Mise en bouche

Mon cœur bat aussi fort que claquent mes stilettos sur le parvis de la Défense. Ils me font un mal de chien, ces derniers, d’ailleurs. Si je n’étais pas aussi sûre de l’effet qu’ils produiront, ça ferait un moment qu’ils auraient atterri au fond de mon sac et été remplacés par des ballerines. Mais je sais qu’il va adorer la dentelle noire sur le fond pâle. Leur côté sexy contrebalance avec la sobriété de ma petite robe noire. Je ne voulais pas avoir l’air d’une poule de luxe, pas aujourd’hui…  Je vais rencontrer un mec avec qui j’ai pas mal discuté sur un site de rencontres. Le feeling passe bien, entre nous. Nous avons testé le sexe par téléphone, par webcam, par textos… Je le connais sans le connaître, mais je suis étrangement à l’aise avec lui. Le meilleur copain de baise que l’on puisse avoir. Le deal est clair : je sors d’une histoire longue, j’ai envie de m’amuser. Et je dois dire qu’il sait s’adapter à mes désirs.
Au fur et à mesure que je m’approche de la zone des bureaux, mon cœur a des ratés. J’aurai dû prendre un mp3, il me faut de la musique. Ou une clope. Ou un verre. J’en suis à me demander ce que je fous là un samedi après-midi, au lieu d’aller faire un tour dans les boutiques, à l’abri de toute tentation, quand je vois l’immeuble de sa boite apparaître devant moi. Je déglutis. Et je dégaine mon portable.
Je resserre les pans de mon manteau autour de moi en essayant de compter les fenêtres du bâtiment en arc de cercle. C’est débile, mais ça m’évite de cogiter. Je déteste l’architecture moderne, c’est froid et impersonnel. J’en suis à m’interroger sur mes capacités à travailler dans cet environnement quand il arrive enfin à ma rencontre. Il a l’air désarçonné en me prenant dans les bras.
– Qu’est-ce que tu fiches là ? souffle-t-il à mi-chemin entre mes cheveux et mon oreille.
– Inspection sanitaire. Je viens vérifier la propreté des toilettes.
Il s’écarte et me fixe, incrédule, alors que je tente de garder mon sérieux.
– Nan mais tu plaisantes, là ?
Un sourire flotte sur mes lèvres, que j’ai teintées d’un rouge plus que suggestif. Il regarde ma bouche quelques secondes. J’en profite pour la mordiller. Il éclate de rire.
– Que de la gueule ! Tu vas te dégonfler !
Je plante mon regard dans le sien, j’avance d’un pas et place ma jambe droite entre les deux siennes. Avec mes talons, je le domine de quelques centimètres. Je bascule mon bassin, pour que l’os de ma hanche appuie sur ce qui semble être un formidable début d’érection. Je me penche vers lui, et c’est à mon tour de susurrer à son oreille :
– Chiche ?
Il vient de rentrer dans les toilettes du rez-de-chaussée de son entreprise pour vérifier que le champ est libre. Bien qu’on soit passé devant les salles de réunion vides et que les bureaux ne soient pas très fréquentés à cette heure-ci, j’ai la trouille qu’on se fasse gauler. Je me demande s’il est encore temps de faire demi-tour et de lui proposer une bière, quand la porte se rouvre et qu’il m’attire à l’intérieur. Je me retrouve dans ses bras et il commence à m’embrasser dans le cou tout en reculant vers les cabines. Le reflet dans le miroir des lavabos me renvoie une image de moi les joues rouges et le regard brillant. Il se dégage de moi et ouvre la porte d’une des cabines, avec un petit sourire moqueur.
– Après vous.
Je pénètre dans le box exigu et je n’ai pas le temps de me retourner que j’entends verrouiller la porte. Il glisse ses bras autour de ma taille, colle son bassin contre mes fesses, ce qui laisse peu de doutes quant à ses intentions, et commence à m’embrasser dans le cou.
– La dernière fois qu’on s’est enfermé ici, tu étais plus bavarde…
Je souris : il fait allusion à un midi où il s’est soulagé dans les toilettes pendant que je m’essayais animatrice de téléphone rose. Mais maintenant, j’avoue que j’ai la bouche un peu sèche et mes jambes flageolent. Je n’ai pas pour autant envie de reculer, surtout que sa main commence à s’éloigner de mon ventre pour balayer une zone plus large, et que je commence à souhaiter qu’elle descende. Mais je ne sais tout simplement pas comment m’y prendre. Il semble le comprendre et prend la situation en main, alors que je reste résolument silencieuse.
– Ah, je croyais que tu aimais avoir le dessus sur les hommes… Tu ne fais plus ta maligne, hein ?
Je sens que, plus la situation m’échappe, plus elle le divertit et ça me pique au vif. Je me cambre et je commence à onduler des hanches.
– Bien, tu veux jouer ?
Lui semble déjà t’amuser comme un petit fou. Mon ventre se liquéfie.
– On va jouer. Mais à mon jeu. Avec mes règles.
Je me retourne, le regarde et j’ouvre la bouche pour rétorquer quelque chose. Il pose un doigt sur mes lèvres.
– Non… tu parles beaucoup. Alors pour une fois, tu te tais, et c’est moi qui donne les ordres.
Je soulève un sourcil mais hoche la tête doucement, pour montrer que je suis d’accord pour son scenario. Il descend la main le long de ma robe, pour la glisser en dessous. Ses doigts se mettent à jouer avec la bande élastique de mes bas, en faisant le tour de ma cuisse.
– Enlève ta robe.
Je m’exécute et recule d’un pas, pour le laisser apprécier le spectacle de mon ensemble en dentelle noire. Son regard me balaie. Je me sens mise à nue. Il m’observe quelques minutes, puis me fait signe de m’approcher. Je l’embrasse furtivement. Puis je me laisse tomber à genoux devant lui. J’ouvre son pantalon et le libère prestement. Presque instinctivement, je l’engloutis, pendant qu’il s’appuie de chaque côté de la cabine, sur le carrelage écru, tentant de garder une respiration normale. Je commence sans les mains, enroulant ma langue autour de son gland, le polissant d’abord doucement puis en accélérant la cadence. Je ressors sa queue de ma bouche, la lèche à l’air libre. Elle semble fendre l’air, comme si elle réclamait de retourner au chaud. Je lève les yeux vers lui, il est en train de me regarder. Il écarte une mèche devant mes yeux.
– Tu me rends dingue, putain.
Je reprends aussitôt le gland en bouche, place les mains de chaque côté de sa queue et m’assure de le branler en même temps que ma langue tourne autour de lui.
– Non non non, remonte, tu ne vas pas t’en sortir comme ça
Il me redresse et m’embrasse. Puis il me retourne et me plaque contre le carrelage, qui est froid contre mes seins et mon ventre. Sa main droite entre dans ma culotte et l’espace d’un instant, je ne sais plus comment je m’appelle, ni même ce qu’il fait exactement, tellement j’ai l’impression qu’il est partout, en moi, me caressant le clito d’un doigt pendant que l’autre apprécie mon état. Sa main libre extirpe mon sein gauche du balconnet et commence à étirer mon téton. Mon cœur ne bat plus régulièrement, ma respiration est haletante. Il joue avec moi pendant ce qui me semble une éternité. Je suis au bord de l’explosion. Puis plus rien, il enlève ses deux mains de moi en même temps. Je tourne la tête pour protester. Son regard m’arrête tout de suite.
– Tu es sûre ? Tu peux encore dire non.
Cela achève de me faire perdre la tête. Alors, je prononce mes premiers mots depuis que nous avons pénétré dans le bâtiment.
– Prends-moi. Baise-moi. Possède-moi.
J’ai à peine fini ma phrase qu’il soulève ma jambe et se glisse en moi.

Je n’ai pas tout compris au film. Je ne sais même pas combien de temps ça a duré, en tout. Je n’ai fait que suivre son rythme, sa cadence, allant à la rencontre de ses coups de butoir tout en priant pour pas déraper avec mes talons. Puis, dans un dernier gémissement qu’il a étouffé dans mon cou, il a joui.  Depuis, il n’a pas osé bougé. Il est encore lové en moi, le visage dans mon cou. Ça fait quelques minutes qu’il n’a rien dit.
– Tu penses à quoi ? me demande-t-il en brisant enfin le silence.
J’éclate de rire.
– Je me demande comment on va sortir d’ici, pour que je te paie un coup. J’ai vraiment besoin d’une bière !

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Auteur : Aurore Baie

J'aime écrire. A vrai dire, c'est mon métier. Mais on écrit pas toujours ce qu'on l'on veut, au boulot. Alors je m'offre ici une salle de jeu... Bienvenue dans mon recueil de nouvelles érotiques! Il va sans dire que tous les textes publiés ici sont des créations originales... Pas touche sans accord ! Merci !

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