Don Papa

– Il l’a remise en même temps que son calebut. Cet enfoiré n’a même pas attendu de quitter mon appart pour remettre sa putain d’alliance !
Allongée sur le divan, Lætitia fulmine. Ses jambes se croisent et se décroisent sur l’accoudoir, alors que s’agitent ses orteils aux petits ongles bordeaux sous des collants résille.
– Nan mais qu’il soit marié, je m’en tape. Et carrément, en plus. J’avais pas l’intention de vieillir à ses côtés. Il m’aurait dit la vérité, ça n’aurait rien changé, je l’aurais baisé pareil. Mais qu’il me mente, ce lâche ? ! ? « Non, je suis divorcé… Pas beaucoup de temps à cause du boulot… Gnagnagna… » Je t’en foutrais, oui ! Il m’a vraiment prise pour une conne ! Pourquoi les mecs manquent-ils à ce point d’honnêteté ?
Derrière elle, dans un fauteuil, Dominique l’écoute pensivement. Cela pourrait ressembler à une séance de psy, si une bouteille de rhum Don Papa ne trônait pas sur la table, à moitié vide.
– Mon ex-mari n’a pas non plus été un modèle de fidélité, ma chérie. Je n’ai aucune réponse à t’apporter. À part que tu mérites bien mieux.
Lætitia se redresse et s’assied sur le canapé, les jambes un peu trop écartées dans sa minijupe pour être distinguée. L’heure tardive et le nombre de shots ingurgités ont visiblement fait sauter sa bonne éducation. Ses longues boucles châtain clair glissent sur ses épaules.
– Mieux, je ne sais pas. En tout cas, je me respecte suffisamment pour lui dire d’aller se faire foutre. Oh !
– Quoi ?
– Tiens, je vais lui dire maintenant ! Et si madame tombe dessus, je m’en tape.
– Laeti, tu es sûre… ?
– Oui. Maintenant.
La démarche légèrement moins assurée qu’en temps normal mais digne tout de même, la jeune femme contourne le canapé pour prendre son portable.
– Va… te… faire… foutre… connard. Je… ne fais pas… dans le… mec marié. Envoyé.
Lætitia laisse retomber le portable dans le sac, et le sac à terre. Puis elle se cramponne au canapé.
– Bon ben… retour à la case célibat.
– Parfois, ça a du bon.
La trentenaire ferme les yeux, et cherche ses mots.
– Oui, mais ça joue sur l’ego. J’ai déjà pas hyper confiance en moi…
Dominique lève les sourcils, interrogative. Elle laisse passer quelques secondes avant d’avancer.
– Ce n’est pourtant pas ce que tu dégages.
Lætitia pose ses fesses sur le rebord de l’accoudoir et étend les jambes devant elle. La mini laisse entrapercevoir une petite culotte noire toute simple.
– Bof. Comme nous toutes, je suppose.
Dominique secoue la tête, faisant voleter ses mèches brunes.
– Non, je t’assure. Tu as l’air d’une femme forte. Parfois même… autoritaire.
Tranquillement, elle se penche pour servir deux shots supplémentaires, avant d’en prendre un dans chaque main.
– Pour être honnête… Je fantasme souvent sur des scénarios avec toi et mon chéri. Ça te choque ?…
Lætitia fronce les yeux, se demandant si c’est une blague. Puis elle tend la main et saisit le verre d’alcool.
– Il va falloir m’en dire plus.
Dominique éclate de rire et se réinstalle confortablement dans son fauteuil. Elle semble ravie d’avoir éveillé la curiosité de son amie.
– Eh bien, je t’ai déjà expliqué que nous sommes switches, lui et moi.
Silencieusement, Lætitia acquiesce et boit le shot cul sec. Leurs vies sexuelles n’ont pas de secret l’une pour l’autre, pas plus que le reste. C’est comme ça depuis que Lætitia s’est installée dans une des petites maisons du quartier, divisé en appartement, alors que Dominique y habite une villa ancienne, refaite avec goût. S’était construite alors une amitié, basée sur une admiration et un respect réciproque. Lætitia était fraîche et franche, et ne se rendait absolument pas compte de l’effet qu’elle produisait sur les autres. Légèrement plus âgée, Dominique était posée, réfléchie, intelligente. Pour Lætitia, elle dégageait une aura particulière. Double. Mixte, comme son prénom. Aussi, elle n’avait pas été étonnée d’apprendre que Dominique et son chéri s’amusaient dans la chambre à coucher avec les codes du BDSM, et que ce n’était pas toujours la même personne qui tenait la cravache.
– Eh bien, je prends de plus en plus d’assurance. Et, depuis quelque temps, j’ai envie de le… féminiser. Et je sais exactement ce que j’ai envie de faire de lui.
Lætitia contourne le sofa, croise une jambe sous ses fesses et se laisse tomber dessus. La minijupe remonte encore d’un cran, mais elle s’en fout. Elle écoute, suspendue aux lèvres de Dominique. Sa respiration s’est légèrement accélérée.
– Il a aussi, dans ses fantasmes de soumission, le fait de servir. Donc je nous imagine toutes les deux en mode reines… lui à notre service…
Lætitia cligne des yeux.
– C’est comment, de dominer ?
Dominique étend les jambes devant elle.
– Tu n’as pas idée. Une fois qu’on est tombé dedans…
Son sourire n’a rien d’angélique, à cet instant. Ses yeux se voilent. Elle est ailleurs, dans un monde de fessées et d’humiliation. Et elle a l’air de s’y plaire. Brusquement, elle secoue la tête.
– Plus tu prends le pouvoir, plus tu te sens forte, et les choses te viennent naturellement.
Puis son regard se pose sur Lætitia.
– Ça te ferait du bien, de prendre le pouvoir.
Ses mots semblent flotter dans l’air quelques minutes, pendant que Lætitia réfléchit. Puis Dominique se décide à briser le silence.
– Alors, ça te dirait ?
– Carrément.

***

Lætitia est un peu nerveuse en appuyant sur la sonnette. Elle regarde ses pieds sur le trottoir, priant pour ne croiser aucun voisin, même si, à cette heure, la plupart doivent être en train de servir l’apéro ou le repas. Ce n’est pas le premier samedi soir qu’elle passe dans cette maison. Mais c’est la première fois qu’elle prend la peine de patienter qu’on daigne lui ouvrir. D’habitude, se sachant attendue, elle sonne, entre, et beugle dans l’entrée pour savoir dans quelle pièce rejoindre Dominique. La porte s’entrouvre, laissant filtrer une lumière tamisée.
– J’ai failli attendre. Tu commences mal la soirée.
Dans l’encadrement de la porte, la petite silhouette rentre la tête dans les épaules en descendant les quelques marches qui mènent à la maison. « Sois dure, lui avait conseillé Dominique. Il adore ça. » Autant se mettre dans le bain dès le début.
Après avoir trottiné jusqu’à elle sur les graviers, l’homme ouvre le portail et s’efface pour la laisser passer. Elle le regarde et lâche, sèchement.
– Est-ce ainsi que tu salues une maîtresse ?
Avec un regard légèrement tendu, il vérifie qu’il n’y a personne dans la rue. Lætitia sourit pour elle-même : il n’habite même pas la ville. C’est plutôt aux deux femmes d’avoir peur pour leurs réputations. Après quelques secondes d’hésitation, docilement, il se laisse glisser sur les genoux.
– Bonsoir, Maîtresse.
Lætitia lui tend la main, un peu tremblante. Pourvu qu’il ne s’en rende pas compte. Sans un mot, l’homme saisit les doigts et les portes à ses lèvres. Elle pose ensuite la main sur son crâne chauve.
– Bien. Bon toutou. Debout.
D’un mouvement souple, l’homme se redresse et la suit docilement à l’intérieur. Depuis l’entrée, Lætitia voit Dominique assise dans son fauteuil favori. Elle porte une combinaison intégrale en voile et dentelle, sans rien en dessous. Lætitia déglutit. C’est la première fois qu’elle voit les seins de son amie. Des seins larges, lourds. Beaux. Même si ses jambes sont croisées, Lætitia peut voir la naissance de son buisson. Elle sait également que Dominique garde ses aisselles au naturel, à la demande expresse de son chéri. Elle est troublée de voir son amie plus nue que nue, même si elle avait été informée au préalable. Elles ont défini ensemble les contours de la soirée, leurs limites. Lætitia ferme les yeux et inspire. Elle a été bien coachée, elle devrait être capable de tenir son rôle, elle le sait. Elle se sent honorée d’avoir été invitée à partager l’intimité du couple, et assez excitée à l’idée de saisir son pouvoir. Un frisson parcourt son échine. En ouvrant les yeux, elle voit l’homme qui attend qu’elle lui donne sa veste longue. À la lumière, même tamisée, du salon, elle voit que son amie a joué à la poupée. Il porte un pantalon noir de ville assez classique, complété par un bustier et des escarpins vernis. Et il attend visiblement de découvrir sa tenue à elle.
Lentement, elle déboutonne son trench. En dessous, elle a choisi un top à manches longues en voile noir, un ensemble de lingerie satiné également ébène, très simple, ainsi qu’un serre-taille à jarretelle en cuir, qui fait écho à ses bottes. Ses bas sont sans fioriture. L’ensemble est plus graphique que sexy. Elle s’est dit qu’en tant que domina, elle se doit de ne pas trop en dévoiler. Et cela lui a fait du bien. Quand elle se préparait habituellement pour une soirée, c’était dentelles, fanfreluches, talons aiguilles. Et franchement, elle se sent plus à sa place dans cette tenue-là. Elle a l’impression d’être une héroïne féministe d’un clip de rap. Très sûre de sa sexualité.
Visiblement, Lætitia a touché son public. Dominique soulève un sourcil narquois mais son petit sourire ne ment pas : elle apprécie la vue. Quant à l’homme, elle le voit tenter de la détailler sans avoir l’air irrespectueux. Hautaine, elle ne laisse rien paraître de sa jubilation et laisse tomber son trench pour forcer l’homme à le ramasser. Puis elle se dirige vers le canapé. Il y a des habitudes qui ne se changent pas comme ça. Après avoir accroché le manteau de Lætitia, l’homme les rejoint. Dominique claque des doigts, et aussitôt, il s’assied à ses pieds, les fesses posées sur ses talons. Lætitia l’attrape par le visage, la main en étau sur ses deux joues, et l’approche pour mieux l’observer. Sa bouche est rouge mat. Ses yeux ont été maquillés. Ses cils semblent démesurément longs, fardés de noir et ourlés de khôl. Même si Lætitia n’a pas lésiné non plus sur l’eye-liner, elle n’est pas parvenue à un résultat aussi bluffant. C’est injuste.
– Oh, mais ce n’est pas un toutou, que nous avons-là. C’est une petite chienne, maquillée comme une traînée. N’est-ce pas, que tu es une traînée ?
L’homme acquiesce, en silence. Lætitia se demande si elle va trop loin, ou s’il n’a pas l’autorisation de parler. Un coup d’œil à Dominique, dont les yeux pétillent. Visiblement, tout va bien. Elle relâche le visage, et, du bout de la botte, le repousse doucement pour qu’il récupère sa place initiale. Dominique hoche imperceptiblement la tête, avant de caresser la tête de son soumis.
– Petite chose, c’est ainsi que tu accueilles notre invitée ? Va nous chercher l’apéritif. Et fissa.
En trottinant sur ses talons, l’homme quitte la pièce. De la cuisine s’échappent des bruits de glaçons que l’on enlève de leur bac. Lætitia se tourne vers Dominique, toute excitée.
– Comment tu es sexy !!! Pas trop galère à enfiler, ce truc-là ?
– Non, c’est dos nu, l’ouverture est large et ça s’attache dans le cou. Et toi, tu es canon, ma chérie.
– Sérieux ? Ça fait pas trop coincée, par rapport à toi ?
– Mais noooon. Et puis on est deux femmes différentes, c’est plus rigolo qu’on ait des styles différents. C’est bien, que tu oses être toi.
Après un coup d’œil en direction de la cuisine, Lætitia se retourne vers son hôtesse.Tu es sûre, ça le fait ? Je veux dire… Je suis pas trop ridicule ?
– Non. Tu es parfaite. Je savais que tu excellerais dans son rôle. Mais, le plus important : est-ce que tu t’amuses ?
– Comme une folle.
– Alors c’est impeccable. Chut, le revoilà.
Chancelant sur ses escarpins, l’homme fait son apparition. Il a ajouté à son costume un petit tablier blanc du meilleur effet, noué sur sa nuque nue, aux trapèzes légèrement développés. Des poils s’échappent du bustier et du tablier, jusqu’aux épaules musclées. Lætitia trouve cela joli, même si c’est incongru, avec cette tenue et tout ce mascara. L’être en face d’elle est une créature hybride. Tout comme Dominique. Les deux sont capables de se soumettre avec ferveur, tout comme ils sont capables de dominer de manière implacable, changeant au gré de leurs envies respectives. De leur volonté de bander et de faire bander l’autre. Lætitia se demande ce que cela dit sur eux.
Sur ce que cette incursion dans ce monde qui n’est pas le sien va pouvoir lui apprendre sur elle-même.
L’homme dispose sur la table basse du guacamole, des tortillas, et des toasts apéritifs, avant de verser un peu de Don Papa dans des shots. Dominique l’a visiblement briefé sur les soirées qu’elles ont l’habitude de passer ensemble. Elle trempe ses lèvres dans le liquide ambré qui réchauffe aussitôt son sang, alors que le soumis retourne aux côtés de sa maîtresse.
– Masse-moi les pieds, petite chose.
L’homme s’exécute, agenouillé devant Dominique, alors que cette dernière se met à converser comme s’il n’était pas là.
– Tu as des nouvelles de Laurine ? Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vue.
Lentement, Lætitia quitte des yeux le soumis, ses gestes précis qui caressent les orteils, qui détendent la voûte plantaire, qui réchauffent les extrémités. Elle veut ça, elle aussi. Des mains qui s’occupent d’elle. Elle claque la langue.
– Hum. Laurine. Oui, il me semble que je l’ai vue la semaine dernière. Ou était-ce celle d’avant ? Elle a retrouvé du travail, elle est toujours en période d’essai. Mais je crois que ça se passe bien.
Sa bouche parle, mais son cerveau est ailleurs, dans un monde où des mains caressent son corps. Peut-être que la prochaine fois, elles pourraient avoir chacun un soumis, pour qu’aucune d’entre elle ne reste au bord de la route. Dominique surprend la lueur de son regard.
– Il suffit, petite chose. Je crois que notre invitée a aussi besoin d’un massage. Je sais qu’elle n’est guère habituée aux talons.
Alors que le soumis s’attaque à la fermeture éclair de la botte, Lætitia foudroie Dominique du regard. Ce petit tacle sur les chaussures est un grand jeu entre elles. La trentenaire passe sa vie en basket quand la quadra virevolte allègrement sur du 12 cm. Dominique lui tire la langue en s’enfonçant dans son fauteuil. L’homme hume le cuir des chaussures. Il aime visiblement la matière. Lætitia se félicite de son choix, alors qu’il fait glisser le talon hors de la botte. Derrière lui, Dominique remet son stiletto, dont la pointe flatte lentement tantôt la raie des fesses tantôt l’entrejambe de son compagnon, pendant qu’il masse les orteils endoloris de Lætitia. Cette soirée est décidément bien étrange.
– Je trouve qu’il manque quelque chose, à cet apéritif. Non ?
Lætitia fait un clin d’œil à Dominique et se passe la langue sur les lèvres.
– Moi, je trouve que Don Papa mérite mieux que ces shots.
– Ah oui ?
– Remets-moi ma botte, petite chienne.
Docilement, l’homme s’exécute. Lætitia se lève et attrape la bouteille de rhum. Puis elle se dirige vers la porte coulissante qui la sépare de la véranda. Dominique se lève à son tour.
– Au pied, petite chose.
L’homme se déplace à quatre pattes jusqu’à l’immense table qui trône au centre de la véranda. Elle est en bois massif et en métal. Solide. Dominique tapote la table.
– Grimpe. Sur le dos.
Lentement, le soumis s’appuie sur le banc, puis sur la table, et se met en position. Lætitia pose le flacon de rhum à côté de lui, puis s’adresse à son amie.
– Je peux ?
– Fais, fais. Ce qui est à moi et à toi.
Lætitia ne peut s’empêcher de rire. Un petit rire cristallin qui secoue ses boucles. Parce que jamais, au grand jamais, elle n’osera faire comme si la petite chienne était à elle, pour être sûre de ne pas blesser son amie. Mais elle pose ses mains sur la cheville nue du soumis et laisse courir ses doigts de longs de la jambe musclée. Elle s’arrête mi-cuisse, pour sauter directement à la peau disponible entre le pantalon et le bustier, qu’elle griffe du bout des ongles. En le regardant droit dans les yeux, elle commence à défaire la ceinture. Pas un regard pour exciter, non. Celui qui dit « Ne t’avise pas d’esquisser le moindre geste. Tu n’as pas ton mot à dire. Tu es ma chose. » Doucement, elle rabat l’élastique du boxer. Les poils sont plus fournis encore à cet endroit. Elle attrape la bouteille de rhum.
– Ne bouge pas. Si j’en renverse par ta faute, tu es puni.
Lentement, elle verse quelques gouttes dans le nombril du soumis. Avant de se pencher pour les boire d’un coup de langue.
– Tu paies ta tournée ?
– Avec plaisir, ma chérie.
Le rituel se répète. Cette fois, c’est Dominique qui se penche sur l’entrejambe, ses seins lourds s’écrasant sur la hanche de l’homme. Mais elle se permet, elle, de s’appuyer sur le sexe du soumis, tout en lapant le nombril. Elle fait ça de manière plus sensuelle, plus appuyée, ses cheveux caressant les abdominaux de l’homme, sa langue taquinant l’orifice. Lætitia sent une chaleur diffuse gronder dans son ventre, alors que l’homme gémit doucement.
– Couchée, petite chienne. Un peu de contrôle, voyons.
Mais Dominique lance un regard à son soumis. Un regard d’amour, qui lui est rendu. Ce n’est plus un jeu sexuel, c’est un moment de vraie intimité. C’est là que Lætitia se sent vraiment voyeuse. De trop. Alors, sur la pointe des pieds, elle quitte la véranda pour retourner dans le salon, près du guacamole.

***

Cette soirée est dingue. Complètement dingue. Lætitia a la tête qui tourne. Elle essaie, en vain, de compter tout ce qu’elle a bu.
Des shots, il y en a eu quelques-uns.

Elle se souvient qu’elle a regardé l’homme danser sur la table, en talons, pendant qu’elles en buvaient dans la véranda, et qu’elle avait glissé un billet de 5 euros dans l’élastique de son boxer, avant de souffler à son amie « J’avais toujours rêvé de faire ça !!! ».

Elle en a bu aussi, le cul perché sur les tabourets de bar de la cuisine, pendant que le soumis cuisinait pour elles, en faisant des réflexions comme s’il n’était qu’un esclave privé de tout assentiment.
– C’est vrai qu’il a un joli cul. Tu t’en sers ?
Dominique avait jeté un œil au derrière en question, avant de faire semblant de réfléchir.
– Oui, il m’arrive de jouer avec son cul. Il aime assez.
– Classique, chez les chiennes. Sinon, tu lui mets une cage ?
– Non, je préfère que sa queue soit à disposition. C’est plus… pratique, suivant ce dont j’ai envie.
– Et c’est une bonne lécheuse ?
Le sourire de Dominique s’était fait diabolique.
– Je n’ai pas à me plaindre. Mais tu me diras toi-même.
L’homme, devant ses fourneaux, s’était raidi. Dans tous les sens du terme.

Puis il y avait eu ce repas. Deux déesses à table, leur molosse mangeant au sol les restes qu’elles laissaient choir dans son écuelle. De temps en temps, l’une d’elles lui interdisait de se servir de ses couverts, voire de ses mains, l’obligeant à attraper sa nourriture avec le bout des incisives. Il avait fini par laisser tomber un peu de salade verte par terre. Dominique s’était alors senti le devoir de le punir. En travers les genoux de sa propriétaire, il avait baissé son caleçon et reçu une magistrale fessée. Lætitia avait observé, hypnotisée par cette main qui claquait, rebondissait, caressait et frappait encore plus fort, une fesse, puis l’autre, jusqu’à ce que les deux soient rouges, alors que le soumis se tortillait sous les coups. Puis elle l’a poussé pour qu’il tombe de ses genoux et se rhabille, et le spectacle était fini. La main ne s’abattait plus, mais le ventre de Lætitia se tordait, encore et encore.

Et maintenant, reste la dernière partie de la soirée, entre les quatre murs de la chambre d’amis. Elle sait ce à quoi elle a le droit. Et elle va le prendre.
Déjà, elle enlève ces satanées bottes, qu’elle jette de l’autre côté du lit. Jamais elle ne comprendra comment les autres femmes peuvent tenir toute une journée perchées sur 10 cm. Elle agite ses orteils sur le sol, quand on frappe deux coups à la porte.
– Oui ?
– Puis-je entrer, Madame ?
Le voilà, le jouet taciturne, uniquement là pour dispenser les massages, faire le service et servir de repose-pieds, envoyé pour jouer la pute dans la chambre de l’invitée.
– Entre, toutou.
L’homme pénètre dans la chambre et reste à l’entrée, attendant les consignes.
– Viens là. Tu vas m’aider à me déshabiller. Là, tu as ma nuisette. N’utilise que ta bouche et ta langue, peu importe le temps que ça prend. Si tu es en difficulté, tu me demandes, pour tes mains. Mais pas sans mon autorisation.
Alors qu’elle le regarde s’affairer, sur les attaches de son porte-jarretelles, les mains dans le dos, elle comprend que Dominique avait raison. Plus on prend le pouvoir, plus il semble facile de l’exercer. Elle finit par l’autoriser à utiliser une main, la gauche, pour l’attache du soutien-gorge. Nue devant lui, elle claque des doigts, et lève le doigt. Instinctivement, elle a utilisé le geste qu’elle faisait avec le chien de sa grand-mère pour qu’il s’asseye, et cela la fait sourire, d’autant plus quand elle voit que l’homme a obéi aussitôt, sans avoir besoin d’un mot. Agenouillé, les fesses sur les talons, elle le voit tenter d’observer son corps nu sous ses longs cils maquillés. Elle lui laisse quelques instants, magnanime. Elle croise les bras, soulevant légèrement ses seins aux pointes claires, les faisant apparaître plus ronds. Elle se cambre, les pieds solidement plantés dans le sol, les jambes écartées. Elle sait très bien que la lumière de la lampe de chevet, dans son dos, joue avec les plis de son intimité, laissant apparaître à contre-jour ses lèvres sensiblement asymétriques, charnues, violettes. Elle jette ses fesses en arrière en se retournant pour attraper sa nuisette sur le lit. Ses fesses hautes et bombées, larges, dotées de jolies fossettes au bas des reins. Même sans le voir, elle sait qu’il la regarde, en toute discrétion. Elle s’assied sur le rebord du lit, le dos bien droit, et pose son pied sur l’épaule du soumis.
– Vénère-moi.
À cet instant, il lève les yeux vers elle. Un courant électrique la parcourt. Durant cet échange très fugace, elle lit son envie de rébellion, voit le dominant qu’il doit être, l’imagine renversant les rôles. Comme s’il lui disait « attends un peu, pour voir ». Puis le moment s’évanouit, et le soumis tire la langue vers la cheville, près de sa joue. Mais son regard reste intense et elle sent son ventre se liquéfier. Elle bascule son bassin vers l’avant et prend appui sur ses mains. L’homme continue à sucer et masser, tout en l’observant. D’abord ses orteils, puis ses chevilles, avant que ses mains ne s’enhardissent à remonter, lentement. Son mollet est lui aussi adoré, embrassé, palpé. Puis c’est au tour du deuxième pied, qu’elle lui passe sur le visage, alors qu’il tente de lécher entre les orteils et qu’elle se dérobe pour mieux y revenir. Ses doigts courent le long des tibias, s’égarent derrière les genoux. Lætitia écarte largement les jambes, pour lui laisser tout accès, mais il hésite visiblement, tourne autour du pot. Ou peut-être que cette petite salope fourbe tente de la rendre dingue, en lui griffant l’intérieur des cuisses, en l’aguichant jusqu’à ce que qu’elle soit liquide ?
– Je veux que tu me manges. Je veux sentir tes doigts en moi. Maintenant.
Son ton est sans appel. Même sa voix est plus rauque, plus pressante. Il y a comme une urgence à se faire sucer la praline au plus vite, après cette soirée entière à se faire idolâtrer et à l’humilier, sous les yeux excités de sa propriétaire.
Le soumis obéit immédiatement, plongeant toute langue tendue, lape et gémit d’excitation. Sans même s’en rendre compte, Lætitia l’encourage d’insultes. Ce n’est qu’une lécheuse, qu’une petite chienne en chaleur qui agite des fesses pour se faire prendre, elle le voit bien. L’homme lèche à un rythme soutenu, rapide, en mettant la bonne pression, sans oublier de jouer avec ses doigts, les plongeant dans ses orifices, crochetant, cherchant la faille. Très vite, les spasmes la prennent, et elle jouit fort, en faisant du bruit, consciente que, derrière la porte, une spectatrice silencieuse n’en manque pas une miette.
Son souffle repris, elle le repousse du bout du pied.
– Va-t’en, chienne. Ta maîtresse t’attend.
Le soumis part courbé, presque agenouillé, et referme doucement la porte. Lætitia se laisse retomber en arrière. Les cheveux en soleil autour de sa tête, les yeux clos, elle souffle deux secondes. Ensuite, elle ira elle aussi se positionner derrière la porte de Dominique. Elle sait qu’elle entendra la domina demander d’un ton sec ce qui s’est passé à côté. Elle voudra tout savoir. Elle posera des questions en dilatant le cul de son soumis avec leur plug préféré. Elle lui demandera s’il a aimé boire Lætitia, si elle est belle, nue, si elle est bandante. Peu importe la réponse : il sera puni. De ne pas avoir su apprécier une déesse, ou d’avoir trop aimer donner du plaisir à une autre qu’à sa propriétaire. Il sera sans doute cravaché, et fort, à en avoir des marques plusieurs jours, pendant qu’il comptera les coups en remerciant sa propriétaire de si bien le dresser. Dominique aime le voir se tordre sous sa main, elle se dope à ce contrôle absolu qu’elle a sur son plaisir comme sur sa souffrance. Elle jouera encore un peu avec son cul, en le branlant jusqu’au bord de l’orgasme, mais sans lui laisser l’opportunité de jouir. Elle le torturera pour ce qu’il a fait, alors qu’il l’a fait à sa demande. Et elle y prendra beaucoup de satisfaction. Un cerveau illuminé comme un sapin de Noël et une chatte trempée, alors que, fébrile, ses doigts remplaceront le plug, le dilatant à l’extrême. Oui, tout ça, Lætitia le sait. Elle sait qu’elle en sera témoin, derrière le battant, et son imagination galopera, tout comme ses doigts s’agiteront sur son clitoris, pour lui offrir un second orgasme. Après… Après, elle verra.
Elles verront.