Y’a pas mort d’homme

Il la regarde dérouler le préservatif, du gland jusqu’à la garde. Bon sang, ce qu’il est verni, comme type ! La blonde accroupie devant lui a des cheveux blond platine, une bouche écarlate, une robe bien trop moulante pour être décente. Vulgaire comme il les aime, comme il les rêve de loin. Et là, elle le veut. Elle l’a voulu dès qu’il est entré dans le bar, dès qu’elle s’est penchée vers lui pour lui demander de lui offrir un verre, lui collant ses énormes nibards sous le nez. Il a eu un doute, à un moment. Il s’est demandé si ce n’était pas une professionnelle. Et puis, il s’en est foutu. Alors qu’il croit déceler de la gourmandise dans ses yeux, dans cette langue qui humidifie ses lèvres, il se dit que si ça doit lui coûter un bifton, ce n’est pas bien grave. Y’a pas mort d’homme.

Il ne se doute pas. Il ne comprend pas ce qui se passe, quand son cœur se met à cogner dans sa poitrine. Il met ça sur le compte de la voracité de la blonde. Il ne la voit pas surveiller du coin de l’œil l’effet qu’elle produit. Et la montre qu’elle porte au poignet gauche, à la main qui accompagne le mouvement de sa bouche. L’aiguille qui trottine et indique que le temps doit être venu. Elle accélère l’étreinte de ses doigts, la pression de ses lèvres, la danse de sa langue. Il lui murmure d’y aller doucement, que sa tête lui tourne, mais elle n’écoute pas, elle donne tout ce qu’elle a pour lui faire perdre pied. Il jouit dans un grognement. Le sourire sur son visage se fige et sa tête retombe. Elle attend quelques instants avant de vérifier que la respiration s’est arrêtée, avant d’enlever la capote, imprégnée de cocaïne.

Il n’aurait pas dû. Pas dû contrarier les mauvaises personnes, pas accepter une pipe d’une parfaite inconnue sans vérifier l’intégrité de la capote. Elle se relève, se rajuste. Dehors, elle passera un coup de fil, pour confirmer la réussite de sa mission. Elle dépose un baiser sonore sur le front chauve de sa victime et éteint la lumière sur la table de chevet. Le bruit des talons s’éloigne, avant que la porte ne claque, et il reste là, débraillé sur le lit, dans le noir et le silence.

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