Bardot

Un rayon de soleil se faufile entre les rideaux de la chambre d’hôtel, pour tomber juste sur la chute de reins de Juliette. Je ne me lasse pas de l’observer, allongée sur ces draps froissés, témoins de notre étreinte. J’ai envie de caresser son épiderme à quelques centimètres de moi, de laisser mes doigts courir de sa nuque à ses orteils. De faire parcourir à ma langue et à mes lèvres ce corps que je connais pourtant désormais par cœur. Mais je ne veux pas la réveiller. Alors, c’est à peine si j’ose respirer et je me perds dans la contemplation des reflets vénitiens de sa chevelure, dans les ondulations que j’ai eu tant de plaisir à mettre en désordre alors qu’elle était agenouillée devant moi, voici une heure. Sa main gauche est reposée sur le drap et le rayon farceur finit par tomber dessus, me renvoyant l’éclat doré de son alliance en plein visage. Je n’aime pas cet anneau. Il me rappelle le mien, que je touche machinalement du pouce. Je soupire. Juliette s’agite, puis tourne le visage vers moi.
– Tout va bien, mon ange ?
Je fronce le nez et secoue la tête.
– Oui, ma chérie. Tout va bien. J’étais seulement dans mes pensées.
Les ondulations glissent sur l’épaule quand elle se redresse sur les avant-bras. Ses petits seins me narguent ostensiblement et mon désir se réveille, mais je garde le silence.
– Et à quoi tu penses ?
Je souris.
– A combien tu es belle. Et comme j’ai de la chance de partager un lit avec toi.
Son visage s’éclaire d’un coup et elle dévoile ses incisives légèrement écartées, avant de rosir et de baisser pudiquement ses yeux charbonneux, dont le maquillage a légèrement coulé. Quand elle les relève, ils brillent. Lentement, elle se rapproche de moi et pose un baiser sur ma clavicule. Je souris.
– Jeune fille, êtes-vous en train d’essayer de m’aguicher ?
Nouvelle roseur sur les joues.
– Tout dépend si cela fonctionne.
En riant, je l’attrape par la taille et l’attire à moi. Elle est si fine, si menue, que j’ai l’impression de manipuler une adolescente. Je l’embrasse dans le cou, gobe un de ses tétons, l’agace avec les dents. Elle passe la main dans mes cheveux bruns en soupirant, m’écrasant contre son sein. Ma main se faufile vers son bas ventre, dans lequel j’insère un doigt, puis deux. Ses yeux se troublent, et moi, je me perds dedans. Alors je la retourne, je la plaque durement contre le matelas. Elle gémit, la tête dans l’oreiller. J’attrape ses cheveux longs, je tire pour lui dégager le visage : j’ai envie de l’entendre encore crier son désir pour moi. Juste une fois de plus. Dans une relation comme la nôtre, chaque fois peut être la dernière. Je mords ses épaules, son dos, lèche sa nuque, alors qu’elle se tortille sous mon poids, alors qu’elle halète. Ses fesses rebondissent contre mon ventre, véritable appel à la luxure, auquel je m’empresse de répondre. Bientôt, j’ai le nez dans son cul, ma langue qui s’agite sur son sexe. Juliette agite les fesses tout en se caressant le clitoris et mes gestes sont de plus en plus imprécis. Pas grave. Je suis vorace, animale, je la dévore pour mieux la posséder, n’essayant même pas d’appliquer une quelconque technique élaborée. Je la bouffe, c’est tout, comme mon amour pour elle est en train de me bouffer moi-même. Je glisse deux doigts, trois doigts.
– Mets-les tous.
J’hésite l’espace d’un instant. J’ai toujours trouvé le fist un peu extrême, même avec mes petites mains. Mais elle agite son cul devant mon visage, tout en se branlant furieusement. Je rajoute le quatrième doucement et la sens hoqueter. J’évolue doucement, concentrée sur ses réactions, sur la chair autour de ma main, sur la sueur qui perle dans le triangle au-dessus de la raie. Je l’ai déjà faite jouir plusieurs fois, cet après-midi. Elle est trempée et bien dilatée, mais j’ai à nouveau une hésitation. Elle gémit d’impatience, alors je rabats mon pouce et l’introduis précautionneusement. Fascinée, je vois ma main disparaitre lentement dans son ventre. Juliette tourne le visage vers moi. Ses yeux sont vitreux, elle n’est plus là, et son plaisir m’envoie directement en orbite. Je ferme le poing et la prend lentement, puis de plus en plus rapidement, attentive à ses réactions. Je plonge le visage dans son cul, léchant son anus, mordant ses fesses si tendres, embrassant le pli à la naissance des cuisses. Alors elle hurle, ses chairs intimes se contractent autour de mes doigts, de mon poignet, et j’ai l’impression d’être au centre de son orgasme.
D’assister, de l’intérieur, au Big Bang, qui donne à chaque fois naissance à mon univers.

Je l’observe en fumant une cigarette. Je suis toujours plus rapide à habiller qu’elle. Juliette aime prendre son temps. Je la soupçonne d’en gagner, de ne jamais vouloir quitter la chambre qui sent encore nous, nos parfums, nos sueurs. Elle remet ses bas lentement, à gestes mesurés, calculés. Sentant mon regard sur elle, elle relève la tête. Les boucles vénitiennes glissent devant son visage et elle me montre à nouveau son sourire aux dents du bonheur.
– Ca va, ma chérie ?
Je ne réponds pas, me contente de lui rendre son sourire, un peu ailleurs.
Elle est belle, ma petite Brigitte Bardot rien qu’à moi.
Elle est belle quand elle s’abandonne, impudique, à mes assauts, à mon désir.
Elle est irrésistible quand elle se fait mutine pour demander de la tendresse ou du sexe.
Elle est majestueuse quand elle maintient ma tête entre ses cuisses.
C’est facile, pour elle, de tout donner. Son mariage est mort et pratiquement enterré. Si elle se fait surprendre, elle saura justifier cette liaison. Elle n’aime plus son mari, c’est tout.
Je n’ai pas cette excuse. Je suis toujours amoureuse de ma femme, celle qui est si différente de mon icône des sixties, celle qui est forte et n’a pas besoin d’être protégée, celle qui est l’âme de notre foyer. Elles sont juste indispensables toutes les deux à mon équilibre. Elles font juste ressortir chacune une part de moi que j’ignorais, me permettant enfin d’être entière. Mais ça, qui pourrait le comprendre ?

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