toubib, pas de boulanger ou que sais-je. Je veux être le seul homme de sa vie et je vais lui montrer qu’elle n’a pas de place pour un autre. Je lâche ses bras et m’attaque aux boutons du décolleté de sa robe d’été à fleurs. Elle ne se débat plus. Fébrile, elle s’attaque à la boucle de ma ceinture. J’ai déjà les mains dans son soutien-gorge qu’elle lutte toujours avec, perturbée par ce que je fais à ses seins. Je continue à l’embrasser sauvagement, passionnément, tout en étirant ses tétons, et ses gémissements meurent dans ma bouche. Elle parvient enfin à enlever ma ceinture et en quelques gestes achève d’ouvrir mon jean. Elle me libère prestement et me prend en main. Sous ses doigts, j’atteins ma taille maximale et la température monte encore d’un cran. Je la veux entièrement, je veux la posséder, je veux qu’elle m’ait dans la peau. Je ne lâche sa poitrine qu’à regret pour passer un bras autour de sa taille et la soulever. De ma main libre, je lui arrache sa petite culotte en coton bleu avant de l’asseoir sur mes hanches. Elle passe ses jambes autour de ma taille, s’agrippe à moi. En la collant à nouveau au mur, je la pénètre. Ma blonde est légère comme une plume. Ses cheveux tombent en cascade alors que je la besogne, elle ferme les yeux et s’accroche à moi comme si elle allait se noyer. « Oh, David… » Elle se blottit contre moi. Bientôt, je la sens frémir, alors que je vais et je viens en elle, de plus en plus rapidement et de plus en plus profondément. Je lui pose la main sur la bouche pour étouffer un éventuel cri et elle ouvre les yeux, surprise par la rapidité et l’intensité de son orgasme. Le mien arrive à ce moment-là. Fulgurant, profond. Je m’éparpille en elle. Je la garde serrée contre moi, prisonnière. Au bout de quelques instants, elle me caresse les cheveux, la nuque. « Bébé, faut pas avoir peur… si tu te voyais comme je te vois… » Mais je ne peux pas voir. Cela fait déjà des mois que je suis aveuglé par le soleil.

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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